Quand le fils de mon amie commence à m’appeler papa

Un prénom, et soudain tout bascule. Ce matin-là, le fils de mon amie me regarde droit dans les yeux et, sans hésiter, lance un sonore « papa ». Pas mon fils, pas son père. Pourtant, dans sa bouche, ce mot claque et suspend le temps. On croit avoir tout prévu, mais les enfants, eux, n’ont pas lu le manuel.

Quand l’enfant préfère le prénom au titre

On se souvient tous de ce moment où un petit prononce enfin « maman » ou « papa ». C’est une victoire, une reconnaissance. Mais voilà qu’un jour, le mot s’évapore. À la place, surgit le prénom, brut, sans filtre. D’abord, ça amuse. Rapidement, le sourire se fige : la nouveauté agace, surtout quand le prénom s’avère compliqué à répéter pour une bouche de trois ans.

Pas d’inquiétude à avoir : la plupart du temps, cette phase ne dure pas. Plusieurs raisons poussent un enfant à délaisser les appellations traditionnelles. Voici ce qui peut expliquer ce drôle de revirement :

  • L’affirmation de soi, version mini
  • L’envie de copier les grands
  • Le casse-tête des familles recomposées
  • Le choix assumé de certains parents

Autour de deux ou trois ans, l’enfant s’affirme. Il cherche ses repères, teste les limites. C’est la période où « non » devient son mot préféré, où chaque proposition donne lieu à une négociation interminable. Il découvre sa volonté propre et s’en sert pour exister, quitte à secouer les habitudes.

Avant même cet âge, le « non » s’impose comme un réflexe. Entre 12 et 18 mois, il explore, touche à tout, se cogne parfois à l’interdit. Ce mot, il l’a entendu mille fois. Et pour mieux s’affirmer, il va jusqu’à imiter les adultes, tentant de provoquer une réaction. L’appeler par son prénom fait partie de ce jeu, histoire de mesurer l’effet produit. Un brin de malice derrière chaque syllabe.

Autre piste : l’observation. Les enfants sont des éponges. Ils voient, entendent, enregistrent. Si quelqu’un appelle leurs parents par leur prénom, pourquoi s’en priveraient-ils ? Pour eux, copier les adultes, jusque dans la façon de nommer, c’est grandir. C’est revendiquer une place à la table des grands, tout simplement.

Parfois, c’est la famille qui complique la donne. Dans une famille recomposée, les prénoms s’entremêlent. Un enfant peut vivre avec un beau-père ou une belle-mère, entendre d’autres enfants utiliser des prénoms, et finir par adopter cette habitude. L’arrivée de nouvelles formes familiales, comme le mariage pour tous, a aussi multiplié les situations où les repères traditionnels volent en éclats.

Il arrive aussi que certains parents encouragent ce tutoiement du prénom. Souhaitant se rapprocher de leur enfant, ils se voient comme des partenaires de jeu, des complices avant tout. L’enfant, alors, suit ce modèle sans y voir d’inconvénient.

Comment réagir quand son enfant abandonne « papa » ou « maman » ?

Pas de panique : cette période touche beaucoup de familles et ne dure jamais éternellement. Inutile de se vexer ou de monter dans les tours. Ce n’est pas un pied de nez, ni une preuve de désaffection. Juste une étape, un passage vers l’autonomie.

Si cette nouvelle habitude vous pèse, exprimez-le avec calme. Dites-lui ce que vous ressentez, sans dramatiser. Rappelez-lui que pour lui, vous êtes sa mère, son père, et que ce lien est unique. S’il persiste, inutile d’insister : parfois, l’ignorer suffit. Mais dès que le mot « maman » ou « papa » repointe le bout du nez, montrez-lui que vous y êtes sensible, que vous l’entendez. L’enfant finira par revenir à ces mots chargés d’histoire.

Pas de rejet, ni de crise à craindre : ce détour par le prénom, c’est aussi une façon pour lui de comprendre que ses parents existent en dehors du simple rôle de géniteur. Un petit pas vers la reconnaissance de l’autre, tout simplement.

Et si, demain, il vous appelle par votre prénom devant tout le monde ? Souriez, respirez. Ce n’est qu’une étape, un clin d’œil de plus dans le grand jeu de la construction familiale.

Alice de laElaboratoryRepediact

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