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Mercredi 8 Février 2012
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Prix des Deux Magots et autres zakouskis

On discute, on argumente, on coupe-de-champagne, et on vote pour un livre. Cette année, l'excellent "Quelque chose à cacher" (éd. Gallimard), de Dominique Barberis. Ensuite, on va se taper la cloche chez Allard, et on continue à causer littérature. Ah, que la vie est dure...



Prix des Deux Magots et autres zakouskis
Il faut que tout change, pour que rien ne change, disait le prince Salina. Les cocktails se suivent et se ressemblent. Bon signe : le petit monde littéraire sait garder son côté bourgeois chic. On y côtoie des gens bien élevés (c'est si rare), cultivés, qui vous parlent de la correspondance de Stendhal ou de Flaubert, vous servent du vin, vous lancent un compliment. Les manières font du bien…
Mardi 29 janvier, j’arrive aux Deux Magots vers midi et demi. A première vue, il n’y a que des personnes âgées. Brigitte de Roquemaurel, responsable de la communication de l’événement, m’annonce le nom de la lauréate : Dominique Barberis, pour « Quelque chose à cacher » paru chez Gallimard. Le score fut serré : quatre tours de scrutin pour départager les trois finalistes dont Charles Dantzig pour « Je m’appelle François » (Grasset) et Sara Yalda pour « Regard persan » (Grasset).

Dominique Barberis
Dominique Barberis
Attention, ne pas confondre Dominique Barberis avec Muriel Barbery, auteur du best seller « L’élégance du hérisson ». « Ce roman a pâti de cette confusion, nous avons voulu couronner un texte bien plus littéraire », me confie l’écrivain, Adrien Goetz, auteur d’un très bon roman : « Intrigue à l’anglaise » (Grasset). Sur les murs du café, une exposition de photos de Simone de Beauvoir, une habituée dont on fête le centenaire. J’aperçois Marc Lambron avec sa nouvelle barbe rêche (Moscovici a lancé la mode des barbus). Une caméra tourne autour de lui. « Ils font un film sur moi, fais attention », dit-il, un micro accroché à son écharpe noire. Après Ségo, le conseiller d’Etat prépare un livre sur Sarko, mais toujours « sans prendre parti », se régale cet homme qui cultive l’ambiguïté avec délectation. Un paquet de vieux exemplaires de Service littéraire sous le bras, je distribue le canard du rédacteur en chef, François Cérésa… avec obligation de s’abonner. Il faut savoir donner de sa personne !

Prix des Deux Magots et autres zakouskis
Dominique Barberis est normalienne (ce n'est pas une tare). Elle enseigne la stylistique et la grammaire à l’université de Paris IV. Dans une petite ville des bords de la Loire, le narrateur, peintre du dimanche, est le gardien du musée local. Un après-midi, il reconnaît en une femme élégante un de ses anciens flirts. Le soir même, elle est retrouvée morte, tuée à bout portant dans la maison familiale qu’elle est venue vendre. A partir de cette intrigue simple, Dominique Barbéris a écrit un roman poétique, où le fleuve, la vie de province, la pluie, les personnages sont peints dans un clair obscur troublant. Un récit obsessionnel, sans un mot de trop.
Après avoir salué l’historien et romancier Joël Schmidt (souvent pénalisé par les sorties, chez Albin Michel, des livres d’Eric-Emmanuel Schmitt), Eric Neuhoff, rédacteur en chef culture de Madame Figaro,, l’académicien Jean-Marie Rouart (tous deux membres du jury), je me dirige vers la sortie. Une poignée de journalistes est invitée à déjeuner chez Allard, rue de l’Eperon. Le long du boulevard Saint-Germain, Bruno de Cessole, rédacteur en chef à Valeurs actuelles , m’apprend la naissance d’une revue littéraire, "XXI", dirigée par Laurent Beccaria, dans la lignée d’Actuel, ancien magazine français de société. Tout un programme !

Pierre Vavasseur
Pierre Vavasseur
Avec Pierre Vavasseur, journaliste au Parisien, nous nous installons autour d’une table de six où nous rejoignent Pierre Canavaggio, essayiste et critique littéraire, Eric Deschodt, membre du jury, Bruno de Cessole et Dominique Guiou (Figaro littéraire). Tous les ans, nous avons droit au même menu : coquilles Saint-Jacques en sauce, poularde aux lentilles, oranges confites. De la bonne cuisine qui vous tient au corps ! Pierre Vavasseur revient d’une projection du film, « Astérix aux J. O » qu’il qualifie de « marmelade tiédasse et sans idées, lancée comme une lessive ». Une armée de Japonais débarque. Je crois à une erreur d’aiguillage ; non, ils sont les sponsors de ce prix doté de 7700 euros. ( Pourquoi 700?) Il paraît qu'il existe même une réplique des Deux Magots à Tokyo ! Pierre Vavasseur publie un essai sur "Cent livres qu'il faut avoir lus dans sa vie" (Librio, mars), ce qui nous donne l’occasion de parler des romans qui ont marqué nos existences, et de ceux que nous emporterions sur une île. Simenon pour Eric Deschot. Pour Pierre, "Ma mère", de Georges Bataille. Pour moi, ce serait sans hésiter : « A la recherche du temps perdu ». Derrière nous, Jean-Marie Rouart et Eric Ollivier (également dans le jury) n’ont pas de vis-à-vis. La prochaine fois, il faudra placer les tables autrement....

