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Ségo, porno, pseudo…Marc Lambron sort un essai - très attendu - sur Ségolène Royal. Sous le pseudo de Franco Capella, un acteur X nous gratifie de certaines révélations sulfureuses sur les people et le monde des média. Et à part ça ? Eh bien, la vie continue au-dessus de la ceinture, avec Le prix du Livre de poche et quelques coups de cœur…
Quand je tombe sur Marc Lambron à un cocktail, nous ne nous quittons plus. De quoi parlons-nous ? Du petit monde de l’édition, of course, bien que Marc s’en détache : son côté bouddhiste, sûrement. Il m’annonce qu’il publie « Mignonne allons voir si la rose » (éd. Grasset), un essai sur Ségolène, le septième sur cette candidate (dont l'excellent Les éléphants malades de la peste de Philippe Alexandre chez Albin Michel) qu’il compare à une mouette rieuse dans Madame Figaro.
Marc serait-il devenu plus Royal que Ségo ? D’après lui, l’esprit Ségo s’étend partout. La France devient un ségoland. Les maîtres mots sont dignité, morale et solidité.
Au hasard, prenons les livres de la rentrée. Alors que des auteurs people s’auto-boostent à grands coups de réseaux, ceux qui tiennent, ceux qu’on aime prennent le train. Au CAC 40, les valeurs sûres ont la cote. Dignité, le maître mot, assure Lambron qui, pour une fois, ne se prend pas pour Napoléon, mais pour Marie-France Garaud. On ne la fait pas au Français moyen qui jauge d’un bon bouquin comme d’un bon vin. A la couleur, à l’assiette, à la densité. Un vin ne se boit pas, il se mange, il se hume. Les meilleurs crus 2006 sont corsés : Jonathan Littell, Nancy Huston, Camille Laurens, Alice Ferney, et non piqués, comme Moix, Angot and cie… Pas la peine de faire de la peine, les germanopratins se reconnaîtront ! Surtout ceux qui n’ont pas écrit leur livre, mais qui causent dans le poste. La presse people et la critique ont moins d’impact, paraît-il. Si ce n’est de flatter l’ego d’Angot, le moi de Moix. Les débats choc chez Ruquier, Taddéï ou Bern ont prouvé qu’y passer, c’est prendre une baffe. Les libraires ont du nez et ne s’y méprennent pas : ils ont porté au pinacle le roman d’une inconnue : « L’élégance du hérisson» de Muriel Barbery, (éd. Gallimard). Quand le bouche à oreille fonctionne, c’est pour la bonne bouche.
En rentrant en bus, je confie à Marc que j’ai reçu ce matin un roman sous pseudo au titre racoleur : « Prenez la queue comme tour le monde » (éd. du Rocher). L’auteur, un mystérieux Franco Capella, est qualifié de journaliste sans mention spéciale. Moi, je sais qui c’est, mais j’ai promis de la boucler. Au jeu des devinettes, je vous livre quelques indices. D’origine italienne, comme son nom l’indique, un acteur hardeur « monté comme un bourricot – 24 centimètres… un pénis en érection de plus de cent cinquante grammes » vient d’accoucher d’un best-seller rewrité par un nègre. L’auteur en serait-il un ? Sur la quatrième est écrit : « Une critique féroce et bouffonne de la société et du monde des médias racontée par un acteur de films X devenu écrivain ».
Il s’agit plutôt d’une satire réjouissante et bouffonne sur la société du tout sexe où les animateurs télé vous pompent le meilleur de vous-même et vous laissent sur le carreau. Ce « papy doc de l’omerta » qui se prend pour Tarass Boulba fait partie du cirque médiatique puisqu’il cite des noms. Dans l’ordre d’entrée en scène : Georges-Alain Tibidey, journaliste télé coiffé au bol « aussi admiratif qu’extatique », France Durand-Lapage, « Barbie défraîchie », éditrice chez Fayot, l’écrivain Ludwig Saint-Gras, Jonathan de Sweef «beurbeurbeur », Amaury de la Chloute, critique télé, « toujours collé à la Closerie », Bernard-Henri Lévisse, Jérôme Gratin, Matthieu Dindon de Libé, « avec ses adverbes à la queue leu leu… »… Ici, les plus accros du sexe ne sont pas ceux qu’on croit et, sous l’influence de Franco les rouflaquettes, la petite bande se dévergonde et en redemande. La partie de jambes en l’air de France vaut son pesant de cacahuètes. Notre gentleman déteste la nouvelle cuisine : « A l’angle de la rue de Varenne et de la rue de Bourgogne (…) 320 euros par personne. Un méga-menu dégustation de mini-portions à consulter au microscope ». « Tibidey dévorait le regard de France, entre nous, y avait que ça à dévorer ». Notre « Catherine M. au masculin, un libertaire de la ponctuation » adore les jeux de mots, les néologismes: « une pubeuse qu’il avait casserolée dans le caviar » ; « des traves qui se faisaient encaldosser sous un pont » ; « la prise de la pastille »… Notre « meilleur ouvrier de France du X », ne peut pas saquer ces intellos : « qui pensent pour tout le monde, bien installés dans leurs appart’ du seizième, de Neuilly-sur-Seine, et qui, après une lichette de foie gras, un doigt de Beluga, se permettent de conceptualiser à propos de tous les hauts lieux de la misère… » Lequel de nos fieffés confrères se cache sous Franco Capella ? Vous avez deviné ? Je vous le donne en mille. Pour brouiller les pistes, gageons qu’il est petit, barbu et boutonneux !
