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Lauriers littéraires : Prix de la Closerie des Lilas, retour sur le Salon du Livre, Prix Hennessy, Prix Nomad's, Prix Edmée de la Rochefoucauld...

Suivez les aventures d’Emma 2B, notre chroniqueuse littéraire et - elle l'avoue sans mal - mondaine. Toujours sur le qui-vive, entre deux coupes, sur une estrade, une piste de danse ou un canapé rouge, notre Emma, comme les chats, garde les yeux ouverts, même quand elle dort...



Alerte à la bombe au salon du livre de Paris

Lauriers littéraires : Prix de la Closerie des Lilas, retour sur le Salon du Livre, Prix Hennessy, Prix Nomad's, Prix Edmée de la Rochefoucauld...
Il est cinq heures. Anna Gavalda et Amélie Nothomb dédicacent leurs romans ; les badauds font la queue comme à la caisse de Monoprix. Au stand Lattès, Juppé, le nouveau maire de Bordeaux, vient saluer son épouse Isabelle. A mes côtés, mon attachée de presse, Brigitte Béranger, un pin’s à la boutonnière de sa veste orange, s’entretient avec la journaliste de Psychologies, Violaine Gelly. Soudain, une voix de femme annonce par haut-parleur que « suite à un incident technique, il est demandé de quitter le salon ». Avec son flegme habituel, Brigitte lance : nous ferions mieux de sortir, ça sent la bombe. Etrangement, personne ne bouge. Nous sifflons notre flûte avant de bouger. Curieuse sensation d’être sur le Titanic et de continuer la fête jusqu’au bout avant de couler à pic. Brigitte me convainc de la suivre, rassurante cette femme toujours de bonne humeur !
Dans les allées, chacun avance lentement : conversations de salon, saluts à des amis : rien n’annonce un naufrage, mais nous quittons le navire pour les immensités glacées. Dehors, la foule attend les consignes, on fume – enfin ! Les portes se referment. Combien de temps va durer ce pied de grue ? Sont-ils en train de fouiller les stands à la recherche d’un paquet cadeau piégé ? Un coup de fil a-t-il été passé ? Les plus malins parient sur une blague faite par un voyou ; d’autres commencent à penser que l’après-midi est fichue, que le public, déjà lassé des files et des contrôles ne rentrera plus. Des cars de police arrivent, un hélicoptère passe : les grands moyens !
Peu à peu, tout le monde se disperse. J’aperçois Madeleine Chapsal qui vient d’arriver pour une signature prévue à 18h ; Claude Durand l lui propose de la raccompagner en taxi, plus de signature. J’entre dans un café où le salon s’est reconstitué, à moindre échelle « Shalom », me lance Olivier Rubinstein, éditeur chez Denoël, toujours le bon mot au bon moment. Jessica, Victoria, Alexandra sont attablées autour d’un thé. Je me joins à elles et me dit qu’il doit y avoir un petit malin qui se bidonne quelque part d’avoir réussi son coup : ce salon 2008 qui a suscité tant de polémiques aura été pire que le précédent. Ce n’est pas peu dire !


Comme tous les ans, le public n’a d’yeux que pour les stars

Lauriers littéraires : Prix de la Closerie des Lilas, retour sur le Salon du Livre, Prix Hennessy, Prix Nomad's, Prix Edmée de la Rochefoucauld...
Pour Ségolène Royal, par exemple (chez Grasset) qui finit par se cacher dans la cabine du stand devant laquelle l’attend une nuée de groupies. J’aurais voulu me rendre au pavillon dressé en l’honneur de la littérature israélienne, assister aux rencontres avec David Grossman, Simon Appelfeld, Pawel Huelle… assister aux tables rondes sur l’identité juive en Israël, « la Bible de l’archéologue, la bible du romancier », autour de l’œuvre d’Ida Fink, de l’existence d’une littérature juive », sur « la littérature dans les médias : vers une disparition ? », je n’ai pas eu le temps ou plutôt, pas su le trouver même si j’ai participé à un débat sur la littérature féminine animé par Viviane Chocas, de Madame Figaro, en présence de Camille de Peretti, Laure Adler et une éditrice dont j’ai oublié le nom. Bien que j’aie signé mon roman, je suis en quelque sorte passée à côté du salon.

