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Prix littéraires : favoris, outsiders et rumeurs...Goncourt, Fémina, Renaudot : ils espèrent, elles prient, ils s'agitent.
Suspense garanti pour les prochains prix littéraires. La bataille s’annonce serrée entre les romans phares de la rentrée : "Les bienveillantes", de Jonathan Littell (éd. Gallimard), déjà tiré à 170 000 exemplaires et "Dans la foule", de Laurent Mauvignier (éd. de Minuit).
Les dix de chez Drouant devraient décerner le prix Goncourt le 6 novembre, le même jour que les jurés du Renaudot. Les dames du Fémina leur voleront-elles la vedette en couronnant le roman de Jonathan Littell, le 30 octobre ? D’après le Figaro littéraire, il se pourrait bien que l’Académie Goncourt décide d’avancer l’attribution du prix quinze jours avant la date prévue. Autre inconnue : les membres du Renaudot prépareraient un coup de théâtre en couronnant Littell avant ses deux concurrents. Décidemment, tous se disputent ce roman beaucoup acheté, rarement fini (900 pages). Ce docu fiction sur un SS est un véritable tour de force, mais la froide exposition de ces horreurs en dit long sur une époque où toute morale est absente, y compris celle que le travail de mémoire devrait actualiser. Parmi les outsiders, les frères Poivre d’Arvor pour "Disparaître" (éd. Gallimard) et Nancy Huston pour "Lignes de faille" (éd. Actes Sud) restent les favoris. Mon tiercé à moi
Superfavori : Litell. Outsider : Mauvignier. Oui, mais...
Si je devais distribuer les cartes en deus ex machina ou en diable sorti de sa boîte, je décernerais :
- le Goncourt à Nancy Huston, certainement une des plus belles plumes de notre temps. - le Fémina à Pierre Jourde, pour son superbe roman sur les amours perdues, L’Heure et l’ombre (éd. L’esprit des péninsules). - le Renaudot à Laurence Tardieu, pour Puisque rien ne dure (éd. Stock), roman poignant sur un couple face au décès d’un enfant. Mais comment satisfaire les Poivre ? Gageons que s’ils décrochent le Renaudot, Frédéric Beigbeder fera tout pour remettre le prix de Flore à Mauvignier. Dire qu’il avait annoncé en juillet sur Canal+ que ce roman aurait le Goncourt. Il a vraiment du nez, ce cher Frédéric... J’en prends les paris. Sarko, Ségo, Angot !
le tango de l'ego d'Angot
Le prix du roman le plus polémique de la rentrée est sans conteste "Rendez-vous", de Christine Angot (éd. Flammarion). Angot a le don de susciter les passions, mais pas les prix ! Bonne « cliente » pour les médias, elle horripile, fait mouche, séduit, peut-être un peu trop envahissante pour être crédible. Les éditeurs, excepté le sien, jalousent son succès et la place que la presse lui accorde. On murmure qu’elle a quitté Stock avec l’assurance d’un plan média à la mesure de son ego. « Sarko, Sego, Angot » sonne comme le refrain le plus tendance de la rentrée. Le monde littéraire est divisé. A titre d’exemples, Josiane Savigneau du Monde littéraire et Fabrice Gaignault de Marie-Claire adorent, Gilles Martin Chauffier de Paris Match, Eve de Castro du Figaro Littéraire et Eric Naulleau, éditeur à L’Esprit des péninsules, détestent. Mon avis ? Depuis Inceste, j’aime bien Angot, d’abord parce que c’est l’amie de ma sœur, la chorégraphe Mathilde Monnier (elles ont créé ensemble le spectacle donné à Avignon, l’été 2005 : La place du Singe) ! Mais aussi parce que son histoire d’amour obsessionnelle parle à toutes les femmes. Laquelle d’entre nous n’a pas téléphoné à son mec au moment où elle était sûre que son portable était fermé ? Une affaire de portables en somme, cet instrument qui facilite ou bousille nos vies amoureuses.
