Les journalistes, c'est vousSamedi 19 Mai 2012
12:58
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Foire du livre de Brive : des sex toys en balade à Beigbeder en DJ et Annie Ernaux en winner
Le voyage par le train du cholestérol
A 9h 30, je tire ma valise à roulettes dans les couloirs de la station de métro Austerlitz, quand soudain j’aperçois deux silhouettes minces, cheveux longs, manteaux longs : les sœurs Nothomb. Amélie me salue, me présente sa cadette qui vient de publier « La cuisine d’Amélie » aux éditions Albin Michel. « Des recettes faites pour moi, par amour », s’exclame-t-elle. Sur le quai, des auteurs se pressent autour d’un stand où du café et des croissants leur sont offerts. Dans le train réservé aux invités du salon, les tables sont dressées. Patrick Rambaud me confie quelques secrets sur le Prix Goncourt qui allait être décerné 48 h plus tard : le jury a subi trop de pressions du Seuil… Il prend son rôle très au sérieux : le Goncourt change la vie d’un auteur, le donner à un jeune auteur pourrait être un handicap. Je retrouve mon écurie Lattès dont l’éditrice Karina Hocine avec qui je discute un moment devant un foie gras de canard mi cuit, confiture d’oignons, avant de déguster du choux farci de veau truffé, morilles, pommes de terre arrosé de vin de figue et de noix avec Hubert Artus, chroniqueur à l’émission Au Field de la nuit et à Rue 89 et Xavier Dupuis, journaliste au « Point ». Nous discutons de la sortie prochaine du livre numérique et de ses effets sur l’édition. Avantage : on pourra partir au bout du monde avec sa bibliothèque. Inconvénient : une sacrée concurrence pour le livre papier. Nous revenons sur les bides de la rentrée : l’essai BHL Houellebecq et le roman de Christine Angot. Jacques Duquesne me parle de la défunte sœur Emmanuelle sur qui il a écrit un livre. Il participera à un débat avec Marek Halter qui, lui, n’écrirait pas ses livres. Beigbeder se trouve dans un wagon vip, à l’écart. Une part de tarte aux pommes, sauce chocolat avec Jacques de Saint-Victor, journaliste au Figaro et nous arrivons en gare de Brive la Gaillarde.
La Foire : des noms, des noms, des noms...
Une grande salle est consacrée aux livres jeunesse, un hall, aux stands des maisons d’édition. Presque toutes sont représentées. Patrick Rambaud, Beigbeder, Olivier Poivre d’Arvor, Michel Le Bris sont attendus au stand Grasset. Jean-François Khan et Jeanine Boissard, habitués des salons, sont déjà au travail. Denis Tillinac, pour son « Dictionnaire amoureux de la France », me salue. Au stand Albin Michel, une foule guette Amélie ; à côté d’elle Eliette Abécassis, Stéphanie Janicot, Robert Sabatier, Marie Rouanet. Jean-Marie Blas de Roblès participe à un débat au forum des lecteurs. Fabrice Pliskin, journaliste à l’Obs, me parle de son roman, « Le Juif et la métisse » (Flammarion) : « un intellectuel de gauche projette sur une femme ses a priori ». Valentine Goby, auteur de « Qui touche à mon corps, je le tue » (Gallimard,) vient de faire campagne pour le Goncourt des lycéens. Quelques autres auteurs invités : Nina Bouraoui, Sorj Chalandon, Régine Desforges, Malek Chebel… Je passe devant le stand Fayard où Jean-Louis Debré et Hervé Villard sont très entourés, me dirige vers le stand Lattès. Et c’est parti pour trois jours de dédicace !
