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Madeleine Chapsal et le Fémina, le 'Premier Prix', celui des Cinq Continents, et le gentil gang des écrivains (et moi...)Pourquoi ne pas devancer la rentrée littéraire ? Le festival de Cannes remet bien des palmes avant la sortie des films en salle. Le jury du « Premier Prix » a lui aussi joué les précurseurs en couronnant le 10 août « A l’abri de rien » d’Olivier Adam (éd. de L’Olivier). Un prix créé par une poignée de journalistes et Madeleine Chapsal, qui tourne ainsi la page de son exclusion du jury Fémina (car elle avait parlé de magouilles...). Nous revenons sur quelques-unes de ces festivités, et à quelques jours du Fémina en question, rencontrons cette rebelle libérée pour une interview-vérité. En prime, pour conclure cette rubrique richement dotée, nous vous proposons quelques bons livres, et un mauvais...
Il a plu tout l’été et ça continue. Une pluie de prix littéraires qui ne cesse de tomber. Tout commence par un coup de tonnerre. A l’occasion du premier salon de l’île de Ré, le premier Prix est décerné au roman d’Olivier Adam ("A l'abri de rien") par un jury composé de Patrick Poivre d’Arvor, Madeleine Chapsal, Thierry Verret, Mohammed Aïssaoui, Fabrice Gaignault, Adélaïde de Clermont-Tonnerre, Philippe Besson, Joschi Guitton, François Cérésa, Irène Frain, François Busnel et moi-même. Notons que Madeleine Chapsal - co-fondatrice de ce prix littéraire - l’a voulu libre, sans pression, ni président.
Après l’organisation de ce salon à succès aux côtés de Joschi Guitton, de Stéphane Guillon, de Thierry Verret (directeur du "Phare de Ré"), de Madeleine Chapsal et l’écriture d’un roman, inutile de vous dire que je ne suis pas franchement bronzée ! Le lendemain de mon retour à Paris, je suis repartie vers La Forêt des Livres par le même TGV, en sens inverse ! Sur le quai de la gare Montparnasse, nous avons l’impression de retrouver la bande de copains du lycée. Ceux qui étaient là, ceux qui n'y étaient pas
Wilfried N'Sonde
Sous les arbres centenaires, pas moins de vingt-six prix sont décernés dont le prix Confession à Nathalie Rheims, le prix Evasion à Christophe Ono-dit-Biot… Deux jours plus tard, la journaliste Claire Julliard m’entraîne à la fête du "Journal du dimanche" et à la remise des prix de la Fnac. Meilleur roman Fnac : « Le dernier frère », de Nathacha Appanah (L’Olivier). Le 27 septembre, déjeuner au Mini Palais où Henri Lopes, président du jury du prix des Cinq Continents de la Francophonie annonce le nom du lauréat : Wilfried N’ Sonde, auteur sénégalais pour « Le cœur des enfants léopards » (Actes Sud). Un jury international : la Libanaise Vénus Khoury-Ghata, auteur de "Sept pierres pour la femme adultère" (Mercure de France), Paula Jacques (France Egypte), l’Algérienne Leïla Sebbar, Lyonel Trouillot d’Haïti, Amanda Devi la Mauricienne, Lise Bissonnette du Québec, Monique Ilboudo du Burkina Faso… Absents : Jean-Marie Le Clézio, René de Obaldia et Denis Tillinac.