Un gros chèque pour François Dufay, une bouteille de Cognac Hennessy pour moi

Cauet, exaspéré par Naulleau
Cauet, exaspéré par Naulleau
Invitée par Valérie Solvit, chargée de la communication, je me rends au dîner du Prix Hennessy au Plazza. Le Prix du journalisme littéraire. « Le jury s’attache à récompenser la justesse d’analyse, la qualité d’écriture, et, plus généralement, la manière dont les candidats parviennent à susciter la curiosité du lecteur, tout en lui permettant de s’orienter dans le dédale de la production littéraire ». Tout un programme ! Il y a quelques mois, j’avais reçu un dossier à remplir avec un choix de papiers que je n’ai jamais renvoyés. Ah quoi bon ! Le lauréat, sans surprise, François Dufay (tiens donc !) prononce un discours. A 45 ans, il vient d’être nommé rédacteur en chef du service Livres de l’Express après avoir été journaliste au Point. Quelle coïncidence ! Bernard Pivot, président d’honneur, lui remet un gigantesque chèque de 7000 euros. – Heureux homme ! On dira après ça que les journalistes sont mal payés.
Les invités sont déjà attablés, je m’installe en face de Jean-Noël Pancrazi, écrivain, membre du jury ainsi que de celui du Renaudot et d’ Olivier Mony, journaliste à Sud-Ouest et au Figaro. Nous parlons littérature, édition, collections en vagues : le roman de la France, de Venise, de l’Italie, de la Bourgogne, des chats, des chiens…. Olivier suggère à Jean-Noël d’écrire « le roman des îles ». Avis aux éditeurs ! A une table voisine, François Armanet, rédac chef à l’Obs, sa femme, Anne-Marie Lenfant et Nathalie Crom, chef du service livres de Télérama. Irène Frain, écrivain et journaliste à Paris-Match, me fait signe du bout de la table. Entre la Saint-Jacques grillée à la braise vinaigrette truffée shot ( ?) de pommes de terre et le Mignon de veau cuit au sautoir d’asperges vertes de Pertuis et morilles, sauce à peine crémée – j’aime bien le « à peine » - je me faufile vers elle et retrouve René Guitton, éditeur chez Calman-Levy et auteur d’un essai sur Abraham. Nous évoquons le salon de l’île de Ré à venir. En fin de soirée, je m’assieds à côté du très médiatique Eric Naulleau, chroniqueur chez Ruquier. « Le flingueur du samedi soir » est assigné devant les tribunaux par Cauet, l’animateur sur TF1, pour l’avoir traité de con. Sacré puncheur ! La seule chose qu’on puisse reprocher à Naulleau, c’est de manquer de vocabulaire, parce qu’enfin, Cauet n’est pas seulement un… mais bien plus : un prototype et j’en passe. Chacun repart avec une bouteille de Cognac sous le bras. Un souvenir de mes premiers salons à Cognac, à l’époque où je travaillais pour paru.com, un site littéraire devenu parutions.com. Déjà sur le net !

Des livres sur le sable à l’entrée du Nomad’s

Debray, un Candide inspiré
Debray, un Candide inspiré
Mon billet d’avion en guise d’invit à la main, le 12 mars, je me pointe à l’entrée du Nomad’s, un restaurant si 12-14 rue du Marché Saint-Honoré où, tous les ans, est décerné le prix du même nom (il faudra que je compte le nombre de bistrots qui ont leur prix). A l’arrivée, on se croirait en plein désert : accrochés à des arbres ou sur le sable, les livres ressemblent à ces carnets de voyage d’un Sommerset Maughan ou d’un Monod. L’endroit est décontracte en diable : fauteuils clubs, disco retro… Je retrouve Nathalie Crom, secrétaire générale du prix, François Armanet, que décidément je ne quitte plus. Bertrand de Saint Vincent, président du jury, me donne de bons conseils pour le Prix Lilas : « Un prix, ça sert à récompenser un auteur qui n’en a pas eu ». Et surtout qui n’est pas connu, dis-je en pensant à Daniel Pennac et à son Renaudot inutile.
Jean-Christophe Buisson, rédac chef livres au Figaro magazine, s’entretient avec Sylvain Tesson, écrivain voyageur. En effet, le Prix Nomad’s récompense un récit de voyage. Cette année, Régis Debray est l’heureux élu. On se demande pourquoi ! Son "Candide en terre sainte" (Gallimard) n’est qu’un pamphlet anti chrétien, plus qu’un journal de voyage. Je goutte quelques fraises au sucre en compagnie de Michel Crépu, directeur de La revue des Deux Mondes, qui m’annonce qu’il crée le prix de la Revue : il sera remis en mai et couronnera un essai « brillant ». Bon courage ! Dehors, le petit groupe de journalistes s’attarde comme si ce décor désertique nous donnait envie de partir, loin, très loin du petit monde chic et choc qui tourne sur lui-même comme une tornade en plein Sahara.

