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La chasse à l'écrivain

« La chasse à l’âme » (éd. de La Table Ronde) est le premier livre de Fabrice Gaignault, rédacteur en chef Culture du magazine « Marie Claire ». Nous reprenons ici son interview par notre partenaire RueDesAuteurs.com, où il est question des célébrités rencontrées par l’auteur, mais aussi du métier d’écrivain, avec quelques précieux conseils à la clé, donnés à tous ceux que la plume chatouille…



Des portraits de Sébastien Japrisot, Brigitte Bardot, etc.

Fabrice Gaignault
Fabrice Gaignault
Vous venez de sortir votre premier livre… Heureux ?
Fabrice Gaignault : Heureux, bien sûr. Mais soulagé, surtout. Parce qu’entre l’écriture de la première phrase et la sortie en librairie…
Qu’est-ce qui a été facile, et difficile, dans l’écriture de ce premier bouquin ?
F.G. : Facile : reprendre des textes journalistiques que j’avais déjà écrits puisqu’il s’agit d’un remix de mes portraits préférés. Difficile: en les relisant, j’ai constaté qu’il fallait les peaufiner, leur donner un peu plus de jus. Donc à l’arrivée : plus de travail que je ne pensais.
“La chasse à l’âme” est un livre de portraits, de rencontres : quelle spécificité dans l’écriture par rapport à un roman ou un recueil de nouvelles ?
F.G. : Il faut essayer de condenser le maximum d’images, d’impressions, à traits vifs. Comme un croquis qui serait fidèle tout en évitant de se noyer dans les détails. Et respecter ma règle de trois: que ma proie se révèle (un peu), que je me dévoile dans le regard que je porte sur celle-ci et que le lecteur pratique une variété de ping-pong entre cette “chasse” à multi têtes.
Est-ce une “simple” compilation d’interviews et de reportages ? Techniquement, comment avez-vous procédé (réécrit articles, etc.) ?
F.G. : Ainsi que je vous le précisais, ce sont des textes qui n’ont pas été assemblés à la va-vite. Je les ai repris un à un, éliminé ceux que je trouvais trop faiblards, trop anecdotiques ou trop datés. Je n’ai pas conservé les critiques littéraires à proprement dites. J’ai fait un premier tri en ne conservant que les rencontres ou les portraits croqués sur le vif (exceptions faites de mon panthéon ou mausolée où j’ai mis des morts bien vivants dans mon esprit, de Malraux à Emily Dickinson).
Au jour le jour, concrètement, comment avez-vous fait ? (méthode, outils et cadre de travail…)
F.G. : Certains textes me paraissaient bien en l’état avec leurs imperfections et parfois, pourquoi pas, leurs maladresses ou leurs défauts. Mais pour d’autres, qui curieusement, me paraissaient rouler, j’ai rajouté des petites notes de couleur, des coups de crayons supplémentaires à partir des carnets que je conserve dans lesquels figuraient d’autres appréciations, d’autres anecdotes, que faute de places, je n’avais pas pu conserver lors de leur parutions en magazines. D’autre part, je me suis demandé que faire avec les interviews que j’avais réalisés de certains écrivains ou stars (Japrisot, Bardot, Bret Easton Ellis, par exemple).
Car je trouve que le mode opératoire de l’entretien se lit moins bien dans un livre qui est davantage le réceptacle de textes travaillés. Disons plus littéraires. J’ai alors décidé, toujours avec l’aide de mes fameux petits carnets, de reprendre toutes ces interviews et de les rebâtir en portraits, en conservant bien sûr des parties de dialogues ça et là. J'ai dû retaper tous mes textes puis les reprendre un par un. Cela m'a pris six mois, si je considère que je reprenais un ou deux soirs par semaine certains textes. Puis je me suis isolé une semaine sur la côte Basque après Noël pour tout revoir. J'ai écrit ensuite la préface, avant de remettre le manuscrit à l'éditeur.

La femme de Houellebecq en nuisette...

