À partir de quel âge devient-on réellement sénior au quotidien

Quel âge avons-nous senior ?

Senior. Un mot qui s’invite à table quand le terme « vieillesse » commence à mettre tout le monde mal à l’aise. On le préfère, il paraît moins abrupt, plus contemporain. Mais à quel âge bascule-t-on vraiment dans cette catégorie ? La question a été posée, et les réponses, loin d’être unanimes, dessinent un vrai patchwork. Voici ce qui en ressort.

On ne dit plus « vieux », on dit « senior ». C’est la formule polie, le cache-misère du malaise qui traverse notre société face à l’avancée en âge. Nous vivons plus longtemps, souvent en meilleure santé, et pourtant, accepter d’être rangé parmi les personnes âgées semble plus délicat qu’autrefois. Être « vieux », c’est quoi au juste ? À quel moment devient-on un aîné, et qui décide de ce passage de témoin ? Le mot « senior » sert de paravent à des réalités éclatées. Partons explorer ce territoire mouvant.

Senior : un seul sens ou mille nuances ?

Impossible de fixer une frontière nette. Il n’existe pas un profil type, ni même un âge officiel qui nous ferait basculer une bonne fois pour toutes dans le fameux 3e âge. Selon le contexte, « senior » prend des couleurs très différentes.

Du côté de l’administration

L’État, les collectivités, les organismes sociaux : pour eux, la barre des 60 ans reste une référence. C’est à partir de là qu’on peut bénéficier de certaines réductions, comme la carte Vermeil de la SNCF (devenue carte senior), ou d’aides spécifiques liées à l’avancée en âge, telles que l’allocation personnalisée d’autonomie. Pour les prestations de minimum vieillesse, la porte ne s’ouvre qu’à 65 ans.

Longtemps, ce passage coïncidait avec le départ à la retraite. Ce n’est plus la règle. Avec l’arrivée massive des baby-boomers, désormais grands-parents, l’âge de la retraite s’étire. On peut donc être considéré comme senior sur le papier, mais rester en activité. D’ailleurs, il existe aujourd’hui plusieurs âges de départ : le minimum à 62 ans, le maximum à 70 ans, et l’âge du taux plein qui, lui, varie mais ne peut dépasser 67 ans.

Perspective employeur

Le regard des entreprises est encore plus précoce. Dès 45 ou 50 ans, les salariés sont convoqués aux « entretiens de milieu de carrière ». Expérience souvent redoutée. Le sociologue Serge Guérin, spécialiste du sujet, n’hésite pas à qualifier ces rendez-vous de « conventions funéraires » tant ils actent un changement de statut. Les chasseurs de têtes, quant à eux, placent la barre à 45 ans. Passé ce cap, les perspectives s’amenuisent.

Marketing et consommation

Du point de vue des marques et des publicitaires, tout change dès 50 ans. C’est à cet âge que, selon eux, nos modes de vie et nos achats évoluent. Les seniors deviennent alors une cible convoitée, surtout lorsqu’ils disposent d’une expérience solide et, si possible, d’un bon pouvoir d’achat.

Le regard médical

Les professionnels de santé, eux, se fient davantage aux manifestations concrètes du vieillissement. Pour eux, le cap des 70 ans marque en général l’entrée dans la catégorie senior : apparition de nouvelles fragilités, suivi médical plus poussé…

Quant au sport de haut niveau, le couperet tombe bien plus tôt : à 23 ans, un athlète est déjà considéré comme vétéran ! Un contraste saisissant avec les autres domaines.

Senior : tout dépend de l’âge… et du regard

Difficile de s’y retrouver. « Pour définir un senior, dans nos sociétés qui adorent les cases, on regarde d’abord la date de naissance alors qu’il faudrait davantage s’intéresser au contexte social », analyse Serge Guérin. Il distingue l’environnement social, autrement dit, l’âge de la personne par rapport à celui de son entourage, et la perception sociale, qui correspond au regard porté sur soi ou sur les autres.

Senior selon l’environnement social

Un point méconnu : plus il y a de personnes âgées autour de nous, plus on se sent jeune ! C’est pourquoi un trentenaire du Moyen Âge passait pour un vieillard, alors qu’il reste aujourd’hui du côté des « jeunes adultes ».

Pour donner un ordre d’idée, en France en 2017, l’espérance de vie atteignait 85,3 ans pour les femmes et 79,5 ans pour les hommes. L’écart entre les sexes se réduit : en vingt ans, les femmes ont gagné trois ans, les hommes cinq. À ce rythme, on estime qu’en 2050, un habitant sur trois aura dépassé 65 ans. L’âge élevé deviendra la norme et non plus l’exception.

Senior d’après la perception sociale

Une enquête réalisée par Vivavoice (2) révèle que l’âge du « senior » varie fortement selon le contexte. Voici les résultats, qui montrent à quel point la perception dépend du regard porté :

  • 57 ans pour la vie professionnelle,
  • 64 ans pour l’opinion publique,
  • 68 ans dans la sphère personnelle,
  • et ce dernier chiffre rappelle que c’est souvent notre propre regard qui retarde le plus l’échéance redoutée.

Âge officiel, âge ressenti

Un constat s’impose : plus on avance en âge, plus on se sent jeune intérieurement. À 40 ans, beaucoup se donnent 30 ans ; à 50 ans, on s’en accorde 38 ; et à 70 ans, il n’est pas rare de se sentir avoir rajeuni de vingt ans !

L’allongement de la durée de vie, l’évolution des mentalités, la mobilité des retraités… Tout concourt à brouiller les repères. Les seniors d’aujourd’hui ne ressemblent plus à leurs parents : actifs, jeunes retraités, ils voyagent, s’engagent, cultivent leur curiosité, profitent de leur liberté retrouvée.

Adolescence, quarantaine, âge senior… Chaque étape peut être l’occasion de réinventer sa trajectoire. Et si, finalement, devenir senior ouvrait la porte à une nouvelle jeunesse ?

(1) Source : Insee, Tableaux de l’économie française 2018. (2) Étude menée par l’Institut Viavoice pour le groupe AESIO, réalisée en ligne du 29 mars au 4 avril 2018 auprès de 1001 personnes.

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