Prix de la Closerie des Lilas : nous, les femmes !

Gagnante : Cécile Reyboz
Gagnante : Cécile Reyboz
Ne comptez pas sur moi pour vous révéler la recette de notre salade de prix : déontologie oblige. Je vous dirai juste que Bertrand de Saint Vincent avait raison : Véronique Ovaldé auteur d’« Et mon cœur transparent », chez l’Olivier, vient de recevoir le prix France Culture Télérama. Elle figurait parmi nos favorites. Ce prix très médiatisé a changé la donne. Midi : les membres du prix Lilas : Tatiana de Rosnay (vice-présidente), Carole Chrétiennot, Jessica Nelson et Stéphanie Janicot, du jury permanent et Isabelle Alonso, Eliette Abécassis, Noëlle Chatelet, Adélaïde de Clermont-Tonnerre, Audrey Diwan, Christine Ferniot, Michèle Fitoussi et Amanda Sthers et moi-même, se retrouvent pour le vote final à La Closerie des Lilas.
Tout commence par un tour de table suivi de débats des plus passionnants. Avec, comme toujours, l’éternel dilemme entre la ligne du Prix, la raison et l’audace, comme le dit Tatiana. Les pros Zalberg défendent « La mère horizontale », (Albin Michel), un roman intergénérationnel, sur la chaîne des femmes à travers laquelle se transmettent tant de secrets lourds à porter, tant de blessures aussi ; les pro Tardieu insistent sur l’écriture d’un « Rêve d’amour » (Stock) à la portée de tous et poignant, un livre qu’on a envie d’offrir à sa grand-mère ; elles déplorent que « Chanson pour bestioles », (Actes Sud) de Cécile Reyboz soit difficile d’accès, mais traversé de fulgurances. Les pro Reyboz prennent très vite le dessus et finissent par convaincre les dernières réticentes. Les trois romans se retrouvent au 2e tour de scrutin. Au 3e, il ne reste que ceux de Cécile Reyboz et de Laurence Tardieu. « Chanson pour bestioles » l’emporte à 8 voix contre 5.

La Closerie a préparé une fête somptueuse : des lilas en pot, des buffets inventifs faits maison. Vers 19h 30, les invités commencent à arriver. Nous les accueillons à l’entrée. Sollers, Beigbeder… tout va bien ! Et Amélie Nothomb, une fidèle puisque c’est la deuxième année qu’elle vient. Acceptera-t-elle de faire partie du jury 2008 : je ne suis pas contre, dit-elle en pesant ses mots. Des éditeurs : Karina Hocine, Laurent Laffont, Sabine Wespieser ( éditrice formidable qui a obtenu de nombreuses voix à l'Académie Lilas), Alain Noël… Des auteurs : Serge Joncour, Tonino Benaquista, Delphine de Vigan, Alix Girod de l’Ain, Jean-Marie Rouart… Des musiciens écrivains (Yves Simon), des réalisateurs (Philippe Harel et sa compagne, Sylvie Bourgeois, auteurs de « Randonnée à Saint-Tropez », le producteur, Jean-Jacques Albert), des patrons de presse (Fabrice Boé, à la tête de Prisma presse), des stylistes, des journalistes. Ce soir, la Closerie mêle tous les arts.
Avant que les Putafranges, deux D’jettes, ne lancent leur sono, « les charmantes pétroleuses », comme les appelle avec affection Pierre Vavasseur dans « Aujourd’hui en France » montent sur l’estrade : Brigitte Kernel (vice-présidente), Elisabeth Barillé, Agathe Fourgnaud, Alexandra Lemasson, Isabelle Lorthorlary, Geneviève Moll, Nathalie Rheims, Christine Richard et les cinq membres de jury permanent du Prix Lilas.
Après une petite introduction de ma part où j’explique que cette année nous avons voulu distinguer des professionnelles et rendre hommage aux métiers du Livre, la présidente de l’Académie Lilas, Marie-Christine Imbault, journaliste à Livres Hebdo, remet le Lilas de l’éditrice à Héloïse d’Ormesson. L’éditrice plaisante : « Je vais être obligée de publier tout le jury ! ». Gilles Cohen Solal la rejoint et se sent un peu solitaire dans cette bande de filles. Le Lilas de la libraire est attribué à Laetitia Coq et Magali Garnero (Librairie A Livr’Ouvert, Paris 11e) ; le Lilas de l’attachée de presse à Anne Procureur, (Léo Sheer). Un peu gênée, celle-ci offre ce lilas à toutes ses copines. Beau geste !

