Chercher un remplaçant à Coco pour discuter anonymement en ligne oblige aujourd’hui à naviguer entre des services aux profils très différents. Bounty.chat s’est positionné comme l’héritier naturel de Coco après la fermeture de ce dernier, mais le site a rapidement concentré des signalements sérieux, au point d’attirer l’attention de l’Arcom.
La question n’est donc pas « quel site ressemble le plus à Coco », mais plutôt : quelles plateformes offrent un chat anonyme sans les risques documentés qui entourent Bounty.
Pourquoi Bounty n’est pas une alternative sûre à Coco
Bounty.chat a reproduit le modèle de Coco point par point : chat instantané, sans inscription, accès par pseudo et région. Cette continuité formelle a attiré une partie de l’audience de l’ancien forum. Mais cette ressemblance est précisément le problème.
Le site a été mis en cause dans plusieurs affaires criminelles, dont les viols de Mazan, et soupçonné de diffuser des contenus pédopornographiques.
Un nom différent ne garantit pas un service indépendant ni des pratiques de modération améliorées. Le Figaro a signalé la réapparition de Coco sous le nom « Cocoland », avec ouverture d’une enquête à Paris – ce type de résurrection sous alias est un pattern récurrent dans cet écosystème.
Critères concrets pour choisir un chat anonyme sans risques
Avant de lister des plateformes, il faut poser les bons critères. L’anonymat technique (pas d’inscription, pas de numéro de téléphone) est une chose. La modération des contenus en est une autre, distincte et non substituable.
- Modération active et transparente : la plateforme doit publier ses règles de contenu, disposer d’un système de signalement fonctionnel et répondre aux demandes des autorités. L’absence d’inscription ne dispense pas d’une politique de modération crédible.
- Conformité au droit français et européen : vérification d’âge, respect du DSA (Digital Services Act) pour les plateformes accessibles en Europe, coopération avec les autorités compétentes.
- Historique judiciaire propre : un service qui n’a jamais fait l’objet de procédures pénales pour diffusion de contenus illicites est un signal positif, même s’il n’est pas une garantie absolue.
- Infrastructure hébergée dans un pays soumis à un cadre réglementaire contraignant, ce qui facilite les recours en cas d’abus.

Alternatives à Coco pour tchatter anonymement en ligne
Les options qui suivent couvrent des usages différents. Certaines sont proches du modèle originel de Coco (chat textuel sans compte), d’autres ajoutent des couches de sécurité au prix d’une légère friction à l’inscription.
Discord : anonymat choisi, modération communautaire
Discord permet de créer un compte avec un pseudo arbitraire, sans nom réel. Les serveurs publics francophones couvrent tous les centres d’intérêt. La modération est assurée à deux niveaux : par Discord lui-même (suppression des contenus illicites, coopération judiciaire) et par les administrateurs de chaque serveur. Ce n’est pas un chat « sauvage » ouvert à tous comme Coco l’était, mais c’est précisément ce qui en fait un environnement moins exposé.
Telegram : groupes ouverts et canaux anonymes
Telegram autorise la participation à des groupes publics avec un username sans divulguer son numéro de téléphone aux autres membres. Des milliers de groupes francophones existent pour des discussions généralistes ou thématiques. L’anonymat vis-à-vis des autres utilisateurs est réel, même si Telegram conserve des métadonnées serveur. La plateforme a renforcé sa coopération avec les autorités ces dernières années, ce qui la distingue des services qui ignorent systématiquement les réquisitions judiciaires.
Alternatives au chat vidéo aléatoire
Des services de chat vidéo aléatoire restent accessibles, mais leur qualité de modération varie considérablement. Ces plateformes restent plus proches du modèle Coco dans leur format (rencontre aléatoire, anonymat immédiat), mais leur exposition au risque est structurellement plus élevée que Discord ou Telegram.
IRC et serveurs spécialisés : le chat anonyme d’origine
L’IRC (Internet Relay Chat) est le protocole de chat anonyme le plus ancien encore actif. Le protocole ne collecte pas de données personnelles par nature. La modération est décentralisée et variable selon les canaux, mais l’écosystème IRC attire peu les comportements problématiques qui ont gangréné Coco, en partie parce que l’interface rebute les utilisateurs occasionnels.
Ce que l’affaire Bounty change pour les utilisateurs de chat anonyme
L’instruction en cours autour de Bounty.chat illustre une évolution réglementaire plus large. Le DSA impose aux plateformes accessibles en Europe des obligations de modération proportionnelles à leur audience.
Choisir une plateforme modérée n’est pas un compromis sur l’anonymat : Discord, Telegram ou IRC permettent de discuter sans exposer son identité réelle, tout en opérant dans un cadre où les contenus illicites sont effectivement traités. La promesse de liberté totale qu’affichait Coco, puis Bounty, s’est révélée être surtout une promesse d’impunité pour les comportements abusifs – pas une garantie pour les utilisateurs ordinaires.
Les utilisateurs qui cherchent un remplaçant à Coco pour des échanges ordinaires, sans risquer de tomber sur des contenus illicites ou d’être associés à une plateforme sous enquête, ont donc intérêt à orienter leur choix vers des services dont la modération est vérifiable et l’historique judiciaire documenté.