Prix des Deux Magots et autres zakouskis
Après le café, je vais m’asseoir à côté du romancier, Patrick Besson, à la table d’Adélaïde de Clermont-Tonnerre, rédactrice en chef à Point de vue. Besson veut savoir si je suis contente de son édito dans Le Point sur le « Nouvel an rustre » à la Closerie des Lilas. Evidemment, mais - à part moi - il a juste oublié de citer les autres fondatrices du prix Lilas : Tatiana de Rosnay, Jessica Nelson !
Je lui explique que l’Académie Lilas, formée du jury 2007, va élire une attachée de presse, une éditrice et une libraire. « C’est comme au Renaudot, ça devient trop compliqué ! » répond-il. Rien de plus simple pourtant : nous avons instauré un jury tournant, mais comme personne n’a envie de quitter les lilas, les anciennes s'enracinent. Miroslav Siljegovic, le propriétaire de la Closerie, risque de se retrouver vite entouré d’une cinquantaine de lilas’girls. Heureux homme!

Je ne résiste pas à l’envie de vous donner notre pré-sélection :
Lilas de l’éditrice : Viviane Hamy (Viviane Hamy), Liana Lévi (éditions Liana Lévi), Joëlle Losfeld (éditions Joëlle Losfeld), Héloïse d’Ormesson (Editions Héloïse d’Ormesson), Elisabeth Samama (Fayard), Sabine Wespieser (éditions Sabine Wespieser).
Lilas de l’attachée de presse : Marion Barbé (Mercure de France), Anne-Gaëlle Fontaine (Albin Michel), Solveig de Plunkett (Stock), Anne Procureur (Léo Scheer), Sylvie Pereira (Viviane Hamy).
Lilas de la libraire : Corine Crabos (Librairie Mollat à Bordeaux), Laetitia Coq et Magali Garnero (Librairie A Livr’Ouvert, Paris 11e), Sylvie Loriquer (L’Attrape-Cœur, Paris 18e), Nathalie Lacroix (Le Comptoir des mots, Paris 20e), Véronique Marchand, Aline Robert et Stéphanie Biotteau (Librairie Coiffard, Nantes).
La remise des Prix de la Closerie des Lilas se déroulera le 26 mars prochain.

Les parutions de ce début d'année réservent de belles surprises, comme le roman d’un homme défiguré qui ne sort que la nuit : « Le théorème d’Almodovar », d’Antoni Casas Ros (Gallimard). Le narrateur émerge lentement de sa solitude et se souvient du monde d’avant son accident avec beaucoup de distance, d’humour, sous l’œil de celui qu’il admire, le cinéaste, Almodovar. Peu à peu, il comprend qu’il y a une fête au centre du vide.

Sandrine Willems
Sandrine Willems
Avec « Un léopard sur le garrot » (Gallimard), Jean-Christophe Rufin se lance dans l’auto-biographie. Avait-il besoin de justifier son parcours atypique : médecin des hôpitaux, pionnier de l’humanitaire, écrivain et aujourd’hui, ambassadeur de France au Sénégal ? Cet homme aux semelles de vent vit à cent à l’heure. Il semble galoper comme un cheval fou qu’un léopard aurait saisi au garrot (le titre est tiré de Saint-John Perse). Pourtant, sous l’apparente diversité de cette existence, on distingue une unité, née de la fidélité à la médecine, vécue comme un engagement à une discipline pour lui, avant tout, humaniste. Un livre qui pourrait lui ouvrir les portes de l’Académie française où les ambassadeurs sont très appréciés.
Sandrine Willems vit à Nice ; elle a réalisé plusieurs courts métrages et deux documentaires musicaux. Son dernier roman, assez cinématographique et poétique, évoque les paysages de Camargue, le ciel du Lubéron, le soleil levant, la vie d'êtres solitaires. Une ode à la nature, aux vignes, à cette belle Provence avec ses croyances, ses légendes, sa rudesse, son gibier. A L'Espère (Impressions nouvelles, 18 euros)

Prix des Deux Magots et autres zakouskis
A l’extérieur du restaurant, je peux enfin griller une petite clope. Patrick Besson s’en étonne, lui pour qui le monde se partage entre fumeurs et non fumeurs (voir son édito dans Le Point). Mais ce qui m’attire le plus, est le parfum que dégage Brigitte de Roquemaurel, des effluves paraît-il irrésistibles pour les hormones masculines. Elle a du chien cette belle dame dans son manteau de lapin ! Un petit côté princesse Bibesco. Pierre Canavaggio me propose de prendre un café. Bras- dessus bras-dessous, nous marchons en devisant. Rien de tel que des hommes de bonne compagnie. Pourvu que rien ne change !

Emmanuelle de Boysson


Les autres articles d'Emma 2 B : cliquer ici.

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