La chasse à l'écrivain
Quand on se met à écrire soi-même, le fait d’être critique littéraire rend-il les choses plus faciles ou plus difficiles ?
F.G. : Tout dépend d’où on se place… Je dirais qu’il rend plus faciles les contacts dans le milieu éditorial qui prête, c’est certain, une oreille attentive à votre projet. Etre soi-même critique littéraire rend paradoxalement le projet plus douloureux: suis-je à la hauteur de ce que j’attendrais d’un confrère qui aurait le même projet ? Ai-je quelque légitimité à passer de la presse qui passe au livre qui dure ? Alors parfois on doute…
En tant que critique littéraire toujours, que diriez-vous de ce livre ?
F.G. : Hum, difficile de répondre avec honnêteté. Qui n’aime pas ce qu’il fait ? J’en suis assez content mais j’ai assez lu pour savoir que ce n’est pas le livre qui “boulversifiera” le monde des lettres. J’aime bien ce qu’en a dit l’écrivain et critique Marc Lambron : “polaroïds littéraires”, la formule est bonne (encore faut-il réussir la photo).
Dans les rencontres que vous racontez avec des spécimens des Arts et Lettres, quels ont été les moments les plus forts ?
F.G. : Plusieurs ont été, en tous cas pour moi, des petits moments d’anthologie. Ainsi la nuit très étrange chez Michel Houellebecq où sa femme en nuisette m’a accueilli pendant l’absence de son mari rentré beaucoup plus tard. La nuit alcoolisée (il y en a eu beaucoup, c’est un milieu où l’on est pas avare de la descente du goulot) chez Japrisot qui me parla des heures de son ultime roman attendu depuis dix ans et qu’il n’a jamais écrit. Ma journée chez Leni Riefensthal, la cinéaste et photographe du régime nazi qui, du haut de ses 97 ans, me fusillait son regard bleu acier lorsque j’évoquais ses compromissions (pour ne pas dire plus) avec Hitler et ses sbires. Brigitte Bardot qui me laissa une impression mitigée… mais forte. La surréaliste Leonora Carrington, que je retrouvais à Mexico, dans une petite maison remplie d’œuvres d’art. Une grande dame oubliée et qui, pourtant, eut un rôle non négligeable dans l’histoire du surréalisme. La semaine passée avec Le Clézio à Albuquerque, au Nouveau Mexique….
Parmi tous les “people” que vous croquez, il y a de nombreux écrivains. Ont-ils un point commun qui les différencie des stars du ciné ou du showbiz présentes aussi dans votre livre ?
F.G. : L’écrivain met tellement de lui-même dans ses livres qu'il prend parfois pour une attaque personnelle des remarques, des réserves ou des critiques. C'est ce qui le différencie d'une star de cinéma qui, après tout, ne se sentira jamais vraiment responsable de l'échec d'un film !
J’ai interviewé nombre de “people” dans mon existence mais croyez-moi, cela ne fait pas un pli: les écrivains restent au-dessus de la mêlée (je veux parler des écrivains qui méritent ce terme) parce qu'ils possèdent un regard et les mots pour le dire, beaucoup plus intéressant que la plupart des acteurs. Nabokov disait: “ quand je pense je suis un génie, quand j’écris j’ai beaucoup de talent, quand je parle je suis un crétin”. Je crois que c’est de la coquetterie mal placée: lorsque l’on sait faire accoucher un écrivain, on le trouve et il est loin d’être un crétin (je ne parle pas de cet hybride atroce qui se multiplie aujourd’hui: l’écrivain-people et son frère jumeau, le people-écrivant). Cela dit, je me méfie des écrivains qui parlent trop brillamment de leur œuvre (il y en a quelques uns dans mon livre) parce ce que j’ai la désagréable impression que leur discours est une sorte de prêt à penser trop policé pour être honnête. Pour en revenir aux “people”, ne soyons pas trop durs: il arrive que la rencontre soit belle, d’autant plus belle qu’elle est rare.
Quels écrivains, présents ou non dans ce livre, vous ont-ils marqué ou
inspiré ?