Mais une bonne partie de la petite classe de Brigitte de Roquemaurel (responsable de la communication) est réunie : Mohammed Aïssaoui (Le Figaro), France Cavalié (Télé 7 jours), Gilles Martin-Chauffier (Paris Match), Adélaïde de Clermont-Tonnerre (Point de Vue), Olivia de Lamberterie (Elle), Olivier Lenaire (L’Express) et Catherine Fruchon- Toussaint (RFI). A propos, « Entre les lignes », l’émission présentée par Catherine Fruchon-Toussaint, ainsi que les magazines littéraires de RFI sont supprimés. Je tiens à m’associer au mouvement de protestation demandant le maintien d'un rendez-vous fixe et régulier sur l'antenne pour que les livres et la parole des écrivains français et étrangers continuent, comme il se doit, de résonner dans le monde entier. Aimer, aimer : le sujet favori de Madeleine Chapsal
En attendant le Goncourt, le Renaudot, le Prix de Flore et les autres, Madeleine Chapsal, exclue l’an dernier du Fémina (elle avait parlé de magouilles...), porte un regard amusé sur un jury dont « le rôle était de défendre la liberté de s’exprimer, non de la censurer ». Elle publie en octobre « Apprendre à aimer », un livre de conversation avec Serge Leclaire, psychanalyste et « Il vint m’ouvrir la porte » chez Fayard. Un roman d’une grande finesse psychologique où la romancière sonde les cœurs de ses personnages, suit leurs atermoiements, leur lente évolution. Mathilde, jeune célibataire en quête d’amour et de reconnaissance, louvoie entre deux hommes : Paul qui l’adule et Guillaume, écrivain mal dans sa peau. Elle s’attache à Hélène, brillante intellectuelle, se donne à son amant, François. En un mot, elle se cherche. Elle est à l’image des femmes des débuts de la libération féminine. Elle joue en quelque sorte la Cécile des « Liaisons dangereuses ». Trente ans plus tard, Mathilde tombe amoureuse de Douglas qui la « révèle » sexuellement. En parfait prédateur, il la trompe, elle s’en offusque, se sent blessée, suit son instinct. Surmontant la jalousie, l’amoureuse revient vers lui, sans savoir s’il lui ouvrira la porte. Madeleine Chapsal parle sans tabou de la sexualité, du plaisir. Elle invente un rapport hommes-femmes fondé sur l’acceptation des différences, l’attention à l’autre, la réciprocité, la tendresse. Une relation adaptée à notre temps où chacun cherche à comprendre et à aimer l’autre, cet inconnu. Nous avons rencontré cette romancière hors normes, attachante et talentueuse dont l’œuvre célèbre l’amour.
Et maintenant, posons-lui quelques questions...
Chapsal (à d.) répond à Emma
Votre Journal (Emma 2B) : Que ressentez-vous un an après votre exclusion du jury Fémina ?
Madeleine Chapsal : Une certaine gaîté, une libération : je ne me rendais pas compte à quel point je prenais sur moi pour participer à ces débats... V-J : Maintenez-vous que ce jury subit des pressions de la part des éditeurs ? M. C. : Ni plus ni moins que tous les jurys. V-J : En diriez-vous donc autant des autres prix littéraires ? M. C. : Dans beaucoup de jurys, certains jurés sont salariés des maisons d’édition. Ils sont forcément sous influence. Renseignez-vous. V-J : Quel regard portez-vous sur eux ? M. C. : La plupart font un énorme travail bénévole et servent comme ils le peuvent, chacun à sa façon, la cause de la littérature. Malgré leurs faiblesses, si humaines, il faut les remercier. V-J : Comment est né votre dernier roman, « Il vint m’ouvrir la porte » ? M. C. : D’un amour. Difficile, douloureux, merveilleux, qui a ouvert en moi bien des portes. V-J : Est-il en partie autobiographique ? M. C. : Comme tous mes romans, comme ceux de tous les écrivains, c’est ce qui fait qu’ils émeuvent les lecteurs. V-J : Le parcours de Mathilde est à l’image des femmes qui, en trente ans, ont découvert leur corps, ont conquis le droit au plaisir. Sont-elles plus heureuses aujourd’hui ? Les hommes ont-ils compris cette évolution ? Pensez-vous qu’ils restent des prédateurs ? M. C. : « Prédateurs », nous le sommes tous, les femmes parfois plus que les hommes. Mais ce qui nous est enfin offert, c’est plus de liberté par rapport à nous-mêmes, à nos corps, face aux autres et - c’est capital - en parole. Cet acquis est extraordinaire, toutefois, il est venu si vite que la plupart des hommes sont décontenancés face à cet