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Romans et auteurs de janvier : femmes beaucoup, hommes un peu...
Dès le mois de novembre, les journalistes reçoivent des épreuves brochées ou pas, parfois des manuscrits. Ce sont eux qui me touchent le plus. Sans doute parce que j’imagine combien l’auteur a dû ressentir un petit frisson au moment de lâcher son bébé. Pour la rentrée de janvier, j’ai d’abord été chercher chez Gallimard (près de chez moi) deux manuscrits : celui de Marie NDiaye, Mon cœur à l’étroit et Jeune fille d’Anne Wiazemsky. Marie NDiaye vient des éditions Minuit. Ca se sent. Au premier abord, cette histoire d’un couple de professeurs rejetés semble très réaliste, mais peu à peu se révèle la dimension métaphorique d’un texte à l’écriture rare, à la construction soignée. Anne Wiazemsky excelle dans l’art d’évoquer la psychologie des adolescents. Ce roman, très autobiographique, raconte le tournage de son premier film. En toile de fond, un beau portrait de Robert Bresson. Ce qui séduit avant tout est le passage de la jeune fille sensible et passionnée à la jeune femme émancipée et lucide.
Jean-Cristophe Rufin
Précurseurs
Transfuge de Gallimard, Jean-Christophe Rufin crée la surprise avec un thriller écolo palpitant Le parfum d’Adam (Flammarion). L’auteur de Globalia poursuit sa réflexion sur les dangers du monde de demain. Il nous alerte d’abord sur le risque de surpopulation de la planète. Il met ensuite en lumière une évolution des mentalités : les pays en voie de développement sont moins un enjeu de justice et de solidarité qu’une menace : « de la lutte contre la pauvreté, nous sommes en train de passer à la guerre contre les pauvres ». D’après lui, les principaux artisans de cette mutation sont les théoriciens américains de l’écoterrorisme qui considèrent qu’il faut éliminer le « surplus » concentré dans les pays du tiers monde. Les vieilles théories de Malthus reviennent à l’ordre du jour ! L’héroïne se retrouve au cœur d’un complot d’écologistes radicaux. Un médecin et une psychologue mènent l’enquête pour l’agence de renseignements privée Providence… Permission, de Céline Curiol, (Actes Sud), décrit un monde où l’objectivité n’existe pas jusqu’au jour où un jeune homme découvre la richesse du roman. Ce livre intelligent contraint parfois l’auteur à pécher par excès au nom d’un trop grand souci d’efficacité, aux dépens des relations humaines, de l’émotion. Le dernier monde, de Céline Minard, (Denoël) s’apparente aussi à un roman de science-fiction. Après plusieurs missions autour de la terre, un cosmonaute revient sur notre planète. L’espèce humaine a disparu, les animaux, eux, semblent avoir retrouvé leur liberté. Il faut prendre le temps de se plonger dans cette odyssée puissante, hors normes. Parfois, on pense au dernier Houellebecq, pour mieux l’oublier.
Frédérique Deghelt
Amoureuses
Plus facile d’accès et destiné à un public féminin, Quinze jours en juillet de Nicolle Rosen, ex-psychanalyste (Lattès). Un huis clos où se joue le destin de l’ex femme, de la maîtresse et de la fille de Marc, un philosophe. Nicolle Rosen décortique les pièges de l’attachement. Qui l’emportera ? En lisant Toutes ces vies qu’on abandonne, de Virginie Ollagnier (Liana Levi), à l’écriture classique, j’ai repensé au Patient anglais, à la relation trouble qui naît entre un blessé de guerre et une infirmière. La vie d’une autre, de Frédérique Deghelt (Actes Sud) est une révélation tant par son inventivité que par sa progression. Imaginez-vous douze ans après une rencontre amoureuse. Hier, vous aviez vingt ans, vous voilà soudain parent de trois enfants, avec un job inconnu, des amis différents, un mari moins fiable… Des situations cocasses que sous-tend une réflexion sur l’amour qui dure. Savourez à petites gorgées le très romanesque et très tchékhovien Le feu, la vie, de Nathalie Bauer (Philippe Rey). Dominique Mainard a choisi un joli titre : Je voudrais tant que tu te souviennes (Joëlle Losfeld). Un univers envoûtant, plein d’humanité. Sa petite chérie, de Colombe Schneck (Stock) est une bouffée de fraîcheur. Quand l’amour devient un jeu de cache-cache, les délices de l’attente peuvent se prolonger… toute une vie. J’ai beaucoup aimé Goodbye Mister President, de Danièle Georget (Plon). RDV avec John et Jacky dans leur chambre d’hôtel à Dallas pour des scènes de ménage gratinées ! Signe que ces deux-là s’aimaient, malgré tout !
