« Je ne suis pas loin, juste de l’autre côté du chemin » : ce vers clôt le poème « La mort n’est rien », tiré d’un sermon de Henry Scott Holland prononcé en 1910. Il ne vient ni de saint Augustin ni de Charles Péguy, auxquels on le prête souvent. Cet article remet le texte à sa place, en explique le sens et indique comment le lire lors d’obsèques.
Je suis de l’autre côté du chemin : l’origine du poème
Henry Scott Holland (1847-1918) était chanoine de la cathédrale Saint-Paul de Londres, où il officiait depuis 1884, et professeur de théologie à Oxford. En mai 1910, il prononce à Saint-Paul un sermon intitulé « Death the King of Terrors » (« La mort, roi des terreurs »), après la mort du roi Édouard VII.
Le sermon examine deux réactions devant la mort : la peur de l’inexpliqué et la croyance en la continuité. Le passage que l’on connaît aujourd’hui sous forme de poème appartient à cette seconde partie. Il s’ouvre en anglais par « Death is nothing at all » et se termine par la phrase « All is well. Nothing is hurt; nothing is lost. »
À l’origine, ce n’est donc pas un poème mais un morceau de prédication, détaché ensuite de son contexte et diffusé seul. C’est sous cette forme isolée que le texte circule dans les cérémonies funéraires, en anglais comme en français.
Le texte « La mort n’est rien » en français
La version française la plus répandue est une traduction dont l’auteur n’est pas identifié. Plusieurs variantes circulent : longueur, ponctuation et choix de mots changent d’un site ou d’un livret de cérémonie à l’autre. Avant d’imprimer le texte, il vaut mieux choisir une version et s’y tenir mot pour mot.
Toutes se terminent sur l’image qui donne son nom à la requête : celui qui est parti n’est pas loin, il se trouve de l’autre côté du chemin, et l’on se retrouvera. Holland étant mort en 1918, son texte original est dans le domaine public, ce qui permet de le citer et de le reproduire dans un livret.

Saint Augustin ou Péguy : une attribution erronée
On trouve encore ce texte signé de saint Augustin, plus rarement de Charles Péguy. Un article de la paroisse Saint-Augustin, en Suisse, rappelle qu’il n’est de la plume ni de l’un ni de l’autre. L’auteur est Henry Scott Holland, anglican, et le texte date de 1910.
Les raisons précises de cette confusion ne sont pas documentées dans les sources consultées. Le fait est que le poème circule surtout sous forme de feuilles volantes et de pages de recueils, souvent sans nom d’auteur ni date, ce qui favorise les attributions flatteuses à un nom connu du christianisme.
Ce que dit le texte : une mort qui ne rompt pas le lien
Le propos tient en une idée : la relation avec le défunt continue. Le texte demande de continuer à prononcer son nom sans gêne, de rire comme avant, de ne pas prendre un ton solennel ou triste. Le défunt est présenté comme absent de la pièce, non comme anéanti.
Cette lecture apaisée explique le succès du poème auprès des familles. Elle est aussi discutée : des commentateurs estiment que l’usage isolé du passage trahit la portée du sermon, qui prenait aussi au sérieux la peur de la mort, et la théologie de son auteur. Le citer sans ce contexte revient à n’en garder que la consolation.
Lire ce poème lors d’obsèques ou dans un hommage

Le texte convient aussi bien à une cérémonie religieuse qu’à une cérémonie civile, puisqu’il ne cite ni dogme ni rite. On le place le plus souvent après l’éloge funèbre ou avant un temps de silence, lu par un proche plutôt que par le maître de cérémonie, d’une voix lente. Il se lit en quelques minutes.
Il s’adapte bien à un départ attendu, après une longue maladie, parce qu’il parle de continuité plutôt que de choc. Pour un décès brutal, certaines familles lui préfèrent un texte plus court. Sur le livret ou le faire-part, mieux vaut nommer l’auteur, Henry Scott Holland, et préciser qu’il s’agit d’un extrait de sermon et d’une traduction.
Pour accompagner les proches, d’autres poèmes sont à lire dans une sélection de poèmes pour réconforter les proches. Les familles trouveront aussi les démarches pratiques qui suivent un décès, souvent à gérer en même temps que la préparation de la cérémonie.
D’autres textes proches pour accompagner un deuil
« Quand je partirai » est parfois présenté comme un poème hawaïen, mais son origine n’a pas pu être vérifiée ici, d’où l’absence de précision à son sujet. Les textes de ce registre, brefs et sans référence religieuse, se choisissent selon le lien avec la personne disparue et la sensibilité de l’assemblée.
Pour élargir le choix, on peut consulter d’autres poèmes apaisants pour traverser un deuil. Un seul texte lu avec soin marque souvent davantage qu’une succession de lectures.