Au Prix du livre de poche, Claire Chazal a remis le prix des lecteurs 2006 à Carlos Ruiz Zafòn, " L'ombre du vent" et le Choix des libraires à Laurent Gaudé, pour "La mort du roi Tsongor", éd. Actes Sud).
Thierry Gandillot m’y a remerciée pour mon soutien : « C’est dans les moments difficiles qu’on voit qui sont ses amis ! ». Pour l’heure, rien n’indique que cet excellent rédac chef culture soit obligé de quitter l’Express. Autre coup de chapeau : à Fabrice Gaignault, lui aussi rédacteur en chef culture (Marie Claire). Son « Ethiopie Itinérances » (éd. Mengès) est une pure merveille, tant pour son émouvante quête d’un grand-oncle parti en Ethiopie planter le café que pour les photos de Catherine Henriette qui a su dévoiler la beauté des femmes de Harar et les paysages de ce monde lumineux.
Chez Angelina, on fêtait la sortie du livre « Lipp la Brasserie » de Claude Guittard et Isabelle Courty-Siré, préface de Sonia Rykiel (éd. Ramsay). Un recueil de documents et d’archives, des photographies de clients célèbres, des recettes de ce lieu mythique où est remis tous les ans le prix Cazes. J’aurais préférer aller chez Lipp, c’est plus près de chez moi, mais j’ai tout de même retrouvé mes copains du Figaro : Hervé Bentégeat qui sort « La fuite à Baden » (éd. Ramsay), (celle de de Gaulle, pour les incultes), et Jacques de Saint-Victor. Il y avait aussi mon copain du Parisien Pierre Vavasseur, ma copine de Télé Sept Jours France Cavalié (tiens, les mêmes initiales que Franco Capella !) ; je me suis même fait une nouvelle copine, Eliette Abécassis… Les caméras suivaient Françoise Xénakis à la trace. J’aimerais bien savoir ce que Danielle Mitterrand, cette grande dame devenue indigne, pense de sa bio (« Danielle Mitterrand ou la petite fille qui voulait être Antigone», éd. Ramsay). Je suis rentrée à pied avec mon vieil ami et protecteur, Joël Schmidt. Sa soeur, Marie-France Schmidt, raconte la vie de Moi, Chimène, épouse du Cid (éd. Albin Michel). Joël publie bientôt un roman chez le même éditeur. Le titre serait tiré d’un sonnet de Péguy…
un prix 100% féminin
Je vous le disais, nous assistons au grand retour des intellos de gauche tendance chrétiens concernés. Notre prix Lilas pour dames de lettres en sera le reflet. Il est légitime qu’il y ait un prix de femmes parce qu’il y a plus de lectrices que de lecteurs. Les femmes écrivains représentent une proportion de plus en plus importante de la production littéraire. Ce que nous voulons, c’est rétablir l’équilibre : chacun sait que la quasi-totalité des prix littéraires décernés l’est par des hommes pour des hommes, à quelques exceptions près. Il ne s’agit nullement de condamner une pratique mais d’en introduire une nouvelle qui proposera une autre approche. Nous, les femmes, nous inviterons Ségo à notre fête de la Closerie des Lilas. Qu’on vote pour elle ou pas, on s’en fout, elle nous plait cette mouette rieuse, avec ses ségolonades, ses ségoslogans, sa ségodynamique. Le monde est dingo, le monde est ségo…
Emmanuelle de Boysson Pour en savoir plus sur le prix Lilas, cliquez : ici Pour lire les autres rubriques d'Emma 2 B, cliquez : ici
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