Première sélections de l’académie Lilas pour les trois prix qui seront remis le 8 avril 2010 à la Closerie des Lilas

Lilas de l’éditrice :

- Liana Lévi (éditions Liana Lévi)
- Véra Michalsky (Groupe Libella : Noir sur Blanc, Phébus, Buchet Chastel)

Pour tout savoir sur elle :
http://www.telerama.fr/livre/21953-l_h__riti__re.php
http://www.nouveleconomiste.fr/Portraits/1359Michalski.html
http://www.lexpansion.com/economie/vera-michalski_18055.html
et plein d’articles encore (L’hebdo, Point de vue … )

- Anne-Marie Métailié (éd. Métailié)
- Isabelle Gallimard (Mercure de France)
- Isabelle Laffont (Lattès)



Lilas de l’attachée de presse :

Brigitte Béranger (Lattès)
Claudine Lemaire (indépendante)
Elodie Deglaire (Grasset)
Soizic Molkou (Flammarion)
Brigitte Semler (Belfond)



Lilas de la libraire

Nathalie Iris (Mots en marge, La Garenne Colombes)
Michèle Chadeisson (Librairie Texture, 94 avenue Jean Jaurès 75019 Paris)
Libraire de Chartres
Escale littéraire, 120 Boulevard du Montparnasse 75014 Paris

Et, déjà sélectionnées, l’an dernier :
Anne Martelle Amiens
Le grenier d’abondance, Salon de Provence
Maya Flandin, Vivement dimanche, Lyon


Le salon d’Emmanuelle

Comme les Précieuses dans leurs ruelles, je reçois tous les matins allongée sur mon lit. Mes invités s’assoient selon leur rang sur des crapauds, des chaises, des tabourets ou les carreaux. Les cavaliers s’appuient à la balustrade et nous conversons, nous parlons de poésie, nous jouons aux bouts-rimés, au cœur volé, à la chasse à l’amour. Mes invités ont l’élégance de déposer devant ma porte leurs dernières créations, lettres, billets doux, libelles ou mazarinades. Certains de ces cadeaux sont empoissonnés. Quand la couverture vante : un million d’exemplaires vendus, je me méfie. Ce n’est ni le poids ni les chiffres encore moins la médiatisation qui font la qualité d’un texte. J’ai plutôt tendance à privilégier les maigres, les discrets, ceux qui sentent le bon fumet. C’est à travers « La blessure et la soif », que Laurence Plazenet (Gallimard) m’est apparue comme une amie, que mon cœur s’est emballé pour « Le moins aimé », de Bruno de Cessole (La Différence), deux auteurs qui se coulent merveilleusement dans une langue raffinée, celui que je retrouve dans « Ecris-moi si tu m’aimes encore », (Bayard), une correspondance amoureuse entre deux inconnus. Pourquoi aujourd’hui tant de livres inutiles et bâclés ? En compagnie de mon cher cardinal de Retz, je suis une frondeuse, la complice d’Arhénice, de Ninon de Lenclos, de Melle de Scudéry ou de madame de Sablé ces initiatrices de l’art pour l’art, folles de La Carte du Tendre et du mariage à l’essai. Mais ce siècle a ce qu’il mérite : la platitude de ses petits marquis, l’étalage indiscret de vertus supposées ou d’actes que la morale réprouve et surtout la fadeur sans nom d’une inculture généralisée.
Emmanuelle de Boysson

Actus personnelles

Le nouveau jury tournant du Prix de la Closerie des lilas se compose d’Audrey Pulvar, de Daphné Roulier, de Justine Levy, d’Anne Consigny, de Clara Dupont-Monod, de Julia Kristeva, de Véronique Ovaldé, d’Adélaïde de Clermont-Tonnerre et d’Elisabeth Barillé auxquelles s’ajoute le jury permanent (les fondatrices : S. Janicot, T. de Rosnay, C. Chrétiennot, J. Nelson et E2B). Avant la première réunion, le 20 janvier, nous avions décidé d’éliminer les romans de romancières trop médiatisées. A quoi sert un prix littéraire si ce n’est de mettre en lumière un auteur peu connu ? Le jury a donc lu tous les romans de femmes qui sortent entre janvier et mars (au moins une quarantaine de textes !). Notre liste, trop longue pour l’instant (17 romans), n’est pas officielle.


• Yasmine Ghata, Les muettes, Fayard
• Kéthévane Davrichewy, La mer noire, Sabine Wespieser
• Cloé Korman, Les Hommes-couleurs, Seuil
• Véronique Bizot, Mon couronnement, Actes sud
• Emmelene Landon, La tache aveugle, Actes sud
• Valentine Goby, Des corps en silence, Gallimard
• Fabienne Kanor, Anticorps, Gallimard
• Alizé Meurisse, Roman à Clefs, Allia
• Véronique Olmi, Le premier amour, Grasset
• Elise Fontenaille Les Disparues de Vancouver
• Valérie Zenatti, Les Ames Soeurs, L'Olivier
• Jakuta Alikavazovic, Le Londres Louxor, l'Olivier
• Elisabeth Filhol, La Centrale, POL
• Emmanuelle Pagano, L'Absence d'oiseaux d'eau, POL
• Julie Grelley, Anges, Albin Michel
• Pascale Gautier, les Vieilles, Joelle Losfeld
• Violaine Gillibert, L’écharpe blanche, Mercure de France