Nouveau petit speech de ma part pour remercier Miroslav et Colette Siljegovic, nos mécènes et leur fille Carole Chrétiennot, notre amie qui s’investit totalement dans cette aventure, sans oublier nos partenaires complices, les maisons Montblanc et Veuve Cliquot… Remise du Prix Lilas à Cécile Reyboz, une femme radieuse, naturelle, très second degré, à l’image du Prix. "Un roman euphorisant , poétique et inventif où une jeune fille deécide de faire ce qui lui plaît et acquiert son indépendance dans un monde imaginaire. Flashs des photographes, cadeaux… Que la fête commence ! Je suis si soulagée que tout ce soit bien passé que je me lâche sur la piste avec Adélaïde.
Vers 22 h, des jeunes invités, fils et filles de certaines d’entre nous, arrivent : on danse, on boit, on fume dehors, ambiance bon enfant et chaleureuse. Vers une heure du mat, la salle se vide ; je remercie le directeur de la Closerie et me jette sur une charrette de fruits. Je raccompagne Marie-Christine Imbault et me couche à 2h du mat. Le lendemain, à 8h 30, un taxi m’attend pour Direct 8 ; encore sous pression, je n’ai jamais été aussi mauvaise en télé, mais je me sens portée par l’amitié et la bonne énergie qui circulent entre nous. Tant est rare autant de « bienveillance et de complicité » entre femmes, comme le dit joliment Amanda Sthers.

Un déjeuner au bord de la piscine

Sara Yalda
Sara Yalda
Marie-Christine Perreau Saussire a le don de recevoir ; chargée de l’organisation du Prix Edmée de la Rochefoucauld, elle convie tous les ans une poignée de journalistes au Cercle de l’Union Interalliée. Cette année, ce prix du premier roman est décerné à Sara Yalda pour « Regard Persan » (Grasset). Un roman sur le retour d’une exilée dans le pays de ses origines écrit avec un œil… perçant.
Avec Dominique Guiou, du Figaro, Gonzague Saint-Bris (en train de préparer une bio de François 1er) et Christophe Mory, nous avons surtout parlé des nègres auxquels le Figaro littéraire consacre un dossier. « C’est le zéro de plus sur son a-valoir qui empêche un nègre de révéler l’identité de la personnalité pour qui il travaille », reconnaît Christophe Mory. N’est pas nègre qui veut : encore faut-il pouvoir changer de bureau et passer de l’écriture commandée à sa propre inspiration. L’art de se dédoubler ! Il arrive que le nègre se trouve face à son vip dans une émission ou dans un salon : celui-ci face aux flashs des photographes ne daigne plus regarder l’objet de son délit, ce bougre de gratte papier qui finit par lui cacher son soleil. Aujourd’hui, au bord de la piscine, c’est déjà les vacances…. Et si on faisait un plongeon, histoire de lâcher un peu les prix et tout le tintouin ?
http://prixlilasblog.over-blog.com et http://www.myspace.com/prixlilas

