Les journalistes, c'est vousSamedi 19 Mai 2012
13:23
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La vie d'une romancière speedée : salon du livre, PPDA, MySpace, fiestas, et caetera...
CARRÉ VIP
Ce soir, je n’ai pas la tête à mon roman. Trop d’émotions ! Ce matin, j’étais invitée à l’enregistrement de Vol de Nuit. L’émission était consacrée aux femmes. Sur le plateau : le docteur William Lowenstein (Femmes et dépendances, Calmann-Lévy), Valérie Mréjen (Liste Rose, Allia), Vivianne Blassel (Passé de mode, Flammarion) ; Victoria Bedos (Le déni, Plon), Eliane Girard (Comment être vieux et pas con à la fois, Chiflet et Cie). J’y ai évidemment parlé de femmes (Femmes, les grands rendez-vous de votre vie, Presses de la Renaissance). J’étais là pour ça ! Encore une fois, j’ai été frappée par le professionnalisme, la gentillesse et l’enthousiasme de Patrick Poivre d’Arvor qui se bat contre vents et marées pour défendre cette émission culte et tardive. Le journaliste vient de publier Aimer c’est agir, mes engagements, (Fayard). Un livre à la fois très personnel et passionnant. La semaine dernière, jeudi 22 mars, à 18h, je me revois dans la rame de métro direction porte de Versailles en compagnie de la romancière Dominique Dyens. Comme elle habite près de chez moi, nous nous retrouvons souvent au G20, rayon fromages. Ce soir-là, pas tambouille à préparer : nous grignoterons les petits fours qui nous tenterons. C’est le plus de la soirée d’inauguration du Salon du livre...
COMMENT FAIRE SON AUTOPROMO
Le lendemain, pressée d’arriver à mon stand, je peste de devoir faire la queue des auteurs à l’entrée. Au bout de quelques secondes, Elisabeth Reynaud se jette sur moi. Cette femme de plume (de paon) qui essaie d'avoir de l'esprit avait voulu me rencontrer il y a quelques mois. Je lui avais donné rendez-vous dans un café tout près de chez moi. A l’époque, elle voulait que son nouveau prix littéraire s’associe au nôtre (le prix Lilas, lui aussi féminin). « Vous savez, je crois en la synergie entre femmes », m’avait-elle dit. J’avais refusé froidement cette association. Madame Reynaud créa le prix Bel Ami. Et devinez à qui le prix fut décerné ? Je vous le donne en mille : à elle-même, à moi-je pour un essai où figure évidemment son nom : « Madame Elisabeth, sœur de Louis XVI, » (éd. Ramsay). Médusée, je l’interroge. « Notre groupe d’écrivains veut transcender la littérature, ce qui revient à mettre en valeur nos talents », m’explique-t-elle. L’ange Noëlle Châtelet me tire de ce mauvais pas et m’épargne quelques remarques désobligeantes qui me brûlent déjà les lèvres. « Viens, on resquille par la droite, ni vues, ni connues ! », lance mon cadeau de Noëlle.
LES CONFESSIONS DE L'ABBÉ DE LA MORANDAIS
Je fonce vers le stand des Presses de la Renaissance. Mes lecteurs doivent m’attendre avec impatience. La nocturne sera des plus électriques. Mais quel est cet attroupement juste en face chez XO ? Ca bouchonne. Je me faufile. Une silhouette familière apparaît, semblable à sa statue de cire du musée Grévin : Giscard en chair et en os. Immortel de fraîche date, sourire goguenard, il dédicace son dernier ouvrage, arrimé à son Montblanc, comme un présidentiable scrute les sondages. Voilà ce qu’il reste du pouvoir : un stylo. Faut-il être vaniteuse pour s’être imaginée un instant que cette foule eût pu m’être destinée ? Aux Presses, le plus célèbre ecclésiastique de France, en tous cas, le plus cathodique : l’abbé de la Morandais. Il dédicace son dernier pavé dans la mare (avec un nom pareil, il est étonnant qu’il ne soit pas déjà évêque). J’aime son look négligé chic, sa pétillance. Contre toute attente, une dame patronnesse au teint blafard, col de dentelles et chignon laqué apostrophe le révérend : « Vos interventions à la télévision sont proprement scandaleuses : vous révélez, sans aucune vergogne, les confessions de vos ouailles: c’est du blasphème pur et simple ! Vous êtes vénal, vieux schnock ! L’Eglise devrait vous chasser ! » Le plus people des curés, répond tout de go : « Vous ne seriez pas un peu maso chère madame ? » La mégère se sent offensée. La Morandais s’en amuse : « Je suis ravi de n’avoir pas à signer mon livre à n’importe qui ». Roger Hanin passe au bras de Benoîte Groult. Difficile de ne pas remarquer ce géant octogénaire et sympathique. Vive la vieille garde ! Rivée à ma chaise pendant plus de deux heures, j’interroge un attaché de presse sur cette nocturne qui fait un four. « Reed Expo, l’actuel organisateur, pourrait être remplacé. Ca explique en partie le laisser aller et la mauvaise com' ».