F.G. : Ils sont décédés mais décisifs: Juan Rulfo, Stig Dagerman, Hubert Selby Jr. Noir, c’est noir! comme dit la chanson mais c’est une couleur qui me plaît. En fait, je pourrais vous donner demain une liste complètement différente mais ce sont ceux que j’ai en tête aujourd’hui…
Pour revenir à votre activité de critique littéraire, quels défauts trouvez-vous le plus souvent dans les premiers romans ?
F.G. : Papa, maman, mon cancer et moi. C’est un peu cruel mais c’est hélas si vrai. L’exercice du premier roman n’est souvent qu’une auto psychanalyse jetée sur du papier. Pourquoi pas? Mais n’est pas Fritz Zorn qui veut. Ensuite, si l’on veut parler de la forme, trop de poncifs d’écriture dans la construction, comme sur l’emploi métaphorique archi balisé.
Quels conseils donneriez-vous à des auteurs débutants ?
F.G. : Je reprendrais mot à mot ce que déclare le grand écrivain portugais Lobo Antunés (à lire d’urgence!): “écrire est une drogue dure, c’est quand on n’écrit pas qu’on ne se sent pas bien.” Et il ajoute: “ c’est aussi une attitude devant la mort, on écrit devant la mort.” Un peu rude? Non, je reste persuadé qu’il ne sert à rien d’écrire si l’on n’est pas convaincu au fond du fond de soi qu’il faut y aller. Mais je ne voudrais pas décourager les vocations. Si l'on y va, alors, évitez à tout prix les poncifs de langage ou de style (et Dieu sait qu'ils sont légion !) ne pas hésiter à faire un plan comme on l'apprend dans les ateliers d'écriture anglo-saxons, émonder au maximum les répétitions, les boursouflures, les digressions inutiles qui affaiblissent le rythme du livre. Le grand défaut de beaucoup de romanciers: en mettre trop, en mettre "plein la vue», comme s'ils pensaient que tout "mettre" ajoutait de la valeur à leur roman. Ils arrivent souvent au résultat inverse: trop égale moins!
Le magazine "Marie Claire", dont vous êtes le rédacteur en chef Culture, organise depuis 2 ans le Prix du futur écrivain. Pouvez-vous nous en dire quelques mots ?
F.G. : On sait qu’il est de plus en plus difficile de passer les différents barrages pour un aspirant écrivain. Qu’on ne lui répond pas toujours. Qu’il ne sait pas vraiment si son manuscrit a vraiment été lu (excusons en partie les éditeurs qui croulent sous les plis…). Nous avons eu l’idée à Marie Claire de donner sa chance à chacun. A partir d’un thème imposé, tout le monde a pu concourir et envoyer son texte. Nous en avons reçu près de mille six cents et retenu dix. Un sacré écrémage et une satisfaction de voir pour la les lauréats publiés chez Flammarion. Rendez-vous l’année prochaine.
En tant que journaliste et interviewer chevronné, quelle question - agréable ou gênante, et ne figurant pas dans cette interview - vous seriez-vous posée ?
F.G. : Très bien, votre galerie de portraits mais pas un peu attendu comme exercice ? N’est-ce pas une façon de repousser l’échéance du roman… à moins que vous ne vous en sentiez pas capable?
Quelle est à votre avis l’utilité – ou l’inutilité – d’un site comme Rue des Auteurs, partenaire littéraire de Votre Journal ?
F.G. : Des amis dans le milieu m’en avaient parlé avec force louanges en me vantant un outil très complet. J’ai été voir et bien que très occupé, j’y retourne souvent, pour y lire le magazine littéraire ou certains textes proposés par la librairie en ligne. Et je trouve très utile le système d’évaluation des manuscrits et de conseil littéraire pour les améliorer, ainsi que la création de sites personnels d’auteurs. Dans un avenir assez proche, toute l’édition empruntera la Rue des Auteurs qui mène au carrefour dont chacun rêve depuis longtemps : l’axe de jonction entre les toutes petites plumes inconnues et ceux qui les attrapent au vol pour en faire des oiseaux rares de l’écriture.

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