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Olivier Descosse, avocat : le maître du thriller

Après avoir décroché le prestigieux Prix Polar de Cognac en 2005 avec "Le pacte rouge", Olivier Descosse fait encore parler de lui avec "L'Ordre noir"... L'histoire d'un jeune avocat brillant, méprisé par son père, et que rien ne prédisposait à se retrouver dans une mortelle affaire de traffic d'art. Rien, sinon ce père dont l'ombre plane d'un bout à l'autre sur cette histoire extraordi-noire, qui s'annonce déjà comme le hit de l'été. Interview d'un des tout meilleurs auteurs français de thrillers, dont la double vie cache aussi un avocat...



Descosse répond à Votre Journal
Descosse répond à Votre Journal
Comment faites-vous pour être écrivain et avocat en même temps ?
C'est un exercice compliqué, je dois le reconnaître.
Concrètement, je me lève un peu plus tôt chaque matin et j'écris avant d'aller à mon bureau. Deux ou trois heures, tout dépend de l'inspiration et du temps que j'ai. Psychologiquement, cela requiert sans doute une forme de schizophrénie. Les deux exercices sont très différents. Introversion pour l'écriture, extraversion pour le métier d'avocat. D'un autre côté, je les trouve assez complémentaires.

Luc Vernon, le héros de votre nouveau thriller, est – comme vous – avocat… En quoi lui ressemblez-vous, et ne lui ressemblez-vous pas ?
On- ou je- met toujours un peu de nous-même dans chacun des personnages que l'on crée. Luc Vernon ou un autre, peu importe, ils sortent tous de mon imaginaire et sont donc, inconsciemment au moins, rattaché à moi. Pour Luc, je partage avec lui une certaine pratique professionnelle, mais il est très différent de moi. Par son milieu, son parcours, ses objectifs. C'est un homme anesthésié par une fêlure intime ce qui n'est pas mon cas. Ce qui m'intéressait dans le personnage, c'était de le faire évoluer au travers des événements. Son histoire est celle d'un parcours initiatique, d'une quête de la vérité qui lui permettra de se réconcilier avec lui-même. Ce principe m'a toujours attiré et là est peut-être notre point commun.

D’où viennent, en général, vos idées de roman, et en particulier celle de « L’Ordre noir » ?
Mes idées de roman mûrissent au fur et à mesure. Elle ne jaillissent pas telles quelles et sont souvent le résultat de plusieurs pistes qui retiennent mon attention et que je croise sans m'en rendre compte. Pour l'Ordre Noir, j'étais parti d'une volonté très simple. Imaginer une histoire dans l'univers des marchands d'art mais en privilégiant le côté business. Les oeuvres d'art sont une monnaie d'échange pratique et peu traçable, surtout au niveau international. Derrière on trouve toutes sortes d'intérêts, parfois peu recommandables. L'idée d'un avocat s'est imposée naturellement, puisqu'ils interviennent souvent en qualité d'intermédiaires dans des opérations ou des négociations. Les bases étaient jetées et je me suis lancé.

Olivier Descosse, avocat : le maître du thriller
La violence serait-elle, que ce soit consciemment ou pas, un des éléments qui vous attire vers l’écriture de thrillers ?
Je ne pense pas que tous les thrillers soient forcément violents. Les miens le sont sans doute, mais je préfère parler, en ce qui concerne mon écriture, de tension. Tension physique mais également psychologique. La violence au sens propre doit être justifiée par la situation, l'histoire, et non pas être gratuite. C'est la règle que je me suis imposée. Par contre, lorsque l'on rentre dans ce cadre, je m'autorise des scènes dures, parce qu'il me semble important de décrire la violence tells qu'elle est et non de l'édulcorer.

Au fil du temps, votre façon d’écrire a-t-elle évolué ? S’est-elle améliorée ?
Sincèrement je n'en sais rien. Je fais ça naturellement, sans trop me poser de questions. J'écris aussi souvent que je peux, parfois jusqu'à l'écoeurement, et là mon esprit m'impose une parenthèse. Elle dure rarement plus de deux ou trois jours, car très vite, le virus se remet à flamber. C'est une sorte d'équilibre quotidien, la mise en mot des images qui me traversent la tête. Je les couche sur le papier, et je parcoure ainsi des mondes à peu de frais. Rien de plus.

Et concrètement, comment "officiez"-vous ?
J’écris le plus souvent le matin, assez tôt, en buvant deux ou trois tasses de café. C’est une façon de me réveiller et d’entamer la journée. J’utilise un portable Mac, uniquement dédié à mes romans pour éviter les pollutions Internet. J’ai également beaucoup de notes, de plans, voire de schémas qui me permettent de garder le cap et de ne pas me perdre moi-même dans les fausses pistes que je lance.

Vous souvenez-vous de l’écrivain débutant que vous avez été un jour ? Qu’en diriez-vous aujourd’hui ?
Je m'en souviens très bien, c'était il n'y a pas si longtemps. Je crois que j'ai n'ai pas beaucoup changé. Quand je commence un livre, je suis toujours aussi inquiet. Chaque roman est un pari fou, et quand je l'ai terminé, je m'étonne d'y être parvenu.

Et que diriez-vous à tous ceux qui débutent et vous lisent ici ? Quels conseils leur donneriez-vous ?
Ayez la foi. Soyez passionnés. L'écriture est une machine à fabriquer de la frustration et de l'angoisse. De plus, elle fait rarement des bénéfices. Il faut être un peu maso pour se lancer là-dedans. Je crois que pour écrire, on doit en ressentir l'urgence, et oublier les contraintes qu'une telle entreprise implique. Par contre, quand on sent qu'on a réussit un chapitre, une page, ou même un paragraphe, la joie que procure cet instant est unique.

Venant d’un autre univers, qu’est-ce qui vous a étonné dans le monde de l’édition ? Comment le jugez-vous ?
Difficile de répondre. Je connais assez peu ce monde au fond, car mes rapports avec les éditeurs sont épisodiques, à l'occasion essentiellement de la sortie de mes livres. De plus chaque éditeur a son profil. Quand j'ai eu la chance d'être édité, et de franchir la porte blindée, j'ai globalement trouvé un accueil très sympa. C'est un milieu comme un autre au fond, avec ses rites, ses codes, et un sentiment d'appartenance très fort.

Que lisez-vous d’habitude, et quels auteurs appréciez-vous ?
Je lis de tout. Des thrillers bien sûr (il faut se tenir au courant de ce que fait la concurrence), mais également des romans plus "littéraires". J'ai été surpris par le dernier Ruffin. Un prix Goncourt qui se lance dans le thriller, c'était étonnant... et plutôt réussi. J'aime beaucoup Marc Dugain, ou encore Breat Easton Ellis.

Quelle question avons-nous oublié de vous poser ?
Peut-être celle-là : avez vous un nouveau roman en cours d'écriture?
La réponse est oui, évidement.
L’action se situe à Paris et dans le département du Perche. Des flics, des juges, vont être confrontés au mystère de plusieurs morts violentes. Aucun mobile. Aucun lien. Des univers très différents et des enquêtes indépendantes. Jusqu’à ce que...

Propos recueillis par Gilles Chenaille pour Votre Journal

Autre article : "Olivier Descosse, l'homme dont les livres font peur" (cliquer ici)

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