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Dans les coulisses des prix très prisés

Stylo à Isabelle Kauffman, prix Marie-Claire du futur écrivain 2006, et chapeau à Jean-Paul Enthoven, prix Nice Baie des Anges...



Dans les coulisses des prix très prisés
On ne peut rêver meilleur choix que l’hôtel Bel-Ami pour remettre le prix Marie Claire du Futur écrivain ! Au cœur de Saint-Germain-des-Prés, rue Saint-Benoît, cet hôtel très design, du nom du célèbre roman de Maupassant, se trouve à deux pas du Café de Flore et de la maison de Marguerite Duras. Tout un symbole ! Le 29 mai, à seize heures, une poignée d’écrivains se retrouve au sous-sol du Bel-Ami pour une séance de dédicaces. Katherine Pancol, crayon à la main, attend les visiteurs. Ponctuelle, je m’installe à côté d’elle. Papotage habituels : les salons, les prix, la presse… Sujets du jour : Ardisson et TF1, Fogiel et France 3… Pascale Roze et Annie Lemoine, un aux lèvres, patientent tranquillement sur une banquette en cuir vert en compagnie de leurs attachés de presse. Sur des tables en arc de cercle, les livres empilés côtoient des bouteilles de Carola. Catherine Velle, directrice de la communication du groupe Marie Claire encourage et remercie ses invités. Des pas dans l’escalier… Est-ce le premier client ? C’est Fabrice Gaignault, rédacteur en chef culture à Marie Claire. Tout bronzé, l’auteur des « Egéries sixties » (éd Fayard) revient de Cannes. Très chic dans sa chemise parme, le passionné des filles des années soixante est suivi d’un livreur apportant une caisse d’exemplaires. Rien de plus émouvant que de découvrir un livre ! Sur la couverture rouge et noire, Anita Pallenberg, sublime madone. A l’intérieur, un cahier photos qui ressuscite une époque dingue, un état d’esprit, une allure incarnés par Zouzou, Nico, Amanda Lear, Anna Karina, Bernadette Lafont… Séance nostalgie. « L’endroit n’est pas facile à trouver », dit Annie Lemoine qui suggère que l’on ajoute une pancarte indiquant la signature à l’entrée de l’hôtel. Le temps passe… Un photographe met en scène les auteurs dédicaçant leur roman à deux jeunes filles responsables de la publicité à Marie Claire. Katherine Pancol décide de rentrer chez elle. Nous, on reste ! Faute de public, on est « vachement » bien entre nous ! Après tout, nous sommes les premiers à inaugurer la signature Marie Claire ! Un privilège. Tina Kieffer, jolie brune, directrice de la rédaction de Marie Claire vient nous chercher pour la remise du prix.

Isabelle Kauffmann, lauréate du prix Marie Claire du Futur écrivain, aux côtés de Tina Kieffer (© Yvan Matrat)
Isabelle Kauffmann, lauréate du prix Marie Claire du Futur écrivain, aux côtés de Tina Kieffer (© Yvan Matrat)
Au rez-de-chaussée, dans une grande salle claire, le cocktail a commencé. Monique Majerowicz, directrice déléguée du journal, nous accueille chaleureusement et nous présente la lauréate, Isabelle Kauffman dont le roman « Ne regardez pas le voleur qui passe » (Flammarion) a séduit le jury. D’emblée, Isabelle, oto-rhino-laryngologiste de formation et lyonnaise, suscite notre sympathie. Choisi parmi trois cent manuscrits envoyés par des lectrices, ce premier roman vous entraîne sur les traces de l’énigmatique Lose, personnage inquiétant capable de voler des fragments de vie à ceux dont il croise le regard. Le prix Marie Claire intrigue ! Questions, félicitations… « Un prix novateur, original », dit Isabelle Laffont à Karina Hocine, deux délicieuses éditrices de J-C Lattès. Avec Héloïse d’Ormesson qui a crée sa maison d’édition, Pascale Richard et Isabelle Saugier, attachées de presse super pro de Gallimard, nous écoutons Tina Kieffer expliquer que la vente de roses blanches organisée par Marie-Claire a permis de créer une école pour des petites filles cambodgiennes. « Le but est de former des femmes pour devenir la future élite dirigeante de ce pays », précise Tina avec enthousiasme. Je retrouve la blonde Florence Schaal, rédactrice en chef à TF1. Elle aussi se bat pour une belle cause : elle est arrivée à rassembler des fonds pour aider les enfants et les mères de Beslan. Après l’attentat terroriste qui extermina tant d’innocents, les survivants ont encore besoin de prothèses auditives.