MYSPACE OU LA REVANCHE DE LA CORRESPONDANCE
Samedi, je re-signe à 14h 30. Très vite, je m’autorise une pause. Marc Lambron s’achète le dernier livre de Poulidor. Au stand La terrasse, la politique noyaute les débats. Ca me rase. Je m’esquive pour filer chez Flammarion. Via MySpace, j’ai promis à Serge Joncour, auteur de Que la paix soit avec vous, d’aller le saluer. Il siège à côté de Christine Angot. Il faudra qu’elle attende l’arrivée de Doc Gynéco pour avoir un peu de monde ! Je fais remarquer à Serge : « Dès que j’ouvre mon MySpace, tu es en ligne ! Tu y passes ton temps ! » ; « Il m’arrive de le laisser allumer. Tu y fais des rencontres. J’ai écrit une nouvelle sur les aventures on line. J’y ai rencontré une douzaine de personnes et… deux filles ! L’avantage de la distance, de l’écrit, c’est qu’on en vient très vite à des relations intimes, presque érotiques ! C’est une revanche de la correspondance. » Bousculades au stand Robert Laffont Julliard dues à la présence de Jean d’O et de Marc Lévy qui attirent plus que Sabatier chez Albin Michel. J’entends une jeune femme dire à son mari : « Y a-t-il quelqu’un de connu par ici ? »
PAR CI, PAR LA
Emmanuel Carrère attire visiblement les très jeunes filles. « Nous avons des amis communs à l’île de Ré… J’ai fait un papier sur votre "Roman russe" (POL) ! » « Gentil ? » ; « Non, très méchant ! » Retour chez Lattès où signe Frédéric H Fajardie, auteur du « Conseil des troubles ». Nicole Rosen m’avoue que dans « Quinze jours en juillet », tout est vrai : « Il y a prescription, mais j’ai connu des hommes qui restent à vie soumis à leur ex épouse. Ca les arrange de garder une femme qui porte leur nom et une maîtresse qui porte leur couleur. » J’aperçois Daniela Lumbroso (Françoise Dolto, la vie d’une femme libre, Plon), Jean des Cars, Jean-Claude Carrière, Sollers…. Retour à mon stand des Presses de la Renaissance. La maison fait un tabac avec Ne gâchez pas votre plaisir, il est sacré, d’Olivier Florant. Tim Guénard m’explique pourquoi il a écrit Plus fort que la haine : « J’ai voulu montrer qu’on peut guérir d’une enfance brisée. A trois ans, j’ai été hospitalisé à cause des coups de mon père alcoolique, ma mère m’a attachée à un poteau au bord de la route. Je dormais dans des garages à vélo. J’ai appris à lire grâce à un clochard. Ce livre, c’est ma façon de le remercier. »
BAYROU FAIT BOUCHON
Dimanche : comme l’écrivait Louis XVI dans son journal : rien ! Au stand Plon, c’est l’émeute : Bayrou, col roulé noir décontracté, montre ses crocs aux caméras. Ca impressionne les groupies. L’homme du centre aurait dû publier un livre avec cinquante pages blanches, dix pages de textes, cinquante pages blanches, puisque seul ce qui est au milieu compte. Le centre mou manque d’abdos ! Après avoir salué Antoine Gallimard dans un couloir, Etienne de Montety au stand du Figaro, François Busnel à celui de RTL, Malek Chebel auteur du Kama- sutra arabe chez Pauvert), je file embrasser Eric Roussel, auteur d’une fabuleuse biographie de Mendès-France (Gallimard), Fabrice Gaignault, auteur de Ethiopie : Itinérances (avec Catherine Henriette, Mengès) et Gonzague Saint Bris qui va sans doute profiter des récents décès à l’Académie pour représenter sa candidature (Marie, l’ange rebelle, biographie de Marie d’Agoult, Belfond)… Je fonce vers le 14 ème arrondissement pour la fête des éditions Héloïse d’Ormesson. On y boit à gogo, on y danse sur des tubes des années quatre-vingt, on y cause presse, piges, potins, on n’y drague pas pour cause de no turnover. On déguste du foie gras, des rillettes, deux bonnes raisons de ne pas manger. Tatiana de Rosnay (Elle s’appelait Sarah, Héloïse d’Ormesson), Stéphanie Janicot (Dieu est avec vous… sous certaines conditions), (Bayard), Carole Chrétiennot (responsable de la communication de la Closerie des Lilas et du Flore), Christine Richard (journaliste et auteur), les Lilas’girls, en somme, se lâchent. Il est une heure du mat. Pas le temps de lire les piles de romans qui encerclent mon lit ; je ferme les yeux pour un nouveau Vol de nuit en trois dimensions. Emmanuelle de Boysson
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