Mes livres du printemps

Olivier Descosse
Olivier Descosse

LES ESSAIS

« Planète chinoise », de François Hauter ( Carnets Nord,18 E).
Rédacteur en chef au Figaro et grand reporter, François Hauter a été correspondant du Figaro en Afrique, en Chine et aux Etats-Unis, reporter de guerre au Liban, au Tchad, au Cambodge et en Afghanistan. Prix Albert Londres, il vient de recevoir pour cet essai fabuleux sur la Chine nouvelle, ses hommes et ses femmes, le Prix Louis Hachette 2008.
« Comtes philosophiques du monde entier », de Jean-Claude Carrière (Plon)
Après le succès du premier Cercle des menteurs, l’auteur a voulu continuer de raconter des histoires du monde : qu’elles soient indiennes, chinoises, africaines ou juives, zen ou soufi, elles sont drôles, graves, mystérieuses, et tellement humaines. Par un auteur d’une curiosité débordante qui régalera votre été. L’avantage de ce livre est que vous pouvez picorer chacune de ces histoires tout au long de l’été. Vous ferez le tour du monde !
« Sur les pas de Geronimo », de Corinne Sombrun et Harlyn Geronimo (Albin michel)
Un fascinant voyage dans le temps, dans l’espace, dans le monde des derniers Indiens. Ce livre est né de la rencontre entre Corinne Sombrun, passionnée par le chamanisme et Geronimo, célèbre et merveilleux Apache qui viendra en France en mai. Ensemble, ils font un pèlerinage aux sources de la Gila, le lieu de naissance de Geromino et ont partagé jusqu’en 2007 des mois de complicité au cours desquels ils ont pu échanger et comparer leurs passions respectives pour les traditions apaches et mongoles dont les origines seraient communes. « L’aventure est sans fin, il faut pour le poursuivre porter la soif plus loin que l’oasis ».
« … même pas mâle ! », d’Isabelle Alonso (Robert Laffont)
Le livre sur les femmes que les femmes attendaient : enfin un vrai coup de gueule, du parler vrai, comme si Isabelle Alonso en avait marre de constater que, malgré tous nos efforts, peu de choses ont changé. La révolution est en marche, qu’on se le dise. « Et une vraie de vraie. Une burnée, si je puis me permettre. Une profonde, si on peut dire. Ca fait soixante ans que ça dure si on commence à compter à partir du droit de vote. Et ce n’est pas fini. Une révolution , je vous dis, depuis que les meufs sortent du tiroir. Pas du placard, du tiroir. Le tiroir d’en bas. Celui qu’elles occupent depuis toujours dans le commode de l’humanité ». « Il est grand temps que la révolution clandestine continue en pleine lumière ».
« La vérité sur Jacqueline et Pablo Picasso », de Pépita Dupont (Le Cherche Midi)
Pépita est une femme courageuse et admirable : le sujet délicat ! La journaliste fut l’amie de Jacqueline Picasson, la femme de Pablo. Elle remet en lumière la destinée de cette épouse, défend sa mémoire, ainsi que celle de Picasso. Un livre vérité où l’on assiste au mariage caché de Jacqueline et de Pablo et au cauchemar d’une succession qui va durer sept ans. Jacqueline mit fin à ses jours en 1986, l’auteur évoque le non respect de ses volontés par ses proches : un brûlot.
Beau livre : « Et toi, ta grand-mère », de Florence Noiville (Actes Sud junior)
Un récit, un cahier d’activités à partager avec sa grand-mère. Quelle bonne idée que ce livre qui fait l’éloge des mamies avec tendresse, douceur, humour et poésie. Des dessins merveilleux, un album de photos, des pages à remplir : portrait de sa grand-mère, sa chanson, sa recette, son herbier, son meilleur souvenir… ce livre généreux est un lien précieux entre enfants et grands-parents. A offrir cet été avant d’aller passer quelques jours chez les chers grands-parents de nos petites têtes blondes.
« 68, mon amour », par Daniel Picouly (Grasset)
Picouly raconte son Mai 68, avec verve, drôlerie, inventivité et on adore, même si nous étions trop jeunes pour être sur les barricades. Une véritable reconstitution historique qui tient d’un exploit. Du suspens, de l’amour, de Gaulle, le général Massu, les étudiants d’un côté, les CRS de l’autre : tous les ingrédients d’un super scénario.

