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Interview d'Emmanuelle de Boysson, présidente d'un prix littéraire très féminin, le prix LilasQuelle est la définition de ce nouveau prix littéraire ? Comment est-il né ? Comment s'est-il monté, et avec qui ? Qui sont ces femmes récompensant des femmes ?
Quelle est la, ou quelles sont les particularités du prix Lilas ?
Nous avons décidé d’appeler les quatre prix que nous remettons en mars à la Closerie des Lilas… les Prix de la Closerie des Lilas. Ils comprennent : Le Prix Lilas et les lilas du Livre (le lilas de l’éditrice, le lilas de la libraire et le lilas de l’attachée de presse). Le Prix Lilas a pour vocation de promouvoir la littérature au féminin. Il est décerné à un roman écrit en français par une femme par un jury tournant, composé cette année de Laure Adler, Arielle Dombasle, Olivia Elkaïm, Brigitte Kernel, Amélie Nothomb, Nathalie Rheims, Josiane Savigneau, Elsa Zylberstein, des cinq membres permanents, fondatrices « investies dès le début sans se décourager », comme le dit Jessica et chargées de l’organisation : Carole Chrétiennot, Stéphanie Janicot, Jessica Nelson, Tatiana de Rosnay (vice-présidente) et Emmanuelle de Boysson (présidente). Notre attachée de presse est Marie Jacquier. La ligne du lilas est de couronner un roman littéraire et accessible à tous, paru entre janvier et mars. Nous souhaitons avant tour mettre en avant un auteur peu connu. L’Académie Lilas, formée des membres des jurys du Prix Lilas 2007 et 2008, a voulu rendre hommage aux métiers du livre. Marie-Christine Imbault en est la présidente, (bien qu’elle ne vote pas par déontologie) et Brigitte Kernel, la vice-présidente. Les autres membres de l'Académie Lilas : Jury 2008 : Isabelle Alonso, Eliette Abécassis, Noëlle Chatelet, Adélaïde de Clermont-Tonnerre, Audrey Diwan, Christine Ferniot, Michèle Fitoussi et Amanda Sthers. Jury 2007 : Elisabeth Barillé, Agathe Fourgnaud, Alexandra Lemasson, Isabelle Lorthorlary, Geneviève Moll, Nathalie Rheims, Christine Richard, Anne-Florence Schmitt et les cinq membres de jury permanent du Prix Lilas. Comment et avec qui vous en est venue l’idée ?
Il y a cinq ans, Jessica Nelson, journaliste et écrivain et moi, nous nous trouvions à un cocktail de remise de prix. En blaguant, nous nous sommes dit qu’il serait temps de créer un prix de filles, plus jeunes que ces dames du Fémina. Un prix qui couronnerait une romancière de talent, encore dans l’ombre. Nous en avons parlé à Cécile David Weil qui a organisé un déjeuner avec Nathalie Rheims et Tatiana de Rosnay. Le cercle s’est élargi.
Au début, le Virginia’s Club était un groupe de copines, romancières et journalistes qui se retrouvaient dans des cafés, un peu, comme notre modèle, le groupe de Bloomsbury réuni autour de Virginia Woolf dans les années vingt et trente. Notre objectif était de promouvoir la littérature féminine. Nous avions aussi envie de rétablir un équilibre dans le paysage des prix littéraires. En effet, 90 % des lecteurs sont des lectrices et les femmes ne se reconnaissent pas toujours dans les choix des jurys en majorité masculins. De plus, les femmes représentent une proportion importante de la production littéraire. Nous voulions introduire une nouvelle approche qui s’appuie sur une constante de l’histoire de la littérature où les femmes ont été des vecteurs. Je précise que nous n’avons pas créé ce prix contre les hommes – nous les aimons beaucoup, nous sommes des joueuses… et des séductrices (rires). La rencontre avec Carole Chrétiennot, responsable de la communication de La Closerie des Lilas et du Café de Flore a été un vrai coup de foudre. Grâce à cette amie passionnée de livres, enthousiaste et très professionnelle, nous avons créé les Prix de la Closerie des Lilas. Quelles ont été les difficultés à résoudre pour monter ce prix ?