paru in BSG NEWS MAGAZINE



Marc-Edouard Nabe s’est longtemps saboté. Il a même écrit un livre qui s’appelle : Je suis mort. Son œuvre est une roulette russe. Il a écrit des chef-d’œuvres : on se souvient du Régal des vermines, paru chez Barrault en 1985. Couverture noire. Quel bordel il a mis dans le petit monde littéraire sur le plateau d'Apostrophes. Une bande de zélateurs le désigna comme notre nouveau Céline. Ce n’était pas complètement faux. A l’époque, il habitait rue de la Convention. Son voisin était un poète qui avait l’air de tenir sur pilotis : Michel Houellebecq. Il écrivait des poèmes genre désespéré. Nabe le regardait descendre ses poubelles. On connaît la suite. Les pilotis étaient plus solides que prévu. Un vrai bombardier. Le début du Vingt-septième livre, préface à la réédition du Régal résume la situation : « Je suis un loser, ce qu’on appelle un écrivain à insuccès, une sorte de worst-seller… J’ai complètement raté mon destin d’écrivain. J’ai écrit vingt-six livres inutiles : personne ne les a lus, ou si peu. Flops sur flops ». Alors que celui qui descendait mollement ses poubelles, en face, allait vendre des milliers d’exemplaires de deux ou trois romans encensés par une mystérieuse critique.
Il y a un an, les éditions le Dilettante ont eu l’excellente idée de rééditer trois petits textes : Nuage, La Marseillaise et la préface du Régal. La Marseille est un modèle du genre. Billie Holliday, un exercice de haute volée d’admiration sublime. On se souvient aussi de ses sublimes textes de the Elonious Monk.
Ce passionné de littérature, de Jazz, de peinture, de femmes et de lui-même, n’a pas publié depuis six ans. Après les quatre volumes de son Journal intime, Nabe se contentait de vivoter grâce à sa peinture et à sa guitare. Mais il faut toujours se méfier des serpents qui dorment. Le trublion des lettres vient de faire un putsch. Après 27 livres édités aussi bien chez Gallimard qu'au Dilettante, il auto-publie son nouveau roman : L'homme qui arrêta d'écrire. Un véritable pied de nez à l’édition. « J'en ai assez des éditeurs blasés et des libraires boycotteurs. J'ai imprimé mille exemplaires de ce roman, qu'on ne pourra commander que sur ma plate-forme, marcedouardnabe.com. Au lieu de toucher mes misérables 10 % de droits d'auteur, désormais, je serai à 70 % », déclare-t-il à l’Express (30% à l’imprimeur). Nabe se fout de vendre beaucoup : avec le peu qu’il vendra, il gagnera plus qu’en touchant un maigre avaloir (les tarifs sont à la baisse) et 10 % de droits d’auteurs. Le prix de son roman de sept cent pages ? 28 euros – à peu près le prix du dernier Sollers. Vous pouvez le commander dès le 14 janvier, vous recevrez un livre avec une couverture élégante, papier bouffant, sans code-barres ni mention du prix. De quoi s’agit-il ? Au cours d’une ballade dans le Paris des années 2000, Nabe tape sur Facebook, les boîtes échangistes, les conspirationnistes du 11 septembre, le milieu littéraire : BHL, Beigbeder, Philippe Katerine, Pierre Lescure... Risque-t-il un procès ? A suivre. En tous cas, aucun éditeur ne l’a censuré.
Nabe va plus loin : il a réussi – ce qui n’est pas de la tarte – à récupérer les droits de 22 de ses livres la plupart publiés aux Editions du Rocher. « Je me suis retourné contre eux et j'ai récupéré la propriété éditoriale de tous mes livres, car il n'existait pas le moindre contrat écrit, mes relations avec Jean-Paul Bertrand ayant été fondées sur la parole », raconte-t-il à L’Express qui précise que « Brigitte Bardot a achevé de convaincre les juges : la star révélait dans une lettre que c'était Nabe qui l'avait mise en relation avec les Editions du Rocher, dont elle allait assurer la fortune avec un livre de souvenirs vendu à plus de 200 000 exemplaires... Mieux encore : la maison a accepté de livrer au romancier les stocks restants de tous ses livres (…) Nabe, de surcroît est parvenu à arracher les droits de Je suis mort, jadis publié par Gallimard, et de son fameux Régal des vermines. "Je les mets bien entendu en vente sur ma plate-forme, jubile-t-il. Surtout, je peux les rééditer quand je veux." »
De là à ce que Marc Levy, Bernard Werber, Christine Angot ou Houellebecq se mettent à l’imiter, l’édition ne serait plus ce qu’elle est, ma bonne dame. L’auteur serait enfin maître à bord, il publierait ce qu’il veut, comme il veut et gagnerait des fortunes. Nabe est sûrement le premier d’une longue série d’écrivains qui en ont raz le bol de se faire gruger et que leurs livres ne restent que trois semaines sur les piles des libraires. Evidemment, pour gagner plus en travaillant moins, il vaut mieux être connu. Mais cette initiative pourrait bien marquer le début de la fin des intermédiaires. Seuls les livres resteront.
Emmanuelle de Boysson





Actus personnelles

paru dans Service littéraire
Par Emmanuelle de Boysson et Anthony Palou.
Ecrits et chuchotements
Le nain de Jardin, par Anthony Palou



Morgan Sportès est un écrivain à part. Proche de Guy Debord, la langue de bois n’est pas sa tasse de thé. A l’occasion de la sortie d’Un aveu de toi à moi, (Fayard), nous avons rencontré l’auteur, entre autres, de L’appât, (Seuil) et d’Ils ont tué Pierre Overney (Grasset). Son roman est la rencontre entre un jeune journaliste à Police magazine, étudiant à Paris VII et Rubi, le père de sa petite amie, qui lui raconte son parcours atypique. En 1936, Rubi est partisan des républicains espagnols, avant de s’enrôler dans la résistance, puis au STO, avant la SS. Il déserte ; rattrapé, il subit une parodie d’exécution. Incarcéré à Dachau-Allach, il renfile l’uniforme SS… A travers ce destin d’un paumé, Sportès nous offre une réflexion brillante sur la complexité de l’histoire et la puissance des idéologies sur les faibles. Dans Maos (Grasset), déjà, il stigmatisait nos intellectuels soixante-huitards stipendiés par la CIA. C’est peu dire si, à Saint-Germain-des-Prés, il est marginalisé.