LES ROMANS

Zurfluh : nouvelle collection
Claude-Henry du Bord lance une collection chez Zurfluh : des petits romans chics et pas chers (10 euros) autour de grands noms de la musique : Monteverdi, « Venise, faute de mieux », de Marcel Marnat ; Pergolèse, « Bien que le temps soit court », de Jérôme Davout d’Auestraedt ; le chevalier de Saint-Georges, « La main douce », de Nathalie Cléret et enfin, Guillaume de Machaut, « On ne choisit pas d’aimer », de Claude-Henry du Bord. Ce dernier publie là un roman superbe fondé sur une des plus belles histoire d’amour de tous les temps : Machaut, chanoine de Reims, poète et compositeur connu de l’Europe entière, accepte à soixante-cinq ans de devenir « l’ami », l’amant de Peronne d’Armantières, dix-neuf ans. Il retrace cet amour hors du commun dans le « Livre du Voir Dit », histoire véridique où il intègre les lettres échangées, les poèmes ainsi que les œuvres musicales spécialement écrites pour la belle. Déçu par ses amours humaines, Guillaume livre le secret qui présida à l’écriture de la Messe de Notre-Dame où sa ferveur pour la Vierge ne risque pas d’être mise en péril. Un roman où le style est au service des derniers feux de l’âge courtois.
« Une vie en échange », de Lorraine Fouchet (Robert Laffont)
Silvia, jeune patronne du restaurant Amore et Pasta doit choisir entre son amoureux et son père, quelque soit le choix, l’un des deux mourra. Trois jours à tuer, en quelque sorte : aimer ou mourir, telle est la question. Avec son sens du thriller habituel, Lorraine Fouchet a réussi une comédie que l’on ne lâche pas une seconde et qui fera un formidable scénario à la lisière du fantastique.
« La terrible vengeance du chevalier d’Anzy », de François Cérésa (Plon)
François Cérésa dévoile une période de notre histoire mal connue : celle des immigrés français en Angleterre pendant la révolution française. Un groupe d’hommes et de femmes revanchards, souvent débauchés, confrontés aux Anglais. 1792 : Lady Mary et son père croisent un chevalier blessé qu’ils décident de soigner et d’emmener avec eux en Angleterre. Aux petits soins, Mary tombe amoureuse de ce révolutionnaire qui très vite s’enflamme et provoque les voyageurs en route vers la perfide Albion. Jeté à la mer, le chevalier d’Anzy n’aura de cesse de se venger. Londres : Chateaubriand et ses amis se retrouvent dans des tavernes ; Mary, mal mariée, se dévergonde, s’aventure dans des lieux de sorcellerie et de perdition, tente d’oublier l’homme au foulard rouge qu’elle aperçoit au coin des ruelles sombres….
« La vie adulte », d’Odile Cuaz (Hors Commerce)
Doutes existentiels, amours et soins esthétiques ratés… les soucis de la quadra, desesperate house wife classiques. Un chapelet d’instants de blues qui pourrait nous conduire quelque part, mais l’auteur use et abuse de tous les ingrédients des bobos et le cocktail finit par écoeurer : militantisme d’arrière garde, qui couche avec qui… on a droit à tout. Trop c’est trop ! Le titre aurait dû être : la vie d’une ado !
« C’est tout un roman », de Madeleine Chapsal (Fayard)
La vie d’un écrivain n’est pas ce qu’on imagine… Madeleine Chapsal a eu la bonne idée de nous révéler les zones d’ombres à travers un roman fort réussi. Alexandre, romancier à succès, puise le plus fort de son imagination… dans sa vie amoureuse. Mais les femmes qui l’entourent supportent mal ses aventures à répétition. Pis encore : elles se sentent utilisées, déformées, trahies ! Alexandre se lance dans un essai sur l’amour, mais ce texte fait un flop. Blessé, l’auteur un rien mégalo, cesse d’écrire. Et commence à se poser de vraies questions. Nous avons tous croisés des écrivains en apparence satisfaits, sûrs d’eux : ils sont souvent terriblement centrés sur eux-mêmes, vampires, cyclothymiques, ambitieux, nerveux, dépressifs… mais quand ils rencontrent une créature qui leur ressemblent, il leur arrive d’aimer… le temps d’un livre.