être nouveau qui, dans bien des domaines, les égale et leur tient tête. Certains la fuient carrément, cette femme « libre », d’autres cherchent à l’inférioriser comme au temps passé : en l’humiliant, la niant, la trompant... Tout ce qui fait l’étoffe des romans !... Mais on résiste et il y a bien de l’amour dans ce combat pour aller vers du meilleur et plus de bonheur... V-J : Quels conseils donneriez-vous aux femmes pour réussir leur vie amoureuse et sexuelle ? M. C. : D’apprendre à écouter ce qu’elles ressentent dans leur être profond. Chaque cas est différent, chaque aventure aussi. Parfois, quand c’est trop dur, mieux vaut fuir et trouver refuge dans la solitude. On peut aussi choisir de s’accommoder d’à peu près. Ou alors combattre, « tenir » jusqu’à ce que l’autre, l’homme, comprenne ce qu’on lui apporte de nouveau, l’accepte, et se modifie de lui-même. V-J : Votre conception de l’amour a-t-elle changé ? M. C. : Non, ce sont mes moyens de l’exprimer qui ont évolué : au commencement je ne pouvais qu’écrire ce que je ressentais, maintenant je deviens capable de l’exprimer à voix haute... pas facile ! V-J : Que pensez-vous de la jalousie à laquelle vous avez consacré un livre en 1977 ? M. C. : Etre jaloux de qui l’on aime est naturel. La jalousie est présente chez le tout petit bébé comme chez les animaux entre eux et avec nous. On peut l’affronter, mais elle fera toujours souffrir. Ce n’est que sur cette souffrance qu’on peut agir : pour la réduire, la diminuer. Si on n’y parvient pas, autant s’éloigner, travailler à se détacher : mais qu’est-ce qu’on gagne et qu’est-ce qu’on perd en désaimant ? A chacun son choix et sa réponse. V-J : Parlez-nous d’"Apprendre à aimer", ce livre de conversation avec Serge Leclaire qui paraît en octobre. M. C. : Après sept ans d’une analyse lacanienne, donc accomplie dans un silence quasi total, mon psychanalyste a voulu prendre la parole devant moi et mon magnétophone. Il tenait à me dire que dans notre société, construite en « dur », il est bien difficile d’aimer, et que nous le savions tous les deux ! J’étais flattée qu’il m’ait choisie pour se confier, mais surtout éblouie d’entendre autant de vérités, valables aujourd’hui, et qui peuvent être utiles. V-J : Quels sont vos projets ? M. C. : Terminer le roman en cours, attaquer le suivant et écrire une brève histoire de la famille Chapsal, laquelle est originaire d’Aurillac. V-J : Quels livres conseillez-vous à nos lecteurs ? « Anticancer», de David Servan-Schreiber, votre beau-fils ? M. C. : Bien sûr ! Mais surtout qu’ils entrent dans une librairie, y écoutent leur flair et leur instinct, non les diktats des jurés littéraires : il y a tant de nouveaux et dans tous les genres, essais, correspondances, biographies, romans, pamphlets, histoire, etc... V-J : Quelle image vous vient quand vous pensez à Jean-Jacques Servan-Schreiber ? M. C. : Déjà celle du garçon le plus beau que j’ai rencontré, et du visionnaire dont j’ai dit : « Jean-Jacques est l’homme qui vient de l’avenir ! » Il était aussi un homme de cœur lequel - en plus de transformer la presse française et le monde des journalistes - a fait en sorte que ses quatre fils soient unis dans une affection indéfectible, une solidarité totale qui les aide à créer du nouveau comme David avec « Guérir » et « Anticancer ». Attendez de voir ce que nous préparent les trois autres ! Mes livres cadeaux
A. Lapierre
"Elles ont conquis le monde. Les grandes aventurières, 1850-1950", d’Alexandra Lapierre et Christel Mouchard (éd. Arthaud)
Un livre magnifique avec des photos et des dessins d’époque sur des voyageuses pionnières, souvent oubliées ou plus connues, comme Isabelle Eberhardt ou Fanny Stevenson, dont Alexandra Lapierre fut la biographe. Des femmes libres, romantiques, reporters avant l’heure. Trente portraits de femmes inoubliables. "Goûters magiques", de Marie-Christine Mahon de Monaghan (éd. Albin Michel) J’aurais aimé qu’on m’offre ce livre quand mes enfants étaient petits. Grâce à lui, les mamans feront rêver leurs chères têtes blondes. Il est truffé d’astuces pour décorer une table de fête. Chacun des dix gâteaux est un monde à lui tout seul plein de poésie, d’imagination. A faire rêver et envie ! Les plus réussis : le terrain de foot avec des