Tout est vrai ? Qui est Rubi ?

Morgan Sportès : Oui, ce livre est une reconstruction, mais je ne peux révéler son nom. Il est mort en 1994. Dans les années 50, il a publié chez Julliard un récit de sa vie travesti sous les défroques de l’époque napoléonienne.

Etes-vous ce jeune homme de vingt ans, le narrateur ?

M. P. : Oui, mais je donne le point de vue de l’étudiant que j’étais et qui ne connaît pas bien l’histoire de la seconde Guerre mondiale ; il est loin de se douter des magouilles entre Laval et Darlan. Je retrouve Rubi à 40 ans, il en a 60 ; je l’enregistre et j’écris le livre qu’il n’a pas pu mettre en forme. Ce qui est intéressant, c’est qu’il ne fait que des conneries, il se met dans des situations désespérées. Chaque fois qu’il est devant le mur de la mort, son instinct animal l’aide à s’en sortir. Sa désertion et Dachau lui sauvent la vie, c’est ça le paradoxe ! Il a l’intelligence de la lâcheté, comme Bardamu dans Le voyage au bout de la nuit. A quelques jours de la libération, il se réengage dans la Waffen SS ; c’est tragi-comique.

Qu’avez-vous voulu montrer ?

M. S. : Que lorsque l’histoire est vécue individuellement, on est dans l’incohérence. Il est facile, quarante ans plus tard, de la réécrire ; sur le coup, on n’y comprend rien.

Y a-t-il des points communs entre votre héros et celui des Bienveillantes ?

M. S. : Celui des Bienveillantes n’est pas crédible. Il sort d’une back-room homo de San Francisco. Littell pille la doc, Kafka et Dostoïevski. Rubi est réel, plus complexe, pas une figure de rhétorique. Un homme pris dans des jeux de pouvoir.

Comme les gauchistes dans Maos ?

M. S. : Exactement. Mai 68 n’a fait que participer à l’ultra libéralisme. La presse américaine se réjouissait que Cohn-bendit et les autres s’attaquent à de Gaulle qui remettait en cause le dollar. Dans ce jeu, Sartre était un con utile. J’ai lu les mémoires d’un agent des services secrets hollandais qui a crée un parti maoïste. Les tracts étaient imprimés à la préfecture de police. Quand vous dites ça sur France culture, on vous traite de parano, de conspirationiste. Lorsque j’ai dit, dans une émission de Giesbert, à Kouchner : « Vous avez fumé le havane par les deux bouts : hier, avec Castro, aujourd’hui, avec Bush, vous n’êtes qu’un caniche de garde des Américains », il a hurlé : « Je n’ai pas été castriste ! ». Dans Qui mène la danse ? La CIA et la Guerre froide culturelle, Frances Stonor Saunders (Denoël), raconte comment les Américains ont soutenu des artistes de gauche, comme Jackson Pollock, contre des communistes, comme Picasso. Les nouveaux philosophes sont la queue de la comète de la guerre froide.

Vous aimez souligner la complexité des situations…

M. S. : Ca dérange tout le monde. J’incarne la complexité du monde : mon père est un juif portugais d’Algérie, ma mère, une bretonne catholique tombée dans le délire paranoïaque antisémite. Elle me traitait de sale petit juif, mais elle m’aimait quand même.

Vous ne mâchez pas vos mots sur les structuralo maoïstes…

M. S. : A Paris VII, on me traitait de réac parce que je lisais Chateaubriand et Balzac. Trente ans plus tard, ceux qui avaient été formés par Barthes étaient devenus critiques littéraires au Monde et à Libé ! D’après Sollers, le maoïsme serait une plaisanterie : pas en Chine ! Des millions de morts. Tous ces gens du Nouveau Roman et de Tel Quel étaient des réacs, ce sont les mêmes qui disaient en 68 : de Gaulle- SS. Des cons.

Que pensez-vous de la rentrée littéraire ?

M. S. : Dans un de ses premiers livres, sans ponctuation, Marie Ndiaye avait voulu faire du Joyce. Sollers lui a dit : « Avouez que vous m’avez copié ». Beigbeder est mignon quand il écrit que l’amour dure trois ans, c’est de son niveau. La seule aventure qu’il a eue, c’est d’être arrêté. Le livre est devenu une carte de visite pour passer à la télé. On est dans la société du spectacle.

Les livres qui vous ont marqués ?

M. S. : Proust, Céline, Malaparte, La littérature picaresque espagnole. Garcia Marquez. Tanizaki et Kawabata : il y a chez eux une telle profondeur d’ironie humaine.



Ecrits et chuchotements

GONFLEE. Marie Ndiaye a reçu la bourse Jean Gattégno du CNL d’un montant de 50 000 euros après s’être incrustée à la villa Médicis. Si Eric Raoult charrie, elle a bien profité du système sur lequel elle tape. Comme Sartre qui est allé jusqu’à refuser le Nobel de littérature ou Julien Gracq, le Goncourt, le courage de cette expatriée aurait été de renoncer au Goncourt. A remarquer, dans le bouleversant « appel en faveur de Marie Ndiaye » du Monde.fr, il n'y a pas un seul auteur africain : eux savent. Les écrivains français tiennent leur nouveau Salman Rushdie !

ON CASSE LES PRIX. Le jury France Télévisions a choisi de récompenser, Ce que je sais de Vera Candida » (L’Olivier) de Véronique Ovaldé. Le Prix Wepler - Fondation la Poste, a été remis à Lyonel Trouillot pour Yanvalou pour Charlie, (Actes Sud).

LE SALON FAIT DEBANDER. Hachette ne serait pas présent dans les allées du prochain salon du livre de Paris. Le début d’une déroute.