« La liste interdite », d’Olivier Descosse (éd. Michel Lafon)
Un thriller exceptionnel, d’une grande maîtrise psychologique, un sens aigu de la construction, une intrigue rondement menée. Deux morts inexpliquées : un homme carbonisé, retrouvé dans une voiture ; un colosse réduit en bouillie après avoir chuté du haut d’une tour du XIIIe arrondissement de Paris. Deux enquêtes parallèles, des mondes qui contrastent : celui des junkies, des triades chinoises et celui de la bourgeoisie… Peu à peu, les deux affaires convergent. Et les morts révèlent des secrets et des débats qui dépassent une simple affaire de police. Quelle est cette mystérieuse liste interdite qui fera voler en éclats toutes les certitudes du juge Brissac ?
« Pourras-tu me pardonner ? », d’Astrid Veillon (Plon)
A 18 ans, la vie de Jeanne bascule : elle apprend qu’elle a été adoptée et que sa mère est biologique. Jeanne s’engage alors dans un combat pour retrouver sa véritable identité. Qui était Stella, une actrice qui faisait partie de son histoire ? Saura-t-elle pardonner à sa mère biologique de l’avoir abandonnée ? L’auteur est comédienne : elle écrit comme on joue, sur le fil. Un roman poignant qui aborde ce douloureux sujet de l’identité de millions d’enfants adoptés à la recherche de leurs origines.
« Américan Américan », d’Hubert Prolongeau (Flammarion).
Hubert Prolongeau raconte la vie d’Elia Kazan à travers un personnage de son invention, meilleur ami de Kazan. Une vie d’extrêmes et de rage : après avoir trahi tous ses amis communistes pendant la chasse aux sorcières, le cinéaste, signe ses plus grands films. L’auteur restitue à merveille cette période du maccarthysme, l’ambiance des plateaux de cinéma, l’engagement au PC : les idéaux et leur aveuglement.
« Filles indignes », de Kenza Braiga (Le Rocher)
Encore un livre sur le lien mère filles ! Et pourtant, celui-ci est une réussite : enquête approfondie, questions clefs : fusion, indépendance, projections, jalousies… Kenza, née à Bagdad, marraine de Ni putes ni soumises, parle vrai et permet aux mères et aux filles se s’interroger afin de trouver l’entente cordiale, la confiance, la tolérance, la maturité nécessaires à ce couple vieux comme le monde.
« Festin de miettes », de Marine Bramly (J-C Lattès)
Roman d’amour et d’amitié, chronique de mœurs, ce Festin de miettes connaît un vrai succès littéraire. L’écriture y est alerte, juste, portée par une nécessité intérieure et une ardeur juvénile. Deux amies, la provinciale, mal-aimée et la bourgeoise parisienne se retrouvent dans un hôtel particulier. Flash back, tentatives de ressusciter le temps de l’adolescence. La nostalgie est au rendez-vous et avec elle l’humour, le goût du paradoxe, le sens du dialogue et de la mise en scène. De Paris à la brousse sénégalaise, on se régale de ce banquet d’émotions et de littérature.
"Le testament belge", de Luc Dellisse (Impressions nouvelles)
Le testament belge raconte le secret de la crise que traverse a Belgique. Il remet même en cause son existence, c'est dire! Il permet surtout de comprendre ce pays de l'intérieur. De quoi s'agit-il ? L'auteur s'est inspiré de ses rencontres, de ses voyages et d'évenements dont il a été le témoin pour créer un vrai thriller parfois suréaliste. Un homme désargenté rencontre un politique, entre dans son cabinet, finit par se prendre au jeu des dossiers et autres tractations. Un jour, il tombe sur un dossier explosif et découvre les rouages d'une machine infernale.Menaces de mort... Dix ans plus tard, il revient sur l'affaire. Qu'apprend-t-on sur le testament belge? Vous ne lacherez pas ce roman haletant,du John le Carré de Belgique!

Emmanuelle de Boysson

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