A ce jour, d’après le Nouvel Obs, Angot n’est que sixième dans la liste des livres stars, bien après Jonathan Litell, Amélie Nothomb pour son Journal d’Hirondelle (éd. Albin Michel) descendu par la critique, Marc Lévy pour Mes amis, mes amours (éd. Robert Laffont), toujours snobé, P.J. MacDonald pour J’ai épousé un inconnu (éd. Albin Michel) et Laurent Gaudé pour Eldorado (éd. Actes Sud), roman sur les clandestins d’une actualité brûlante. Prix de l'éditeur, du critique, et du roman historique
Nancy Huston et Laurent Gaudé, étoiles d'Actes Sud
Si je devais couronner un éditeur, ce serait Actes Sud pour « La plus belle rentrée » avec Nancy Huston, Laurent Gaudé, Ling XI ("Eté strident"), Alice Ferney ("Les autres"), Rezvazni ("Le magicien"), François Dupeyron ("Le grand soir") et Cécile Ladjali ("L’ours et la jeune fille").
Si je devais rendre hommage à un critique littéraire, ce serait Thomas Régnier du Nouvel Obs, décédé récemment. J’en profite pour saluer Vincent de Swarte, lui aussi disparu trop tôt. Je vous invite à lire son bouleversant roman dédié à ses enfants, "Journal d’un père" (éd. Ramsay). Mon roman historique préféré ? "Le chat botté" de Patrick Rambaud (éd. Grasset). Il nous plonge dans le Paris de 1793, juste après la terreur, et brosse un portait d’un jeune inconnu calculateur et ambitieux : Buonaparte. Si je devais féliciter deux journalistes, je choisirais Adélaïde de Clermont Tonnerre pour son article à mourir de rire, "Adelaïde and the aristos", paru dans Point de Vue et Jérôme Garcin pour son papier tendance sur "Le Pilon", de Paul Desalmand (éd. Quidam). « Plus on produit, moins on vend, plus on détruit. C’est logique », écrit-il. Et plus on pilonne ! On devrait donc décerner aussi un prix au livre le plus pilonné de la rentrée. Il paraît qu’il est interdit de visiter ou de photographier le monstre qui engloutit les livres broyés sous ses dents de requin et qu’il mâche jusqu’à les transformer en papier recyclé. Quand je pense qu’on ne donne même pas quelques-uns de leurs ouvrages aux malheureux auteurs dépossédés... Le stockage coûte trop cher, disent les éditeurs insensibles à « l’enfer du pilon ». Prix du salon littéraire le plus mondain et de la plus belle fête
Gonzague et Patrick ont de la branche...
Le salon littéraire le plus mondain ? Celui de Gonzague Saint-Bris (27 août). Sous les arbres centenaires de la Forêt des livres, on y croisait Doc Gynéco aux côtés de Maurice Druon. Guy Carlier y signait plus de livres qu’André Brincourt. Les frères Poivre rivalisaient avec Francis Huster...
Si je devais remercier un éditeur pour « La plus belle fête », ce serait Phébus, pour la soirée donnée au musée des Arts forains le 13 septembre dernier à l’occasion du trentième anniversaire de cette maison qui appartient au groupe Libella. Wolinski, Antoine de Caunes et Benoîte Groult, rajeunie par le succès de La touche étoile (éd. Grasset), étaient de la partie. Les invités y enfourchaient des chevaux de bois sur des carrousels à l’ancienne. Et comme la vie de l’édition n’est rien d’autre qu’un grand manège, ne vous étonnez pas d’avoir - à la lecture de cet article sur la ronde des prétendants - la tête qui tourne ! Emmanuelle de Boysson Photo de Nancy Huston © Mihai Mangiulea Pour lire les autres rubriques d'Emma 2 B, cliquez : ici
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