oursons en guise de joueurs ; le port Léon où les voiles des bateaux sont des crêpes bretonnes ; l’igloo nappé de sucre en poudre ; le manège à côté duquel, on trouve un kiosque de barbe à papa ; le village pygmée avec ses huttes muffins, ses oursons en réglisse et les adorables auto-tamponneuses en biscuits chamonix. Je vous le disais, c’est le pays de Dame Tartine ! "La chienne de ma vie", de Claude Duneton (éd. Buchet Chastel) Récit poétique d’une enfance paysanne pendant l’Occupation en Corrèze, ce petit livre tendre et autobiographique raconte la relation d’un jeune garçon avec sa chienne, Rita. « En partageant avec moi les mauvaises humeurs et les coups de ma mère, la Rita a dû me rendre un fieffé service, mine de rien. Je me trouvais moins seul face aux adultes, elle prolongeait la famille, ouvrait un peu le trio étouffant pour un enfant unique (…) Elle a dû me servir de « petite sœur ». Il a fallu des années de travail et d’écriture à Claude Duneton pour en arriver à cette simplicité là ! Cet art d’aller à l’essentiel, de montrer à travers une chienne autant d’humanité. Un roman que j’ai déjà offert, conseillé et que je garde à côté de mon bureau, jetant de temps en temps un coup d’œil à la chienne qui figure sur la couverture pour me réchauffer le cœur. Et me dire qu’il existe encore de grands auteurs. "Marley et moi", de John Grogan (éd. J-C Lattès) Encore une histoire de chien, mais celui-là a conquis la planète et a déjà fait craquer huit millions de lecteurs. Ce labrador qui fait irruption dans la vie de la famille Gragan est aussi fidèle que désobéissant, il en fera voir aux Gragan de toutes les couleurs, mais comment y résister ? "La philosophie tout simplement", de Claude-Henry du Bord (éd. Eyrolles) Un livre indispensable, le guide de la philo pour tous. Une vraie mine qui propose un panorama des philosophes des origines à nos jours. Comparé aux autres livres du genre, il est à la fois d’une grande clarté, d’un accès facile, ludique et interactif. Tout y est : les auteurs et les œuvres, les idées-force, des citations et anecdotes, des schémas, des biographies. Chapeau à l’auteur, professeur d’histoire de la philosophie, spécialiste du XVIIe siècle, éditeur, poète et traducteur.
J’offrirai :
A mon beau-frère : « Belle sœur », de Patrick Besson (éd. Fayard). On entend le rire de Besson derrière chaque phrase. A mes amis divorcés ou par prévention : « Pension alimentaire », d’Eric Neuhoff (éd. Albin Michel). En le lisant, j’entendais Neuhoff s’exclamer : « Pas terrible » ; je le revoyais chercher des noms dans son carnet d’adresse, ce « mausolée », évoquer Bernard Franck, ses restos préférés. Humour grinçant, détachement, tout ce qu’on aime ! Aux poètes : « J’ai tant rêvé de toi », de Patrick et Olivier Poivre d’Arvor (éd. Albin Michel). Les frères Poivre exorcisent leurs angoisses, on les lit d’une traite, la gorge serrée. A ceux qui lisent peu : « José », de Richard Andrieux (éd. Héloïse d’Ormesson). Un peu Saint Ex, ce conte séduit par la voix de l’enfant dans sa bulle : comme nous ! Aux esthètes : « Le portrait », de Pierre Assouline (éd. Gallimard). Bonne idée de faire parler un tableau ! Aux rêveurs : « Le privilège des rêveurs », de Stéphanie Janicot (éd. Albin Michel). Un roman qui fait réfléchir sur nos échecs et leur sens. Aux littéraires : « Dictionnaire de Littérature à l’usage des snobs et surtout de ceux qui ne le sont pas », de Fabrice Gaignault (éd. Scali). Un choix personnel de snobs souvent peu connus, déjantés, suicidaires, mais toujours élégants. Aussi intelligent que raffiné (lire article en cliquant : ici. A ceux qui mangent encore des steaks frites ketchup – moi j’ai refusé dès l’âge de six ans : « Anticancer », de David Servan-Schreiber (éd. Robert Laffont).
Je n'offrirai pas :
« Le cimetière des poupées » de Mazarine Pingeot (éd. Julliard) Effrayée par un sujet trop éloigné d’elle, l’auteur tourne autour du pot avec des phrases tellement ronflantes qu’on se demande si elles sont d’elles. En tous cas, il m’est tombé des mains. Un conseil : parler de ce qu’on connaît : de soi, par exemple ! Regardez Besson et Neuhoff, ça leur réussit plutôt bien. A bon entendeur, et à plus ! Emmanuelle de Boysson
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