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Guide pratique du parler-jeune : on hallucine, là !

Le « parler jeune » est très à la mode, et pas seulement parmi les jeunes. Certains politiques n’hésitent pas à se l’approprier, sans doute dans le but d’élargir leur électorat en montrant qu’ils restent dans le coup. Mais en quoi consiste ce « parler jeune » ? Petit guide à l’usage des non-pratiquants...



O. Schopfer
O. Schopfer
Tout le monde connaît le verlan et le franglais. Mais une autre caractéristique dominante du parler jeune est le recours quasi systématique à l’hyperbole. Tout devient emphatique, démesuré.
En d’autres termes, les jeunes exagèrent !

--- Les jeunes ne sont plus surpris, ils « hallucinent ». Ils en rajoutent même souvent une couche en précisant : "J’hallucine total !"
Il y a aussi l’expression « C’est trop halluciné ! » pour dire qu’on n’arrive pas à croire quelque chose : « Il a réussi ses exams, c’est trop halluciné ! »

--- Ils ne sont pas crevés, ils sont « destroy ». Encore mieux : « complètement destroy ». Cela vient de l’anglais « to destroy » (« détruire »). De même inspiration, on trouve aussi « être cassé ».

Ces deux termes sont apparus dans les années 70-75. « Halluciner » est issu de la vague baba et "destroy" du mouvement punk. Mais à l’époque, l’usage de ces mots était limité à des groupes de jeunes bien précis. Il faut aussi savoir que « destroy » est passé de mode après le boom du punk pour réapparaître dans le vocabulaire des jeunes à la fin des années 90.
Ce qu’il y a de différent, aujourd’hui, c’est que cette manière de s’exprimer s’est en quelque sorte « démocratisée » pour se propager dans le langage courant de tous les jeunes, et même parmi les adultes.
Le 20 septembre 2007, par exemple, dans son intervention télévisée sur les chaînes françaises, Nicolas Sarkozy a déclaré « C’est hallucinant ! » en réponse à une question de PPDA.
Ce mouvement de « démocratisation » a aussi pu être observé avec le verlan. À l’origine, le verlan n’était parlé que dans les banlieues. Mais il s’est progressivement disséminé dans tous les milieux, notamment grâce au succès du rap et du mouvement hip-hop.

des d'jeunes de chez jeunes
des d'jeunes de chez jeunes
--- Les jeunes n’éclatent pas de rire, ils « hurlent de rire ».
Forcément, « hurler de rire » est plus branché que « rire à gorge déployée », devenu désuet.

--- Ils ne sont pas stressés, ils ne « touchent plus terre ».
« J’ai pas le temps, là, je touche plus terre ! »
L’image fait penser à un avion qui décolle. Attachez vos ceintures !

--- La formule « de chez » pour souligner un propos.
Exemples : « Ça, c’est craignos de chez craignos » ou « Je suis furax de chez furax ! »
Une redondance qu’on entend partout et qui, comme toute redondance qui se respecte, met les points sur les i. Le contraire de la langue de bois.

--- « C’est énorme ! »
Les adjectifs « super » et « génial » sont dépassés.
Les jeunes manifestent leur enthousiasme de manière colossale. Variante : « C’est que du bonheur ! » (une expression monnaie courante dans les émissions de télé-réalité).

--- Et, bien sûr, tous les superlatifs qui parsèment le discours des jeunes : tous les « trop », « hyper », « méga », « giga » qu’on retrouve presque à chaque phrase.
Il y a aussi « hypra », qu’on entend beaucoup en ce moment. « Hypra », déformation de « hyper ».
«Hypra-cool, ta teuf ! » : « Elle est trop bien, ta fête ! »
Dans cet exemple, on mélange allègrement l’emphase, le franglais et le verlan pour un résultat cent pour cent métissé.

L’hyperbole permet aux jeunes d'occuper un espace verbal important : soit pour se démarquer, soit pour capter l'intérêt de ceux qui écoutent.
Elle prend toute son ampleur lorsque les jeunes discutent entre eux. Peut-être les avez-vous déjà entendus dans la rue, à un arrêt de bus ou devant l’entrée d’un magasin : un jeune lance un superlatif, un autre lui répond sur le même mode ou essaie de rivaliser, ce qui déclenche une réaction en chaîne.
Avec l’hyperbole, les jeunes prennent la langue à bras-le-corps, et on peut la considérer comme une forme moderne de joute verbale, où les différents interlocuteurs se stimulent les uns les autres.

Olivier Schopfer (Genève, Suisse)
chroniqueur sur Radio Cité

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