TOUS AU PANTHEON. Après Alexandre Dumas, Sarkozy veut panthéonier Camus qui aurait préféré le soleil d’Alger la blanche au lieu de ce sinistre monument désert.

MALDONNE A L’INTERALLIE. Yannick Haenel qui n’est pas journaliste a remporté le prix Interallié pour son Jan Karski, (Gallimard) que le jury du Médicis avait catalogué « essai ». Disons plutôt que l’auteur ne s’est pas privé de réécrire les mémoires de cet homme d’exception.

MARCHER SUR LA ROUTE. Olivier Bardolle veut racheter Ramsay. Le souci, c'est que l’actuel patron, Michel Scotto, propriétaire des chaussures San Marina, veut lui refiler le passif. Or Bardolle qui est un homme d'affaire et pas la moitié d'un con, se crispe. Il attend que Scotto étouffe pour récupérer la marque. Les auteurs maison n'ont toujours pas été payés et demandent en vain le détail de leurs ventes. Comme quoi, il est moins facile de tenir parole que de vendre des pompes.

EN BAISSE. Giscard. Gérard de Cortanze taille un short à Giscard, décidément en panne : lui qui se voyait président de l’Europe s’est ridiculisé avec son livre sur Diana et, en plus, Chirac vend cent fois plus que lui. Giscard en short au bord de la piscine, (Plon).
Emmanuelle de Boysson



Le nain de Jardin, par Anthony Palou.

Civilement, Alexandre Jardin doit avoir 43 ou 44 ans. Mentalement, il en a 13 ou 14. Ce n’est pas un reproche, bien au contraire, plutôt une tare pleinement assumée. Une fois cet axiome posé, on peut y aller gaiement dans l’œuvre de l’auteur du Zèbre. Fanfan II annonce le bandeau face A de Quinze ans après. Face B, une pantoufle, un escarpin. Ca promet. De quoi s’agit-il ? Du retour au couple. Jardin, éternelle vareuse de marin d’eau douce sur le dos, a viré de bord. Fini le libertinage vaseux. Le quotidien est devenu son truc en plume. Coucher devant une machine à laver est aujourd’hui son fantasme, c’est son droit. Il jouit en regardant un robot multifonctions. « Seul le défi du quotidien me fait bander », écrit-il. On devrait enfermer, un dimanche, les personnages de son dernier roman, Alexandre et Fanfan, chez Darty. Alexandre avait donc quitté Fanfan. On s’en fichait un peu. Bref, ils se retrouvent. A la bonne heure.
Quinze ans après n’est pas mal écrit. Son dernier roman, comme les précédents, est un piège à souris. C’est soigné mais franchement idiot. Il mijote sur 354 pages comme un pot-au-feu. Sa tambouille littéraire sent le réchauffé, indigeste dès la troisième cuillerée. Le plus grand défaut d’un romancier est la démonstration. Incapable de suggérer, il ennuie le lecteur à force de lourdeur. Vingt ans qu’il nous ennuie à mourir avec ses histoires d’amour à réinventer. Qu’il le laisse tranquille, l’amour. L’amour ne se théorise pas. Il est comme le furet. Il est passé par ici, il repassera par là. Jardin pense avoir de la fantaisie dans sa petite caboche d’écrivain alors qu’il n’a, en guise de plume, qu’un vieux pain rassis dans sa main qui lui sert à récurer ses vieilles casseroles sentimentales. Il sauce le nanan de ses succès antérieurs réinventant un genre peu ragoûtant : le roman cassoulet.

Anthony Palou

Actus personnelles

paru dans Service littéraire


Matzneff défend Polanski.

Le dernier tome des Carnets noirs de Gabriel Matzneff (2007-2008) a été publié chez Léo Scheer en mars 2009. A l’heure où l’ordre moral tente d’imposer partout sa loi, nous avons rencontré cet écrivain qui paie son courage et sa liberté au prix fort, tout comme Polanski que les Américains ne vont pas tarder à cuisiner.

Propos recueillis par Emmanuelle de Boysson et Anthony Palou

Service littéraire : Que pensez-vous de l’affaire Polanski ?

Gabriel Matzneff : Je trouve scandaleux de mettre en prison un homme de soixante-seize ans. En Italie, il serait aux arrêts domiciliaires. Il est peu vraisemblable qu’un célèbre metteur en scène, jeune, plein de talent, entouré de jolies filles à Hollywood, ait eu besoin de droguer et d’enivrer une adolescente pour qu’elle lui tombe dans les bras. A mes yeux, l’imprescriptibilité est synonyme de vendetta, le contraire du droit. L’état français n’a-t-il vraiment aucun moyen légal d’empêcher qu’un de ses citoyens soit extradé ?

Avez-vous gardé les goûts littéraires de votre adolescence ?

Je n’éprouve aucune estime pour ceux qui ne restent pas fidèles à leurs amours et à leurs enthousiasmes d’adolescent. J’ai horreur du reniement. Vous pouvez comparer les auteurs que je cite dans mon journal d’adolescence, Cette camisole de flammes (1976) et ceux dont je parle dans Maîtres et complices (1994) : ce sont les mêmes.

Quels sont les écrivains qui vous ont influencé ?

Les présocratiques, Héraclite, Lucrèce, Horace, Le Satiricon, Sénèque, Saint Augustin. Au XVIIe siècle, La Rochefoucauld, Racine, Bossuet et les auteurs de Port Royal. Au XVIIIe, Casanova, l’abbé Galiani – ses lettres à madame d’Epinay sont géniales – Madame du Deffand. Byron, évidemment, a ébloui mes quinze ans : je me reconnaissais en lui. Puis : Dostoïevski, Flaubert, Schopenhauer, Nietzsche, Baudelaire et bien sûr, Alexandre Dumas dont les personnages sortent tout droit de Byron Au XXe, Thomas Mann, Chestov, Montherlant, Cioran, Hergé. Je crois à la famille spirituelle : un artiste se grandit en rendant hommage à ses maîtres. Ceux qui renient sont toujours des seconds couteaux.