Vendeuses et clientes de boutiques de fringues
Delphine Bertholon s’introduit dans la Cabine commune (Lattès) d’un magasin style Agnès B. Dialogues savoureux, névroses des clientes, raz-le bol des vendeurs… On s’y croirait ! Audrey Diwan (Flammarion) préfère les boutiques mariage avec leur tralala. Cette fabrication d’un mensonge nous guette tous...
Karine Tuil
Exilés
On parlera beaucoup de Douce France, de Karine Tuil (Grasset). Ce coup de poing suscitera des débats au moment où la sécurité sera un enjeu majeur de la campagne électorale. Karine Tuil s’indigne devant le traitement des sans papiers parqués dans un centre de détention administrative. Malgré quelques invraisemblances, ce texte dénonce la part d’inhumanité du pays des droits de l’homme. A sa manière, avec Les inattendus, Eva Kristina Mindszenti (Stock) nous sensibilise à ceux qui rêvent de s’exiler. Avec beaucoup de justesse, de poésie, elle dépeint la vie d’un village hongrois, nous parle du désir des jeunes de fuir l’ennui, la pauvreté, l’emprise soviétique. L’émotion naît, toute en douceur. Serrement de cœur à la lecture d’ Elle s’appelait Sarah, de Tatiana de Rosnay (Héloïse d’Ormesson). L’auteur déterre un sujet tabou : la rafle du Vél d’Hiv. Deux destinées se croisent habilement : celle de Sarah (1942) et de Julia Jarmond (2002), journaliste américaine chargée de couvrir cette page sombre de l’histoire. Construction rondement menée, documentation irréprochable, un roman bouleversant déjà vendu dans quatorze pays.
Aventuriers
Irène Frain nous emmène dans l’ancien Tibet, celui des monastères en transe, des concubines opiomanes, des princes décadents, des réincarnations. La romancière est partie sur les traces de Francis Rock, chasseur de plantes américain, plume du National Geographic, L’homme ne vit que dans l’espoir de découvrir un royaume où les femmes feraient la loi. Comme tout bon écrivain, il a l’art de se créer une légende ! Au Royaume des femmes (Fayard).
Martha Medeiros
Femmes décapantes
Vous allez me dire que je privilégie les romans de femmes. Sans doute parce que je suis à la recherche d’une perle rare pour le prix Lilas. Mais chut ! Nous couronnons un roman écrit en français, dommage! : Divan, de la Brésilienne Martha Medeiros (Anne Carrière), est une réussite. Quelques allusions à son psy suffisent à nous faire comprendre comment Mercedes, prof, peintre, mère de deux ados, bascule avec humour et brio dans une crise existentielle. Cette femme de tête perd ses repères pour mieux trouver sa vérité, sans tabou ni faux semblants. Autour du corps de Liane (Stock), Cypora Petitjean-Cerf déroule un long palimpseste avec cette éternelle question : c’est quoi une fille ? Anna Rozen épingle les Vieilles peaux (Dilettante). Trop drôle, sa Mrs Bloom qui cherche à assurer sa postérité ! Elise Fontenaille nous entraîne dans l’univers noir et dérangeant d’un Cyberflic avec Unica (Stock). J’attends les nouvelles de Claire Castillon… Avis à l’attachée de presse !
Evelyne Bloch-Dano
Mères / filles
Béatrice Bantman fait peser sur une jeune femme le poids sa mère, Mme Kramer, La plus belle à Auschwitz (Denoël). Evelyne Bloch-Dano s’interroge sur le lien que La biographe (Grasset) entretient avec son sujet. A travers l’histoire de Romy Schneider, elle découvre en miroir celle de sa propre famille, de l’Allemagne. Un livre poignant sur les mères, et sur la mémoire.
Jean-Paul Dubois
Et les hommes, dans tout ça ?
Entre mon prochain roman, mes papiers pour Marie Claire, le prix Lilas, la promo de mon livre, Femmes, les grands rendez-vous de votre vie (Presses de la Renaissance)… mon printemps sera féminin et mes nuits seront aussi belles que mes jours ! Mais j’aime aussi les Hommes entre eux, de Jean-Paul Dubois (Olivier) ! J’ai hâte de finir le dernier Philippe Besson qui se glisse dans la peau d’une femme pour Se résoudre aux adieux (Julliard), d’en savoir plus sur les Snobs de Jullian Fellowes (Lattès), de vivre un temps en compagnie des Sœurs de Prague de Jérôme Garcin (Gallimard), et de m’endormir sur le Sein de François-Bernard Michel (Rocher) ! Emmanuelle de Boysson Commander ces livres chez notre partenaire Alapage.com, avec 5% de réduction et système de paiement sécurisé : cliquer ici
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