Annie Ernaux
Remise du Prix de la langue française : une pensée fraternelle pour "les auteurs qui puent de la gueule"
Mes bien chers frères, mes bien chères sœurs… ainsi commence le discours su président Beigbeder avant de remettre le Prix à Annie Ernaux. « ...En ce jour heureux, surtout pour moi, j’ai une pensée pour tous les romanciers maudits, méconnus, les petits, les sans grade, les auteurs qui puent de la gueule, non pas parce qu’ils n’ont pas les moyens de s’acheter de la pâte dentifrice, mais parce qu’ils ne savent même pas que le dentifrice existe. Je voudrais leur dire qu’il y a une lumière au bout du tunnel. Si moi, j’ai pu être président de Brive, cela veut dire qu’un jour, Florian Zeller, Amélie Nothomb, tous les mendiants, les claudos, les ennemis publics, Bernard Henri, Michel, Eric Naulleau, Patrick Rambaud, Robert Sabatier, oui, c’est possible, un jour, vous verrez vous serez vous aussi présidents de Brive. Votre tour viendra. Merci de votre attention. Vive Brive ! Vive la République ! Vive la France ! ». Pourquoi Robert Sabatier et Patrick Rambaud sont-ils les seuls représentants du jury du Prix de la langue française qui est décerné par une quinzaine de personnes dont des académiciens de l’Académie française et de l’Académie Goncourt ? Est-ce une question de couverts, de fauteuil ? Après Rambaud, Annie Ernaux prend la parole : « J’ai toujours le souhait que les mots deviennent aussi matériels que les choses. Qui pourra nier qu’il existe des mots qui font vivre, d’autres qui perpétuent l’asservissement. Mon espérance est d’avoir fait partager quelque chose de la condition humaine dans mon époque… »
Restos, boîte de nuit, débat, retour… cuite !
Retour sur mon stand. Serge Bramly, auteur de « Le premier principe, le second principe » ( Prix interralié) est à l’œuvre. Il fait chaud, le temps paraît long, mais je vends à l’américaine, debout. Un bonjour, un mot aimable et les visiteurs s’approchent, lisent la 4e de couverture. Beaucoup de femmes seules, divorcées ou abandonnées se confient : normal, j’ai publié « Le secret des couples qui durent » (J’ai lu). Elles veulent faire une rencontre et m’achètent : « Nous deux la rencontre ». L’une d’elles, soixante-cinq ans, attend depuis 25 ans l’homme de sa vie. Une autre se plaint que, dans son village, elle ne puisse rencontrer personne. Je file à mes interviews : Chérie FM Limoges, RCF… Oups ! Il est l’heure de déjeuner. Les auteurs se regroupent pour aller déjeuner à La Truffe noire ou Chez Francis, restaurant couvert de graffitis d’écrivains. On se baffre, on boit et on revient signer, un peu sonnés... Le soir, direction la boîte de nuit, Le Cardinal. Auteurs, journalistes, attachées de presse se lâchent sur la piste de cette boîte devenue fameuse depuis la rencontre torride Doc Gynéco - Christine Angot. Qui sera le couple de l’année ? Sous l’œil d’une caméra de France 2, chacun guette un duo scandaleux. Beigbeder, DJ d’un soir, s’amuse : « juste après mes disques, ils ont mis du bal musette ! Certains ont cru que c’était moi ! » Les éditions Flammarion se montrent généreuses : vodka à volonté ! Arnaud Vivian ne quitte ni son manteau ni son chapeau. Anna Pavlovitch, Olivia Elkaïm, Isabelle Alonso, Guillaume Robert, Fabrice Pliskin, Soizic Molkou… swinguent. Ca balance pas mal…dans l’édition. A ne pas rater : le marché le foie gras frais aux figues. Avant de prendre le train du retour, je participe à un débat avec Hortense Dufour et Kenza du loft animé par Nathalie Six. J’ai un peu mal au cœur devant mon omelette aux truffes servie en face de Patrick Rambaud qui sera le lendemain, à 11h chez Drouant. Discussion sur le journal « S’Toys » avec sa rédac chef, Catherine Delmas. Promis, elle m’en enverra un exemplaire ! Paris : il est 23 h, on se quitte, comme après une colo ou plutôt un lessivage à grande vitesse. Il faudra bien compter deux jours pour s'en remettre... Emmanuelle de Boysson
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