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Mercredi 8 Février 2012
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Les nouvelles provinciales : à l'aise, les nanas !

« Les nouvelles provinciales » s'émancipent : décapantes et libérées. Gilles Chenaille, vous présente le livre – et son auteure, Emmanuelle de Boysson, Parisienne bon teint mais Alsacienne d’origine, vous raconte les raisons de son retour aux sources, le temps d’une virée où elle a retrouvé ses anciennes copines…



Les nouvelles provinciales : à l'aise, les nanas !
Après « Les grandes bourgeoises » (éd. Lattès), notre consoeur Emmanuelle de Boysson vient de signer son nouveau roman, tout aussi succulent, « Les nouvelles provinciales » (même éditeur). On retrouve ici la saveur des portraits bien croqués, et cette science des choses de la vie que seules des femmes d’esprit et de coeur peuvent distiller avec autant de piquant et de justesse. L’indulgence naturelle de l’auteure lui donne cette empathie sans laquelle les romanciers ne seraient que des comptables, et permet aux provinciales dont elles nous raconte la vie de devenir très vite les amies du lecteur, ravi de ces rencontres extra-parisiennes… (Gilles Chenaille, créateur de VotreJournal.net et chroniqueur littéraire à Marie Claire)

Une Emmanuelle requinquée
Une Emmanuelle requinquée
Qui a dit qu’on s’ennuyait en province ? Les Parisiens qui n’ont pas le temps d’y aller et croient avoir tout compris. Quand je suis revenue à Mulhouse, la ville de mon adolescence, pour nourrir mes Provinciales*, j’étais bourrée d’a priori. J’imaginais mes vieilles copines de lycée rangées, coincées par quatre lardons, des principes alignés comme des bigoudis : l’ennui programmé. Je craignais qu’elles se méfient, qu’elles jaugent la chroniqueuse chic et choc que j’étais devenue, la présidente du Prix Lilas, taxée de grande bourgeoise bêcheuse. J’avais tout faux.
Ma surprise fut de découvrir une bande de filles déjantées, plein pot, nature, marrantes, plus aventurières que mes amies hyper bookées du VIIe arrondissement ! Toutes ont divorcé (sauf une). Elles forment un petit club soudé, irrésistible. Ayant balancé leurs principes dans le canal du Rhône au Rhin, elles se fichent royalement des ragots et des silences appuyés. Ces routardes émancipées vadrouillent, militent, fantasment, s’éclatent, compensent. Randonnées en raquettes, coups de foudre pour un petit beur, et elles en passent... Elles m’ont accueillie à cœur ouvert, par un festin de vol-au-vent à la truffe lardé de blagues alsaciennes et arrosé de weich, non te puk noremole ! Miracle ! elles m’ont même trouvée sympa. Presque pas changée, alors que les bulles millésimées des cocktails ont quelque peu terni mon teint. Leur énergie, leur tendresse ont réveillé l’Alsacienne qui sommeillait en moi. Depuis, je me sens plus ancrée dans mon terreau, requinquée, regonflée, re-tout. J’ai eu envie de les remercier et, à travers elles, toutes ces provinciales qui nous défrisent, nous, les accros d’une capitale qui a perdu son capital.
Cette virée m’a ouvert les yeux. La tendance s’est inversée, le terroir a la cote ; camembert, brocantes, menhirs, mimosas en farandole. Aujourd’hui, l’île au trésor, c’est la province : qu’on se le dise ! Pour preuve, le succès des Ch’its. Rastignac revient sur ses ambitions : à nous deux l’Alsace. Ca bouge vraiment là-bas : on y crée, on y ose, on partage, on profite. Grâce au TGV, le bonheur est dans le pré. La vieille guéguerre entre parigots têtes-de-veaux et campagnards têtes-de-lard, c’est fini. Même si les jalousies jouent les prolongations. Les femmes du cru sont à l’origine de cette révolution tranquille. Parce qu’elles savent vivre, préserver au besoin leur pré carré, cultiver leurs menus plaisirs, leur grain de folie. Avis à celles qui cachent une provinciale qu’elles veulent ignorer. Revenez au bercail, les copines ! Tirez profit de vos vacances pour choper l’esprit province, son enthousiasme, sa chaleur humaine, sa disponibilité. Ne boudez pas le plaisir de buller, de mitonner des ragoûts. Chassez les normes, les blues crépusculaires. Un matin, vous vous réveillerez provinciale : nouvelle, libre et légère comme disait Edith Wharton.

Emmanuelle de Boysson

* Les nouvelles provinciales (éd. J-C Lattès, 16 €)

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