Comme les Précieuses dans leurs ruelles, je reçois tous les matins allongée sur mon lit...
Mes invités s’assoient selon leur rang sur des crapauds, des chaises, des tabourets ou les carreaux. Les cavaliers s’appuient à la balustrade et nous conversons, nous parlons de poésie, nous jouons aux bouts-rimés, au cœur volé, à la chasse à l’amour. Mes invités ont l’élégance de déposer devant ma porte leurs dernières créations, lettres, billets doux, libelles ou mazarinades. Certains de ces cadeaux sont empoissonnés. Quand la couverture vante un million d’exemplaires vendus, je me méfie. Ce n’est ni le poids ni les chiffres encore moins la médiatisation qui font la qualité d’un texte.
Mes invités s’assoient selon leur rang sur des crapauds, des chaises, des tabourets ou les carreaux. Les cavaliers s’appuient à la balustrade et nous conversons, nous parlons de poésie, nous jouons aux bouts-rimés, au cœur volé, à la chasse à l’amour. Mes invités ont l’élégance de déposer devant ma porte leurs dernières créations, lettres, billets doux, libelles ou mazarinades. Certains de ces cadeaux sont empoissonnés. Quand la couverture vante un million d’exemplaires vendus, je me méfie. Ce n’est ni le poids ni les chiffres encore moins la médiatisation qui font la qualité d’un texte.
J’ai plutôt tendance à privilégier les maigres, les discrets, ceux qui sentent le bon fumet. Ainsi, c’est à travers "La blessure et la soif", que Laurence Plazenet (Gallimard) m’est apparue comme une amie, que mon cœur s’est emballé pour « Le moins aimé », de Bruno de Cessole (La Différence), deux auteurs qui se coulent merveilleusement dans une langue raffinée, celui que je retrouve dans « Ecris-moi si tu m’aimes encore », (Bayard), une correspondance amoureuse entre deux inconnus. Pourquoi aujourd’hui tant de livres inutiles et bâclés ? En compagnie de mon cher cardinal de Retz, je suis une frondeuse, la complice d’Arhénice, de Ninon de Lenclos, de Mademoiselle de Scudéry ou de madame de Sablé ces initiatrices de l’art pour l’art, folles de La Carte du Tendre et du mariage à l’essai. Mais ce siècle a ce qu’il mérite : la platitude de ses petits marquis, l’étalage indiscret de vertus supposées ou d’actes que la morale réprouve et surtout la fadeur sans nom d’une inculture généralisée.
Emmanuelle de Boysson
Emmanuelle de Boysson
Photo de L. Plazenet par Claude Hélie / Gallimard

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