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Mon psy et moi

Cet homme qui s'asseyait dans mon dos 20 minutes par semaine et ne me répondait jamais quand je lui parlais, qui ne ponctuait mes phrases que de quelques raclements de gorge prudents, qui faisait mine de noter deux ou trois mots sur son carnet, cet homme m'a beaucoup énervée. Et en même temps, bizarrement, j'avais l'impression qu'il m'appartenait...



Mon psy et moi
- Il m'a dit que la prochaine fois je devrai m'allonger. J'ai cru mourir. Tu imagines ? Evidemment, tu imagines puisque tu es passée par là. Mais balancé comme ça sans préliminaire, ça m'a fait drôle. T'as pas trouvé ça un peu rude ? Non, parce que moi là, je fais un blocage. Je te jure, je me sens vraiment pas. Et en même temps c'est contradictoire parce que je ne supporte pas de voir sa tête en face de moi. Il est là, il dit rien, il m'énerve, il le sait en plus qu'il m'énerve, de toute façon il ne pourrait pas ne pas le savoir puisque je le lui dis.
Du coup, pour ne pas penser à lui, je joue à faire des traces de doigts sur son bureau immaculé. Tu faisais ça aussi ? Moi, ça me détend. Je suis sûre que ça le rend dingue, maniaque comme il est, mais c'est plus fort que moi. Si au moins il me répondait ! Non, même pas. Il est là, avec ses "hum-hum", je te jure ça m'use. J'étais saine d'esprit avant de le connaître et là, je vais finir ma vie en prison pour homicide. JEUNE FEMME A BOUT DE NERFS ASSASSINE SON PSYCHANALYSTE !

- Hum hum...
- Arrêteuh !!!

De nos jours, tout le monde A un psy. Enfin presque. Disons 3 personnes sur 5. Consulter est devenu IN. C'est à la mode. Moi aussi, j'avais un psy. 40 euros la séance non remboursée par la sécurité sociale. Du coup, mon analyse est allée très vite car à ce tarif-là, je n'avais pas vraiment envie de passer des années sur un divan.
Ce qui est étrange, c'est que le psychanalyste devient une chose, un objet que l'on s'approprie. Je vais chez le dentiste, le gynéco, mais j'allais chez MON psy. Cet homme qui s'asseyait dans mon dos 20 minutes par semaine et qui ponctuait mes phrases de "hum-hum" ou "mais encore ?", qui faisait mine de noter deux ou trois mots sur son carnet, m'appartenait. Et l'idée même qu'il puisse avoir une vie sociale en dehors de nos entretiens me dérangeait au plus profond de moi.

- Zut ! Mais qu'est-ce qu'il fout là celui-là ? Il peut pas rester chez lui ou devenir invisible dès qu'il fanchit le seuil de son cabinet ?

Il m'a fallu des mois pour oser le saluer. Il paraît même que le rejet est naturel, que cela prouve que l'analyse fonctionne. Le fameux jeu du miroir...
Une de mes amies est même tombée amoureuse de son psy. Personnellement, le mien n'était pas vraiment mon genre.
Et puis cette façon qu'il avait de ma balancer LA phrase à la fin de chaque scéance... Un peu comme un professeur aurait dicté des devoirs pour la semaine suivante. Une phrase minuscule, juste quelques petits mots assassins qui me hantaient jusqu'au prochain entretien. Mais j'avais fini par trouver la parade. Lorsque je ne comprenais pas l'énigme, j'avais un plan "rescousse psy" : mes amies. Elles ne se faisaient pas payer et m'aidaient à percer le mystère. Un échange de bons procédés puisqu'elles aussi consultaient. C'était devenu un rituel entre nous.

- Demain, je vais chez mon psy à 10h00, je t'appelle quand je sors?
- Pas possible, moi j'ai rendez-vous chez le mien à 10H45, ça fait trop court. On peut manger ensemble si tu veux?
- Volontiers. Au fait, c'était pas ce matin le rendez-vous de Sophie ?
- Oui, je vais lui dire de venir avec nous demain, ça nous fera de la matière...

Dire qu'il y a quelques années, c'était un sujet tabou. Les réunions "psy" seraient elles en passe de détrôner les réunions tuperware ?
L'analyse répond-elle à un besoin réel de l'homme ou n'est-elle finalement qu'un phénomène de société ?

Peu importe.
Parmi les phrases assassines de mon psy, une seule me reste en mémoire. Elle ne me visait pas personnellement, c'est peut être pour cela que je ne l'ai pas oubliée.
Elle est à méditer je crois...

"Nous boîtons tous. Suivre une analyse ne permet pas de guérir mais apprend à boîter avec élégance."

Caroline Chiarasini (Paris)

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