Quels souvenirs gardez-vous de Montherlant ?

J’ai connu le Montherlant d’après-guerre, c’était un homme sombre, amertumé ; il se croyait entouré d’ennemis. Quand j’avais le cafard, je téléphonais à Cioran : on buvait une bonne bouteille de Bordeaux, je repartais regonflé. Avec Montherlant, la conversation portait souvent sur ses livres, les acteurs de sa prochaine pièce, alors qu’avec Cioran ou Hergé, on pouvait passer des soirées sans parler boulot. Ils m’ont appris à vivre. Les auteurs qui ont une réflexion métaphysique ou spirituelle, qu’il s’agisse de La Rochefoucauld ou de Dostoïevski, vous apportent un supplément d’âme.

En 1983, lors de la sortie de Mes amours décomposés, il y a eu un clash quand vous êtes passé à Apostrophe…

Pivot m’invitait pour que je dise des coquineries… il adorait ça. Aujourd’hui, ce livre serait impossible à publier, les autres seraient lus par des avocats. Je suis très heureux d’avoir livré ce que j’ai écrit. En 2005, Léo Scheer a réédité Les moins de seize ans : ça n’a pas fait un pli mais il est certain qu’Ivres du vin perdu ne serait pas édité aujourd’hui. L’auto censure est pire que la censure.

Vous n’aimez pas beaucoup le milieu littéraire.

J’y ai des amis, mais je ne fais partie d’aucun comité de lecture ou de rédaction et d’aucun jury. En revanche, je veille à ce que mes livres soient aussi beaux que possible. Je souhaite même qu’ils soient lus cent ans après ma mort. J’ai préféré ma liberté aux honneurs : je le paie. J’ai la faiblesse de croire que mon journal sera celui d’une vie d’homme dans sa nudité et ses péchés.

Que pensez-vous des jeunes auteurs ?

Ils devraient relire chaque soir quelques pages de la correspondance de Flaubert. Ce qui leur fait du tort, c’est ce que j’appellerais « le syndrome Beigbeder » : ils pensent que ce qui est important c’est de passer à la télé : l’essentiel est d’être vraiment ambitieux. J’ai bien aimé Mauvaise fille, de Justine Lévy (Stock), Claude, de Nathalie Rheims (Léo Scheer) et L’infante de Parme d’Elisabeth Badinter ( Fayard), sur le petit fils de Louis XV, un homme pieu et libertin - comme moi

E. de B. et A.P.




Marie Ndiaye

17/11/2009

Actus personnelles

Si Raoult charrie, Marie Ndiaye est gonflée, elle a reçu 50 000 euros du CNL. Etonnant : pas un auteur africain dans la liste du monde.fr. Ils savent!
Le vrai courage aurait été comme Sartre quand il a refusé le Nobel, de renoncer au Goncourt. Ses propos n'en auraient eu que plus de poids.
Ceci dit, je m'insurge avec tous les écrivains contre ce droit de réserve, signe d'un retour à l'orde moral.


Marie NDiaye et Elena Balzamo lauréates de la bourse Jean Gattégno du Centre national du livre
3 novembre 2009
Marie NDiaye : lauréate 2009 pour son oeuvre de création littéraire Elena Balzamo : lauréate 2009 pour sa traduction de la correspondance d’August Strinberg Nicolas Georges, président du Centre national du livre par intérim remettra la bourse Gattégno, le 17 septembre, à Marie NDiaye pour son oeuvre de création littéraire et à Elena Balzamo, pour sa traduction de la correspondance d’August Strinberg. D’un montant de 50 000 euros, la bourse Jean Gattégno a pour objectif (...)

Actus personnelles

Ecrits et chuchotements
parus dans Service littéraire


KANT A SOI. Raphaël Enthoven et Michaël Floessel publient un Kant « vulgarisé » chez Perrin. Mieux vaut lire L’œuvre de Kant : la philosophie critique par le génial Alexis Philomenko (Vrin) ou Kant. Une Lecture des trois “Critiques”, de Luc Ferry, chez Grasset. Pour les néophytes, offrez-vous les cours extraordinaires de clarté de Ferry enregistrés chez Frémeaux et associés sur Kant, Heidegger ou Nietzsche, ils donnent une vision d’ensemble de l’histoire des idées.

DELICATESSEN. A ce jour, dixit Pivot, Marie Ndiaye serait pressentie au Goncourt, comme une Morteau enjolive une plâtrée de choux. Quant à Foenkinos, spécialiste du pâté en croûte, les jurés Médicis et Renaudot l’envisagent comme un possible plat de côtes.

ARAGONITE AIGUE. On ne compte plus le nombre de chroniqueurs qui usent et abusent de superlatifs et n’en finissent pas de qualifier les romans de « chefs-d’œuvre absolus ». En son temps, Aragon estima que la constitution des soviets égalait Shakespeare, les chroniqueurs ont un peu trop tendance à imiter le vieux stalinien et son excès d’hyperbole. Apprenons à ne plus être à la botte.

CRACHOTIS ET TOUSSOTEMENTS. « Rien n’indispose un écrivain comme cette tension permanente, ces cris et chuchotements qui lui sont rapportés de toutes parts », prétend Assouline. L’époque étant au masque, protégez-vous de ces vérités qui flottent et contaminent. On ne se déplacera bientôt plus qu’en scaphandre !

WRARTH TE FAIRE VOIR. Une certaine Lise-Marie Jaillant, jeune auteureuh de nouvelles, exilée à Londres, se défoule sur son blog : Wrath : survivre dans le monde hostile de l’édition. Léo Scheer lui intente un procès pour diffamation car ladite hyène rieuse le traîne dans la boue. Privilège de l’exil.