Très vite, Nathalie Rheims a proposé que nous nous adossions à un journal. Marie-Christine Perreau-Saussine, attachée de presse chevronnée, nous a mis en relation avec Jean-Louis Servan Schreiber. L’association a peu duré car Psychologies magazine désirait promouvoir un essai. Nous recherchions un sponsor.
C’est dans cette période de flottement que nous avons pu compter sur des fidèles, des pionnières qui se sont engagées dans l’aventure sans savoir si nous allions réussir. Stéphanie Janicot et Christine Richard nous ont, les premières parlé de La Closerie. Lorsque le prix est devenu celui de la Closerie des Lilas, le pendant du Prix de Flore, ce fut le début d’une histoire fabuleuse. Miroslav et Colette Siljegovic, les propriétaires de la Closerie des Lilas, nous ont fait confiance. Ils organisent une fête de rêve à La Closerie, avec l’aide de toute une équipe et invitent la lauréate à l’année. Il existe un esprit Lilas qui fait notre particularité. Une vraie solidarité et une bienveillance règnent au sein de cette bande de filles « qui se battent pour défendre les livres qu'elles aiment et ne se comportent pas comme des harpies », précise Jessica dans son blog. Nous travaillons toutes dans des supports de presse différents, nous publions des livres, mais, entre nous, il n’y a jamais de rivalité. Le jury permanent a beaucoup réfléchi et déposé des statuts dans lesquels figure l’organisation du prix. Nous avons un peu hésité sur quelques points et il nous arrive de revenir sur ces questions : Faut-il couronner un homme ? Pas pour l’instant, puisque nous tenons à notre différence, notre identité, mais on ne sait jamais ! ( sourires) Faut-il rester un « jury tournant » ? L’expérience prouve que tous les jurys qui ont essayé de le devenir n’y sont pas parvenus. Tout le monde le souhaite, personne ne le fait ! Cette organisation - pas toujours simple ! - a l'avantage d’éviter les risques de pression, de copinages, l’immobilisme, les habitudes, elle permet de « garder une indépendance et de renouveler les regards sur les sélections de livres », dixit Jessica dans son blog. L’Académie doit-elle continuer à distinguer trois professionnelles ? Après deux ans d’expérience, nous constatons que ces prix qui restent peut-être un peu internes au milieu de l’édition, sont très appréciés et reconnus. Les critères de sélection sont drastiques : il s’agit de choisir une femme de l’année qui a publié, soutenu des auteurs, accompagné un roman dont le succès est inattendu. Le choix de la libraire, de préférence de province, se fait à partir d’un questionnaire très précis envoyé à des libraires. Quelques anecdotes racontables – et même pas racontables ?
Ne comptez pas sur moi vous raconter des anecdotes croustillantes. Je vous dirai juste que nous avons eu quelques soirées bien arrosées, des dîners de filles où nous parlons de tout, de nos éditeurs, de nos journaux, de nos jules… Je ne vous dirai pas qui Tatiana imite de façon hilarante, en revanche, je peux vous assurer qu’il y a une réelle entraide envers à celles qui ont besoin d’un coup de pouce professionnel, personnel ou celles qui ont des soucis de santé.
Comment se sont passés les délibérations et le vote 2009 ?
Là aussi, un vote doit rester secret.
Sachez juste que les délibérations furent passionnées, presque viscérales. Et que deux clans se sont formés : les pour Stéphanie Hochet, les pour Juliette Jourdan. Comme le vote fut très serré (à une voix), d’un commun accord, nous avons voulu manifester un coup de cœur au « Choix de Juliette », paru au Dilettante. Quelques mots sur la nouvelle lauréate, Stéphanie Hochet ?
