Quelle méthode pour apprendre l’arabe aux enfants ?

Le 2 octobre, Emmanuel Macron a évoqué dans son discours contre le « séparatisme islamiste » l’apprentissage de la langue arabe dans les écoles. La cible ? Arrêter la « radicalisation violente » en fournissant un cadre laïque à cet enseignement. Une proposition qui divise, puisque selon un récent sondage de l’IFOP, 69 % des Français s’y opposent. Pourquoi apprendre l’arabe aujourd’hui ? Nada Yafi, directrice du Centre pour la langue et la civilisation arabes de l’Institut du monde arabe (IMA), nous en dit plus.

Apprendre l’arabe : qui sont les enfants concernés ?

Aujourd’hui, environ 15 000 enfants apprennent l’arabe dans les collèges et secondaires français, contre 60 000 enfants dans des associations parascolaires. Et selon Nada Yafi, 120 000 personnes apprennent cette langue dans des écoles françaises à l’étranger.

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« Les parents veulent que leurs enfants, lorsqu’ils voyagent ou en vacances, puissent communiquer. »

Cette année, l’Institut du monde arabe accueille quelque 400 enfants et 1 000 adultes à ses cours de langue arabe. « À l’IMA, une vingtaine d’enseignants proposent des cours pour les jeunes (à partir de 5 ans) et les adultes à l’esprit laïque », explique le directeur du centre de langues. Les enfants sont souvent issus de familles d’un pays arabe, mais en France depuis plusieurs générations et, par conséquent, ils ne parlent pas nécessairement la langue. Les parents veulent que leurs enfants, lorsqu’ils voyagent ou en vacances, puissent communiquer. Et puis il y a des parents qui reviennent d’un pays arabe où ils sont restés, qui reviennent d’expatriation et qui veulent que leur fils reste connecté parce qu’il s’y est fait des amis. »

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« Il y a aussi des enfants qui ont simplement des amis arabes qui veulent apprendre la langue. »

« Dans nos cours d’arabe, il y a également de nombreux enfants issus de couples mixtes dont l’un des deux parents est d’origine arabe. Et c’est souvent le parent non arabe qui est le plus attaché à l’apprentissage de la langue par son enfant, car il y voit une ouverture vers une autre culture. Et il y a aussi des enfants qui ont simplement des amis arabes et qui veulent apprendre la langue par eux-mêmes. Mais en général, ce sont pour la plupart des enfants dont l’histoire familiale les rapproche de cette culture et de cette langue. »

« Ce n’est pas du tout une retraite identitaire. Il existe une véritable notion d’ouverture. »

Selon Nada Yafi, les motivations des familles sont principalement culturelles : « Ce sont des gens qui ont vraiment la notion de partage et d’échange de cultures », dit-il. Il ne s’agit pas du tout d’une retraite identitaire ou d’un confinement, il existe une véritable notion d’ouverture et l’accent est mis là-dessus à l’IMA. Nous abordons également la langue de manière ludique, avec des jeux, des chansons… C’est un une expérience unique que nous avons et qui nous tient à cœur. À la fin de l’année, nous faisons un spectacle avec les enfants, ils montent sur scène pour présenter des chansons, des poèmes, des croquis avec un musicien : il est toujours axé sur la communication et la culture. »

Et du côté des adultes ?

« Nous avons une majorité de descendants de Français non arabes qui viennent par curiosité et qui n’ont aucun lien avec le monde arabe. »

Alors que les enfants qui apprennent l’arabe ont souvent un lien familial avec la langue, c’est beaucoup moins le cas pour les adultes, explique Nada Yafi. « Du côté des adultes, à l’IMA, nous avons une majorité de descendants de Français non arabes qui viennent par curiosité et qui n’ont aucun lien de parenté avec le monde arabe. En général, ils entretiennent des liens amicaux, des intérêts professionnels (lorsqu’ils travaillent dans des entreprises ouvertes à l’international, par exemple) ou des intérêts culturels. Nous accueillons également 65 étudiants (une vingtaine d’années) de l’Institut Pierre et Marie Curie de l’Université de La Sorbonne qui souhaitent découvrir la langue. C’est très varié. »

Apprendre l’arabe aujourd’hui : une bonne idée ? Photo : Shutterstock

Pour Nada Yafi, l’apprentissage de l’arabe représente avant tout une ouverture à l’international, puisque la langue « est l’une des 6 langues officielles des Nations Unies, la cinquième langue la plus parlée dans le monde et la quatrième la plus présente sur Internet ». Selon elle, un atout essentiel pour créer des liens avec d’autres cultures, d’autant plus qu’il existe aujourd’hui « de nombreux médias et de nombreuses chaînes satellites arabophones (notamment de pays non arabophones tels que les États-Unis, la Chine, la Russie, la France avec France 24…) ».

« Aujourd’hui, nous sommes dans le multilinguisme », se souvient le directeur du centre de langues IMA. Il est nécessaire de quitter le vision monolingue : elle est dépassée et dépassée. » Selon elle, la maîtrise de la langue arabe est un avantage significatif « pour les jeunes qui souhaitent travailler dans une zone géographique avec laquelle la France entretient des relations économiques très importantes » ou au sein du bassin méditerranéen, dont la France est un acteur important.