Catherine Velle dircom de Marie Claire, Florence Schaal (Tf1), Guillaume Robert (Flammarion), Monique Majerowicz directrice de Marie Claire, Isabelle Kauffmann, Pascale Roze (Goncourt 2000), Macha Méryl, Alain et Suzanna Flammarion
Catherine Velle dircom de Marie Claire, Florence Schaal (Tf1), Guillaume Robert (Flammarion), Monique Majerowicz directrice de Marie Claire, Isabelle Kauffmann, Pascale Roze (Goncourt 2000), Macha Méryl, Alain et Suzanna Flammarion
Mouvement de foule. Tina, Monique, Fabrice et Isabelle grimpent sur une estrade. Tina prend la parole. D’une voix très sûre, elle rappelle que depuis quatre ans, le mensuel Marie Claire organise un concours auprès de ses lectrices. « Cette année, pour la première fois, des auteurs de premiers romans sont seuls à y participer. Le thème imposé était « Changer ». C’est à l’unanimité que le prix a été décerné à Isabelle Kauffman… » Applaudissements, discours, remerciements… Emotion quand Isabelle Kauffam évoque son père, déporté à l’âge de 21 ans en camp de concentration : « Lorsqu’il fut libéré, il rédigea ce qu’il écrivait là-bas, dans sa tête. Je lui dois le goût de l’écriture. J’espère que ce prix me permettra de publier d’autres romans ». Le jury l’entoure. Fabrice Gaignault annonce que le prochain thème est « Double vie »… sous toutes ses formes, bien sûr. Macha Meryl, en tailleur bleu ciel, s’associe au groupe. Toujours aussi pimpante ! Pleine de bonnes intentions, elle tient à ce que les autres écrivains venus signer la rejoignent. Je me cache derrière Laurent Laffont. Mais si, mais si. « Un écrivain vole toujours une parcelle de vie de ses proches », dis-je rougissante… Isabelle Kauffman nous présente son père, un homme exquis, bouleversant quand, avec pudeur, il dit juste : « Longtemps, je ne pouvais parler de ce que j’ai vécu. Comment dire ce qui dépasse l’imagination ? » Monique Majerowicz est près de lui. Elle comprend. Sa mère aussi fut déportée. A l’heure où j’écris ces lignes, « Lucie Aubrac » est diffusé sur France 2. Je n’arrive plus à regarder ces images, mon cœur se serre. Je repense à mon grand-père, résistant, ami de Jean Moulin…
Autour de nous, la soirée bat son plein : photos, interview de Fabrice Gaignault par un journaliste anglais. Il est fluent, le beau Fabrizio ! Moi aussi, j’aurais dû tout enregistrer ! Comme toujours, les bons amis se retrouvent. Gilles Chenaille, membre du jury et journaliste à Marie Claire, ose fumer une clope en conseillant Fabrice invité à « Tout le monde en parle ». Dans ce genre d’émission, mieux vaut répondre comme on l’entend. Gare aux questions pièges du fieffé Ardisson ! Depuis qu’il quitte France 2, on le dit déchaîné ! Et si la vraie signature se tenait maintenant ? Dans le hall de l’hôtel, Fabrice signe à tour de bras. « Pour Manu, de son complice des années Marie Claire », m’écrit-il ! Et de demander à Héloïse s’il vaut mieux écrire que Gilles Cohen Solal est son compagnon ou son mentor. Quant à Laurent Laffont, il sait que sa douce Alix Girod de l’Ain a tout d’une égérie. Je propose que l’an prochain, la signature ait lieu devant l’hôtel. Nous alpaguerons les filles branchées du Flore, les touristes et les bourgeoises qui sortent de chez Vuitton !

