Mohammad Reza Pahlavi, dernier chah d’Iran, est mort le 27 juillet 1980 au Caire. La cause officielle est un lymphome malin, un cancer du système lymphatique. Mais entre un diagnostic tenu secret pendant des années, un exil chaotique à travers plusieurs continents et des rumeurs de complot alimentées par Téhéran, la réponse à cette question apparemment simple mérite qu’on s’y attarde.
Lymphome malin du Shah d’Iran : une maladie cachée bien avant la chute
Le cancer de Mohammad Reza Pahlavi n’a pas commencé en exil. Il a été diagnostiqué au milieu des années 1970, alors que le chah régnait encore sur l’Iran. Ce détail change la lecture des événements.
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Pourquoi garder un tel secret ? Parce que révéler la maladie du souverain aurait fragilisé le régime à un moment où les tensions politiques montaient déjà. L’entourage du chah, ses médecins et ses conseillers les plus proches connaissaient le diagnostic, mais la population iranienne n’en a rien su.
L’historien Abbas Milani, dans son ouvrage consacré au Shah, confirme que ce lymphome malin était connu du cercle rapproché du pouvoir. Il souligne aussi que la maladie a pesé sur les capacités de décision du souverain dans les dernières années de son règne. Un chef d’État affaibli physiquement, entouré de courtisans qui minimisent la gravité de son état : la configuration explique en partie l’incapacité du régime Pahlavi à répondre à la montée de la contestation.
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L’errance en exil : du Maroc au Caire, un parcours qui a aggravé la maladie
Après avoir quitté Téhéran en janvier 1979, Mohammad Reza Pahlavi a entamé un exil que personne n’avait anticipé aussi long ni aussi humiliant. Le chah n’a pas simplement trouvé refuge dans un pays allié. Il a erré.
- Le Maroc l’a accueilli temporairement, mais sans vouloir s’engager sur le long terme face aux pressions du nouveau régime iranien.
- Les Bahamas puis le Mexique ont servi d’étapes, dans des conditions médicales précaires pour un patient atteint d’un cancer avancé.
- Les États-Unis ont fini par l’admettre sur leur sol pour des soins, déclenchant la crise des otages de l’ambassade américaine à Téhéran.
- Le Panama a ensuite pris le relais, avant que le chah ne soit finalement accueilli en Égypte par le président Anouar el-Sadate.
Chaque déplacement signifiait un changement d’équipe médicale, des interruptions de traitement, du stress. L’exil a transformé un cancer traitable en condamnation. En arrivant au Caire en mars 1980, le chah était déjà dans un état très dégradé. Il a subi une ablation de la rate à l’hôpital de Meadi, puis entamé une convalescence au palais de Koubbeh, entouré de l’impératrice Farah et de leurs quatre enfants.
Son état ne s’est pas amélioré. Quelques mois plus tard, il s’éteignait.
Théories du complot autour de la mort du chah d’Iran
La mort de Mohammad Reza Pahlavi a immédiatement suscité des spéculations. Le nouveau régime islamique à Téhéran avait tout intérêt à entretenir un récit ambigu autour de la disparition de l’ancien souverain.
Certaines théories avancent que les médecins français qui suivaient le chah auraient volontairement retardé ou mal orienté son traitement. D’autres pointent du doigt les services américains, qui auraient laissé la maladie progresser pour se débarrasser d’un allié devenu encombrant. Aucune de ces théories n’a jamais été étayée par des preuves.
Ce qui est documenté, en revanche, c’est la série d’erreurs médicales liées aux conditions de l’exil. Le secret entourant le diagnostic initial a empêché une prise en charge cohérente dès le départ. Les médecins qui intervenaient à chaque étape de l’errance ne disposaient pas toujours de l’historique complet du patient. Et les considérations politiques ont souvent primé sur les décisions médicales.
Pourquoi le complot séduit encore
La figure du chah reste profondément clivante. Vénéré par une partie de la diaspora iranienne, maudit par ceux qui ont subi la Savak (sa police politique), Mohammad Reza Pahlavi cristallise des passions qui dépassent la question médicale. Attribuer sa mort à un complot, c’est prolonger le combat politique au-delà de la tombe.
Le fils du chah, Reza Pahlavi, installé près de Washington, continue de porter l’héritage paternel. Il tente de fédérer l’opposition au régime des mollahs depuis les États-Unis. Son existence même rappelle que la question de la mort du dernier roi d’Iran n’est jamais purement historique : elle reste un enjeu de mémoire et de légitimité.

Sadate, dernier allié du Shah : des funérailles d’État au Caire
Le président égyptien Anouar el-Sadate a été le seul chef d’État à accueillir le chah sans condition. Quand Mohammad Reza Pahlavi est mort, Sadate a annoncé son décès à la nation égyptienne avec une émotion visible, parlant d’un « ami cher ».
Les obsèques ont été organisées avec les honneurs militaires. Vingt et un coups de canon ont retenti au Caire pour saluer la dépouille de l’ancien souverain. Un geste diplomatique fort, à une époque où la plupart des gouvernements préféraient détourner le regard.
Ce choix de Sadate n’était pas sans risque. L’Égypte venait de signer les accords de Camp David avec Israël et se trouvait déjà isolée dans le monde arabe. Accueillir puis honorer le chah déchu ajoutait une couche de tension avec le régime de Khomeini. Sadate lui-même serait assassiné un peu plus d’un an après, en octobre 1981.
Mohammad Reza Pahlavi est donc mort d’un lymphome malin, diagnostiqué des années avant sa chute et aggravé par un exil qui l’a privé de soins stables. Les théories alternatives disent davantage sur les fractures politiques iraniennes que sur les circonstances réelles de son décès. Le cancer a tué le chah. L’exil a accéléré le processus. Le reste appartient au registre des projections politiques.