« Plus tu apprends de langues, plus tu as de sens de la relativité et plus tu penses par toi-même »

« Donc, si vous sortez du point de vue français-français, vous comprenez que c’est un avantage pour les Français d’avoir cette langue en plus des autres. Les enfants ont un cerveau en plastique qui permet d’apprendre plusieurs langues. Et plus vous apprenez de langues, plus vous avez de sens de la relativité et plus vous pensez par vous-même. C’est donc une richesse de plus », insiste-t-il.

Selon le ministre de l’Intérieur, l’apprentissage de l’arabe dans les écoles est « une proposition républicaine et courageuse ». Cependant, certains y voient une porte ouverte à la radicalisation, voire le terrorisme. Mais le directeur du Centre pour la langue et la civilisation arabes IMA est formel : le raccourci entre langue et religion est incorrect : « La langue elle-même est innocente de tous ces dangers. C’est très nocif de la relier à autre chose qu’elle-même. Elle existait déjà dans l’Islam et la langue du Coran n’est pas la langue moderne que nous enseignons aujourd’hui. Un peu comme le latin pour l’Église. (…) Je ne vois donc pas ce que la langue et son enseignement font pour condamner le radicalisme et la peur de l’islamisation. Une langue n’est pas assignée à résidence dans une religion. »

Une richesse culturelle

Pour Nada Yafi, l’apprentissage de la langue est également un atout culturel, un apprentissage généralisé dans les écoles peut également apporter « une meilleure compréhension du patrimoine français lui-même, de l’histoire de la France ».

« En apprenant l’arabe, vous pouvez encore mieux vous réapproprier cette richesse française. L’identité française n’est pas est sans équivoque, il se compose de mille et une contributions. »

« Quand on sait qu’un grand humaniste de la Renaissance comme Rabelais a recommandé d’enseigner la langue arabe, on comprend qu’il y a un héritage de langue dans la science et la culture », dit-il. Les mots « algèbre », « algorithme », « zéro », « zénith », « café » viennent de l’arabe. En apprenant l’arabe, vous récupérez encore mieux cette richesse française. Parce que la France est également un pays d’une grande diversité culturelle et que l’identité française brille par ses multiples facettes. Ce n’est pas sans équivoque, il se compose de mille et une contributions. »

Photo : Shutterstock « Il faut aussi savoir que les grands penseurs de toutes les religions ont écrit dans cette langue », dit-il. Des chrétiens orientaux aux grands penseurs juifs, tels que Moïse Maïmonide, né à Cordoue au XIIe siècle, qui a écrit l’un des plus grands ouvrages de la tradition juive (Le Guide des Perplexes). Il existe de nombreux Juifs séfarades Les pays arabes, qui parlent l’arabe et qui ont notamment participé à la tradition musicale arabe. En langue arabe, de nombreux groupes ethniques et nationalités se sont exprimés sous l’empire arabo-musulman. »

« La langue arabe a été un instrument de transfert et d’appropriation des connaissances scientifiques »

Par conséquent, étudier l’arabe est une meilleure compréhension de l’histoire, défend Nada Yafi. « C’est une langue qui a joué un rôle dans l’histoire en tant que vecteur de connaissance », explique-t-il. Depuis le milieu du VIIIe siècle, c’était un instrument de transfert et d’appropriation des connaissances scientifiques (astronomie, médecine, algèbre, géométrie, sciences du langage) produites dans les mondes pré-islamistes, en Grèce, en Inde, en Chine, en Perse… Toutes ces connaissances ont été traduites et préservées dans des œuvres en arabe, enrichies par le reflet des penseurs locaux (de toutes les ethnies et religions). Et en Andalousie, en aux XIe et XIIe siècles, ces œuvres arabes ont été traduites en latin et en roman et ont permis le transfert de toute cette culture en Europe. La langue a donc participé au déploiement scientifique de la Renaissance en Europe. »

Enfin, selon Nada Yafi, l’apprentissage de la langue est un levier de tolérance chez les enfants. « Recréer ce lien avec d’autres cultures nous permet de mieux vivre ensemble et de découvrir ce que possède la riche et abondante identité française. »

Étudier l’arabe signifie aussi « permettre aux descendants arabes de ne plus se sentir réduits à leur origine alors qu’ils valorisent la langue de leurs ancêtres », conclut-il.

Que se passerait-il si l’enseignement de cette langue était un vecteur d’approche plutôt que de division ?

Comment apprends-tu l’arabe ?

Avant que cette promesse présidentielle ne soit mise au jour, il est fort probable qu’une grande quantité d’eau ait coulé sous les ponts. Donc, si vous ou votre enfant voulez apprendre l’arabe, il est préférable de recourir à d’autres méthodes.

Vous vous en doutez probablement, mais cette langue ne nécessite pas la même méthode d’apprentissage que l’anglais ou l’espagnol, pour plusieurs raisons :

  • La première est la plus logique. L’écriture arabe n’utilise pas l’alphabet latin, mais l’alphabet arabe. Pour votre information, sachez qu’il y a 28 lettres et, comme pour tout Abjad, il n’y a que des consonnes.
  • La deuxième chose est que l’arabe ne se lit pas de gauche à droite, comme le français et les autres langues latines, mais de droite à gauche.

Voilà pour l’écrit. La question de l’apprentissage oral continue d’exister. Cette fois-ci et comme pour les autres langues, il n’y a pas de secret : il faut pratiquer et parler la langue le plus souvent possible, même si l’on commet beaucoup d’erreurs au début. Attention, certains sons et voix sont totalement inconnus d’un Français. Vous devrez écouter vos cours en un chambre relativement calme. Cela mettra toutes les chances de votre côté.

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