J-P Enthoven
J-P Enthoven
Mercredi 31 mai, par un temps toujours aussi pourri, je m’achemine vers l’avenue Gabriel où trône le restaurant Laurent, tout près le d’Elysée. Plus impressionnant que l’hôtel Bel-Ami. On sent un prix « installé », riche, dirais-je. Il est vrai qu’il existe depuis 1996 et que le lauréat se verra attribuer la somme de 7600 euros offerte par la Ville de Nice. A l’inverse du prix Marie-Claire, le jury est composé de notables de l’édition : Pierre-Jean Rémy, de l’Académie française, Patrick Besson, Paule Constant, Irène Frain, Jacques Gantié, Franz-Olivier Giesbert, Marc Lambron, Gilles Lapouge, Raoul Mille, Jean-Marie Rouart, de l’Académie française, Jean-Pierre Rudin et Françoise Xénakis. Douze membres, c’est assez ! (Il faudra que je revois la question pour le prix Lilas que nous avons créé avec des amies journalistes. Nous sommes seize. C’est trop !) France Cavalié, journaliste à Télé 7 jours, Catherine Delattre, d’Ici Paris, arrivent en même temps que moi. Brigitte de Roquemaurel, en jean décontract', accueille ses hôtes. Elle se débrouille bien : entre le prix Roger Nimier et celui-ci, elle arrive à faire revenir les mêmes à deux semaines d’intervalle. Elle nous annonce qu’à dix voix sur onze, le prix Baie des Anges a été décerné à Jean-Paul Enthoven pour « La dernière femme », (Grasset). J’ai adoré ce livre qui célèbre Louise Brooks, Nancy Cunard, Louise de Vilmorin, mon héroïne, Marie Bonaparte, Françoise Dorléac, Zrlda Fitzgerald et cette chère Françoise Sagan. Sur la terrasse, la grande presse est réunie : Gilles Martin-Chauffier, Jérôme Béglé (Paris Match), Sébastien Le Fol (Le Figaro Magazine), Marc Lambron (Le Point - je l’ai vu hier chez Grasset pour le cocktail donné en l’honneur du prix Genevoix qui lui a été décerné !), Pierre Vavasseur (l’ami du Parisien), Patrick Besson (Le Point, Marianne…), Eric Neuhoff (Madame Figaro) et tous les autres. Une sacrée bande de potes ! Irène Frain me propose de dîner un soir dans sa cuisine. Eric Neuhoff remarque que je prends des notes : « C’est mieux que d’apporter son magnéto. Ecouter les bandes, quel boulot ! »

Dans les coulisses des prix très prisés
On gèle. Pierre-Jean Rémy m’entraîne à sa table. A ma gauche, André Barthe, l’adjoint à la culture de Nice, en face de moi, Paule Constant, Jean-Paul Enthoven et Bruno de Cessole ( Valeurs actuelles – il était déjà à côté de moi au prix Roger Nimier). Pierre-Jean Rémy, homme affable et cultivé, prépare son discours sur Assia Djebar qui sera reçue à l’Académie française le 22 juin. « Avez-vous vu Druon chez Ardisson ? Dans son numéro de vieux réactionnaire, il était d’un drôle ! Il a comparé Ardisson à Triboulet (bouffon français, fou de Louis XI et de François Ier, mis en scène par Victor Hugo) ». « Au cours d’une messe, au moment du baiser de la paix, il a tendu la main vers son voisin. Voyant que c’était Giscard, il l’a retiré ! », raconte Paule Constant. On parle de l’art du massage, du ridicule de l’art contemporain, d’opéra, d’Aix, du Lubéron… Et bien sûr des candidats à l’Académie française… Sollers ? BHL ? « Lui, sûrement pas ! Il n’y tient pas du tout », rétorque Jean-Paul Enthoven. On dit ça !.. Le menu, un peu lourdingue, ne me tente pas : rôti de porc, haricots coco en fine basquaise, très peu pour moi ! Après le café, le gentil Gilles Martin-Chauffier vient nous embrasser. Pierre Vavasseur, de retour de Cannes, repart au Parisien. Comme toujours, pour beaucoup, ce soir, c’est bouclage. Sauf pour Pierre-Jean Rémy qui va faire une sieste avant de se remettre à son discours. La plupart se reverront au festival livre de Nice, (9-11 juin). En prélude, un colloque sur « Les correspondances littéraires » animé par Marie-Françoise Leclère. Expositions, débats, cafés littéraires vous seront proposés… si vous passez par Nice. La liste d’auteurs invités est prestigieuse. Gageons que le public sera plus friand que rue Saint-Benoît, mais l’ambiance de la promenade des Anglais, sûrement moins cosy que dans les salons du Bel-Ami...

Emmanuelle de Boysson

Photos du prix Marie Claire © Yvan Matrat

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