BON SANG NE SAURAIT MENTIR. S’inspirant des notes manuscrites de son grand-oncle et avec l’aide d’un historien, Dacre Stoker a osé écrire une suite à l’œuvre de son célèbre grand-oncle, l’inventeur de Dracula. L’Immortel sort dans 41 pays, en France, chez Michel Lafon. Si ce n’est pas avoir les canines longues ! Ou la dent creuse ?

PARFUMS DE SCANDALES. Claire Julliard a eu l’excellente idée de rassembler un petit brûlot de coups bas, plagiats, bourdes et canulars de la planète littéraire. Scandales littéraires, (Librio), pour trois euros : c’est donné !

A LA SOUPE ! A propos de son éventuelle candidature au siège de Cousteau à l’Académie, Kersauson a dit à Ruquier : « Je ne vais pas lécher le cul de ces vieux croûtons, j’aurais l’impression d’être dans une soupe de poisson ».

Emmanuelle de Boysson


Actus personnelles

Intégralité d’un entretien avec Anthony Palou et E2B paru le 17 octobre dans « Service littéraire », le mensuel de l’actualité littéraire, dont le rédacteur en chef est François Cérésa, abonnement : 24 rue Martignac 75007, 35 euros pour douze numéros. .


Rencontre avec Jean Dutourd

Emmanuelle de Boysson et Anthony Palou


L’Académicien, Jean Dutourd, habite dans un grand appartement, rue Guénégaud, notre entretien a lieu dans sa bibliothèque, là où il écrit tous les matins. Sur son bureau, la dernière édition d’Au Bon Beurre (L’école des Loisirs) avec, sur la couverture, une caricature d’Hitler, portant des sacs de poireaux. Jean Dutourd est un éternel résistant qui n’a rien perdu de son humour corrosif et de son esprit de contradiction. Après Leporello (2006), La grenade et le suppositoire - ses chroniques parues dans France Soir (2007) (Plon), Flammarion vient de publier, La chose écrite, près de deux cents chroniques littéraires et textes extraits de «Contre les dégoûts de la vie » et de « Domaine public ».

E2B. et A. P : En 1985, chez Plon, il a publié Le mauvais esprit, des entretiens avec Jean Edern Hallier, à l’époque, vous aviez dit que Jean Edern avait un gros défaut : il ne travaillait pas assez…

Jean Dutourd : Il était trop sollicité par ce qui se passait dans le monde extérieur. Il avait un numéro qui était particulièrement agaçant : il vous téléphonait à six heures du matin pour montrer qu’il était un lève-tôt, comme si on ne s’en foutait pas. Comparé à L’Idiot international, Le Canard enchaîné, est un journal lamentable. En trente ans, la seule chose que j’y ai lu de drôle est cette phrase à propose de madame Tibéri qui s’est fait faire une mèche : « Paris vaut bien une mèche ».

Avez-vous été attaqué par Le Canard ?

J. D. : J’ai été horriblement traîné dans la boue, mais c’était assez rigolo. Je leur hérissais le poil.

Quels sont les écrivains qui vous ont particulièrement impressionnés ?

J. D. : Giono, c’était un homme charmant. Mais c’est Saint-Simon qui m’a le plus influencé. Un artiste extraordinaire. La phrase est merveilleuse, le français, bœuf bourguignon, et non pas bœuf carottes. Stendhal aussi. J’aime bien mon livre, L’âme sensible. Il est sorti au moment où il fallait tuer le père – mon père, c’était Stendhal – je me suis dit : il faut absolument en terminer avec lui. Il ne m’a plus emmerdé.

Vous êtes parti en Russie avec Aragon, pourtant, vous ne partagiez pas ses idées…

J. D. : J’ai publié un petit livre là-dessus intitulé, Les voyageurs du Tupolev. Je crois qu’il n’avait pas d’idées. Très tôt, il a senti qu’il était très doué et que ça foutait le camp dans tous les sens : il s’est mis deux boulets au pied, le boulet du PC, pour la jambe gauche, et la mère Elsa (Elsa Triolet), pour la jambe droite.

Quels souvenirs gardez-vous de Camus ?

J. D. : Camus ne faisait pas partie de la même famille d’esprit. Chez Gallimard, il avait un cagibi à côté du mien. Je le voyais toute la journée, c’était un homme charmant, mais avec lequel je n’avais aucun point. Il ne m’a pas influencé, moi, à plus forte raison, encore moins.

Quel fut votre rôle, comme conseiller littéraire chez Gallimard ?

J. D. : Mon principal travail consistait à écrire des prières d’insérer, des quatrième de couverture, pour des livres que je n’avais pas lus et dont je racontais qu’ils étaient géniaux. En 1951, j’ai publié Les fruits de Congo de Vialatte, je l’ai lu en poussant des cris d’admiration : enfin un auteur de génie ! J’étais arrivé à faire faire mon travail par les auteurs. J’avais fabriqué un petit questionnaire : donnez en deux lignes l’intrigue de votre livre, les principaux personnages, la philosophies qui en découle… Ils remplissaient ça très bien, ce qui me permettait de faire prières d’insérer à la cadence de cinquante à soixante par mois. Je me promenais dans les couloirs en sifflotant, ce qui agaçait Gaston Gallimard. C’est lui qui m’avait embauché, j’étais d’ailleurs dans les meilleurs termes avec lui. Nimier et moi, nous sommes les deux dernières toquades de Gaston. Je suis resté seize ans chez Gallimard, de 1950 à 1966. Après, je suis allé chez Flammarion où j’ai été très heureux, avec un homme charmant, Henri Flammarion, un éditeur épatant.

Au Bon Beurre est-il toujours livre à succès ?

J. D. : On en est à deux millions. Il a été réédité. Regardez la dernière édition.

Vos derniers livres ?