Stéphanie Hochet
"Combat de l’amour et de la faim" est un roman maîtrisé, ciselé, original, d’une grande qualité littéraire. L’auteur possède un véritable univers romanesque, loin de la plupart des romans autobiographiques qu’on lit trop souvent. Le narrateur, Marie (il a un nom de femme) est en prison pour avoir dépouillé des femmes et s’interroge. Qui l’a dénoncé ? Il revient sur son passé, cherche à se disculper. L’enfance misérable de cet aventurier de l’amour, élevé par une fille-mère à la fin du XIX ème siècle dans le sud des Etats-Unis, explique tout. La faim et l’inassouvissement sont à l’origine de son appétit vorace pour les femmes, l’argent, le jeu et même le crime. Un personnage inoubliable, mis à nu sans complaisance. Une réflexion sur les ravages d’un ventre qui crie famine, sur le rêve américain, celui d’un monde meilleur, qui pourrait être celui de beaucoup de jeunes qui subissent l’injustice et se battent, par tous les moyens, pour survivre.
... et sur les gagnantes des autres catégories ?
Le Lilas de la libraire. Les jurées des années précédentes ont tenu à encourager Coline Hugel, jeune libraire de 29 ans qui a repris, en mars 2007, "La Brèche" à Bergerac, rebaptisée depuis "La Colline aux livres".
Et, comme le rapporte l'article de Marie-Christine Imbault sur le site de Livres Hebdo : « Le Lilas de l’éditrice est allé à Sabine Wespieser, fondatrice et directrice depuis 2002 des éditions éponymes, où elle a publié notamment Au zénith de Duong Thu Huong, qu’elle a fait connaître avec Terre des oublis en 2006, Michèle Lesbre (finaliste du Goncourt en 2007), qui publie le 7 mai Sur le sable, ou encore Nuala O’Faolain, qui lui avait confié la gestion de ses droits avant de mourir, et dont elle a publié en 2008 le roman posthume Best Love Rosie. Le Lilas de l’attachée de presse a été décerné à Marie-Laure Goumet des éditions Julliard, où elle s’occupe notamment de Yasmina Khadra, Philippe Besson et Jean Teulé. Egalement attachée de presse de la collection “Pavillons” (Robert Laffont), elle a soutenu l’Américain Michael Chabon et son Club des policiers yiddish, paru en janvier. Marie-Laure Goumet a commencé sa carrière il y a 37 ans chez Denoël, où elle s’occupait notamment de Françoise Sagan, Sébastien Japrisot ou Henri Vincenot. Par ailleurs, les membres du jury du prix 2009 et l’académie ont rendu hommage à Taslima Nasreen pour son combat sans relâche pour l’émancipation des femmes et la liberté d’expression. L’an dernier, les prix avaient distingué la romancière Cécile Reyboz (Chansons pour bestioles, éd. Actes Sud), l’éditrice Héloïse d’Ormesson, les libraires Laetitia Coq et Magali Garnero (A Livr’ouvert, Paris 11e), ainsi que l’attachée de presse Anne Procureur ». Pour sa 3e édition le Prix Lilas commence à s’imposer. Les éditions Fayard ont fait une jaquette et soutiennent à fond le prix. Tout le petit monde de l’édition voulait venir à la fête de la Closerie ; la presse en parle ; le public suit ; les libraires mettent en avant le roman de Stéphanie Hochet ; les trois Lilas sont reconnus comme une première salutaire. Nous sommes sur la bonne voie ! Propos recueillis par Gilles Chenaille Communiqué de presse : cliquez ici Crédits photos : Photo E. de Boysson et photo jury Lilas © Anne-Laure Bovéron Photo S. Wespieser © Jacques Leenhardt Sites : www.myspace.com/prixlilas et http://prixlilasblog.over-blog.com
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