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Ils sont partis dans l’ivresse…Hommage à Laurent Bonelli et à Marc VilrougeLaurent avait 39 ans, Marc 35. Laurent était libraire, Marc écrivain. Laurent est mort le 19 décembre. Marc, le 15 janvier. Ils sont tous deux partis à toute vitesse. Et il fait triste temps sur les Lettres.
Marc Vilrouge
Le dernier roman de Marc Vilrouge venait de sortir le 2 janvier et son titre, Le livre impossible, sonne désormais comme une amère prémonition. Vilrouge écrivait des romans brefs et urgents, corporels, presque bagarreurs, d’une plume heurtée à la nécessité de se renouveler, de muer et de renaître, incessamment. Il composait une œuvre grave et tourmentée sur l’anxiété dans la création et sur l’ambivalence d’être à la fois présent au monde et déjà en partance vers la mort. A ce titre, le grand livre de Marc Vilrouge reste Air conditionné, roman-parabole sur l’obsession purificatrice de nos sociétés acharnées à mettre au ban le malade et le déviant. Mais Marc était aussi un être de rire, il était drôle, le bougre !, irrésistible même, et pour s’en convaincre, il faut (re)lire Reproduction non autorisée, burlesque opus sur l’homoparentalité ! On ne peut alors que penser à ce que Vian disait du désespoir, de l’humour et de la politesse.
Laurent Bonelli
Quant à Laurent Bonelli, on s’étonne qu’il soit parti sans avoir jamais lui-même écrit. A force de dévorer les livres des autres, ça doit pourtant finir par démanger de tâter soi-même du clavier. Il faut croire pourtant qu’écrire, Laurent n’en avait tout simplement pas le temps, entièrement consacré qu’il était à communiquer ses enthousiasmes et à transmettre sa fureur de lire. On l’avait récemment croisé à la radio ou à la télé, aux côtés de son amie Pascale Clark ou sur Pink TV. Mais son vrai métier, sa vraie façon, c’était d’être libraire. A la Fnac de Dijon où il avait débuté, au Furet de Nord à Lille et depuis plusieurs années au Virgin des Champs-Elysées. Là, il était parfois capable de tout pour un livre qu’il avait adoré : le sous-sol, c’était chez lui, on y descendait en prenant son escalier pour y découvrir ses choix et ses envies. Quand Bonelli est mort, Virgin venait de le licencier, il était supposé raccrocher les gants le 20 janvier. Son décès a grillé la politesse aux ressources humaines de la grande enseigne. A un jour près. La mort est cynique, quand elle s'y met.
Laurent a été inhumé à Marseille, Marc à Toulouse. Après les avoir forés, le bref moment d’une vie d’ivresse, Paris les a rendus à leurs matrices sud. Dire que Laurent et Marc vont manquer, c’est encore être mille et mille pieds en dessous de la réalité.
J’espère juste que là où ils sont, ils sont bien, et je les embrasse. Fort. Marie Donzel
Les romans de Marc Vilrouge :
Air conditionné, Le Seuil Reproduction non autorisée, Points La peau fantôme, Le Dilettante Le livre impossible, Le Dilettante
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