J. D. : Leporello, l’histoire du valet de chambre de Mozart (2007), et Journal intime d’un mort (Plon): un mort, devenu un esprit, s’amuse à aller dans son ancien appartement où sa femme vit avec son nouveau mari ; le couple part passer trois semaines à Venise. Quand le mort entend la clef, il se dit : l’éternité est un étonnante : j’ai impression qu’ils étaient partis il y a dix minutes. C’est l’anti Faust.

Bachelard fut témoin à votre mariage, quel souvenir en gardez-vous?

J. D. : A la Sorbonne, je m’embêtais énormément, un jour, j’ai vu cette espèce de prophète extraordinaire qui était sur l’estrade en beuglant comme un bœuf, j’ai été émerveillé.

Il y a 60 ans vous écriviez des poèmes Galère, vous arrive-t-il d’en écrire encore ?

J. D. : Le seul intérêt de ce truc-là, c’est que c’était de la poésie du genre Mallarmé qui m’a donné une grande virtuosité syntaxique) .

Vous avez traduit Le vieil homme et la mer, d’Hemingway et Truman Capote…

J. D. : Hemingway, ce n’était pas difficile à traduire. Pour Truman Capote, je me suis complètement laissé piéger. J’étais à New York, j’ai déjeuné avec lui et il venait de publier dans Le New Yorker, le récit d’un voyage qu’il avait fait avec la troupe de Porgy and Bess en URSS. J’avais trouvé ça crevant, très drôle. Je l’ai complimenté. Et j’ai eu l’imprudence de dire : si j’étais traducteur, je le publierai en français. Ca n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd, il m’a emmerdé pendant deux ans.

Parmi les écrivains français d’aujourd’hui, y en a-t-il certains que vous admirez ?

J. D. : Patrick Besson. Modiano a du talent. Amélie Nothomb écrit de temps en temps un livre pas mal et le reste du temps, ce sont des crétineries. Le dernier m’est tombé des mains à la page 2. En revanche, Stupeur et tremblements et Acide Sulfurique, c’était très bien.

Quels écrivains verriez-vous à l’Académie ?

J. D. : François Taillandier. Van Cauwelaert, une bonne idée. Eric Neuhoff, aussi. Jean Raspail n’y est pas pour des raisons politiques, comme Jean Cau. Il n’a eu que 14 voix, il en fallait 16.

François Weyergans, est-ce une bonne recrue ?

J. D. : Je ne le connais pas. Il a été élu d’une façon bizarre, il m’a envoyé une lettre de quatre pages.

On a souvent dit de vous étiez un réactionnaire…

J. D. : Je ne suis ni réactionnaire ni progressiste. Ma devise est un peu celle de l’os à mœlle, de Pierre Dac : pour tout ce qui est contre, et contre tout ce qui est pour. Ca me dépeint assez intellectuellement. Je suis très habité par l’esprit de contradiction. Ce qui est quelquefois inutile, quelquefois nuisible.

Vous avez écrit sur Bonaparte, Le Feld-Maréchal von Bonaparte, ne pensez-vous que les politiques soient un bon sujet de roman ?

J. D. : Le héros, c’est le sous-lieutenant, pas le général.

Que pensez-vous de Sarkozy ?

J. D. : Il est plutôt sympathique. Je regrette le général de Gaulle… à part ça personne, si Pompidou, un homme très bien.

Ne trouvez-vous pas qu’on traite la langue française comme une vieille maîtresse?

J. D. : On est en pleine démolition. Il y a encore des écrivains qui écrivent en français. Vauvenargues disait : « On ne peut avoir l’âme trempée ou l’esprit un peu pénétrant sans quelques passions pour les lettres » Nous sommes dans un monde complètement matérialiste qui est le monde de la science. L’humanité a vécu dans le monde de l’esprit et de l’honneur. Je ne crois pas que la vitesse lui ai apporté le bonheur. La langue française est faite pour l’esprit, le cœur, les sentiments.

Ca vous arrive de regarder la télévision ?

J. D. : J’ai trouvé une petite série française très marrante : Faites comme chez vous. C’est vraiment l’imbécillité actuelle, très joliment peinte. L’histoire d’un immeuble en copropriété, les rapports des propriétaires. C’est dans l’esprit des Bronzés, du Père Noël est une ordure. Les Bronzés font du ski est un petit chef d’œuvre, digne de Labiche. Un professeur de ski regarde Bernard descendre à ski et lui demande : quel est ton plus grand défaut. Sa femme répond : il est très égoïste (rires).

Vous avez des souvenirs du général de Gaulle ?

J. D. : Quand j’ai écrit Les taxis de la Marne, il m’a demandé de venir le voir rue de Solferino, c’était pendant la traversée du désert. Il était enthousiaste ; j’ai vu se dresser derrière son bureau une espèce de dinosaure qui sortait de crétacé français, je me suis ; il est tout à fait à mon goût. Il m’a dit : « Dutourd, vous verrez la France dans trois cent ans ». Je me suis senti mystérieusement réconforté.

Est-ce que, le plasticage de votre appartement en 1978, vous a aidé à être élu à l’Académie ?

J. D. : Ca a fait beaucoup : ils se sont dit : ce pauvre type, il a déjà été tellement embêté. L’Académie est toujours une protection. Quand j’ai été élu, tout le monde m’a téléphoné en me disant : tu ne trouves pas que tu en fait un peu trop ?

Quels sont vos meilleurs camarades à l’Académie ?

J. D. : Il y a longtemps eu Lévi-Strauss, mais il se fait bien vieux. Druon était un ami de toujours, il était très bien, très courageux. Ce ne sont pas vraiment des copains que l’on a à l’Académie, mais plutôt des affinités intellectuelles. J’aime bien Orsenna, Rinaldi, Jean d’Ormesson, Félicien Marceau (j’avais reçu chez Gallimard un petit livre merveilleux de lui : Capri, petite île, un chef d’œuvre), Michel Mohrt, aussi.

Que lisez-vous ?

J. D. : Je viens de recevoir un livre d’Alain Paucard, sur l’art moderne. Il fait partie, comme moi du club des Ronchons dont je suis président d’honneur, ce qui me revient de droit.

Service littéraire

16/09/2009

Actus personnelles

Parus dans Service littéraire, ces écrits et chuchotements et ce papier sur le dernier Philippe Delerm, et, à la Une : Beigbeder "Merde in France".
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Ecrits et chuchotements

MOIX D’ABORD. Yann Moix publie « Cinquante ans dans la peau de Michael Jackson » le 8 sept chez Grasset. Son film Cinéman sort en salles le 28 octobre.

AUTEURS CONTRE EDITEURS. 39 départs volontaires ont été « acceptés » par la direction du groupe La Martinière dont 18 au Seuil (Olivier Rolin, éditeur-auteur), 13 chez La Martinière… La maison de la rue Jacob est mise en vente : tout un symbole. Hors Commerce sont en dépôt de bilan, les éditions Anne Carrière Payot attendent la réponse du tribunal en vue d’un plan de reprise. Ramsay coule. Plon et Fayard réduisent leurs publications. Auteurs non payés, avaloirs en baissent, éditeurs à cran. Ca sent le roussi.

DRUCKER CONTRE BELAYA : Calixthe Beyala a été condamnée à verser un euro à Michel Drucker. L’honneur est presque sauf.

DATI CONTRE DATI : Les éditions Calmann-Lévy et Jamal Dati ont porté plainte à la suite du vol du manuscrit papier d’A l'ombre de Rachida Dati. Condamné à un an de prison ferme pour trafic de stupéfiants, le frère de l’ex garde des Sceaux y décrit sa sœur comme une femme cassante qui ne s'est jamais occupée de lui. Encore un petit joint Jamal ?

HEMINGWAY CONTRE LES EDITIONS YALE. Argo, serait le nom de code d’Hemingway, qui, d’après : Espions : Grandeur et décadence du KGB aux Etats-Unis, aurait été recruté en 1941 comme espion par le KGB. Relisez plutôt Ce sacré Hemingway, d’Anthony Burgess (Fayard). Par ailleurs, à quand une réédition ?

MARC LEVY CONTRE BERNARD WERBER. Levy donne désormais dans la métaphysique à trois balles piquant son fond de commerce à Werber. Un coup de RAID sur la fourmilière ?

CARRERE CONTRE POUTINE. Emmanuel Carrère prépare un livre sur Edouard Limonov (POL).

PHILIPPE BESSON CONTRE LE MILIEU LITTERAIRE. L’auteur d’Un garçon d’Italie, s’exile sur la Côte Ouest des Etats-Unis… Se résoudre aux adieux ?

BEIGBEDER EN LIGNE POUR LE GONCOURT. Avec son chef d’œuvre, Beigbeder devrait rattraper l’erreur magistrale du jury Goncourt qui, en 1932, n’avait pas voté pour Céline. Une dernière ligne sur le capot d’une Chrysler noire avant la timbale ?

Emmanuelle de Boysson

Philippe le bon

Heureux homme ! Arnold Spitzweg, employé de bureau à la Poste, n’a rien à prouver. Il vit seul, 226 rue Marcadet dans le XVIII e. Il voudrait qu’on l’oublie. Il n’aime pas se regarder dans les miroirs, ne pratique aucun sport, n’a aucune ambition. Un personnage en voie de disparition, à la Marcel Aymé, un monsieur Hulot, un ravi qui ne s’ennuie jamais et qu’un rien réjouit : fumer un Ninas au Luxembourg, lire L’Equipe en terrasse. Se balader dans Paris, entre le Ve où il faut être « très riche avec Libé déplié devant soi à la terrasse d’un café » ou sur les Champs-Elysées où les femmes en manteaux de fourrure sentent la mort. Découvrant que sur les blogs, chacun déballe sans vergogne sa vie intime, Arnold décide de tenir celui qu’il eût aimé lire : un éloge de la lenteur, de la paresse dégustée, du goût de vivre « des petites bulles de temps arrêté ». Son journal suscite chez des milliers d’internautes, surtout des femmes, un engouement inattendu. Des éditeurs le sollicitent, les médias s’emparent du phénomène. Monsieur Spitzweg résistera-t-il à la notoriété ? Comme Bartleby, le héros d’une nouvelle de Melville, un commis aux écritures sobre et rêveur qui répond, chaque fois qu’on lui demande un travail : « je préférerais pas » et refuse même son renvoi, Philippe Delerm prône la désobéissance, une résistance tranquille face aux dérives de notre époque bobo. Le bronzage idiot ; la dépendance aux IPOD, aux téléphones portables ; le conformisme de l’activité sportive : jogging, vélo, roller ; la télé-réalité ; une société faite pour être deux… Un roman cadeau qu’on fourre dans sa poche pour déambuler le long du canal de l’Ourcq ou à Ménilmontant. Un traité de sagesse, nostalgique et tendre, sans philosophie ni morale qui se déguste comme un bordeaux, plus long en bouche qu’une bière blanche. On a tous en nous quelque chose de Bartleby.

Emmanuelle de Boysson

Philippe Delerm, « Quelque chose en lui de Bartleby », éd Mercure de France, 15, 50 E, p



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Emmanuelle de Boysson
Emmanuelle de Boysson
Ecrivain (auteur de dix livres dont Le secret de ma mère, Le secret des couples qui durent, aux Presses de la Renaissance, J'ai Lu ; Les grandes bourgeoises et Les nouvelles provinciales, chez J-C Lattès), journaliste à Marie Claire, votrejournal.net, Fémi 9, Service littéraire et Présidente du Prix Lilas.







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