Les journalistes, c'est vousSamedi 19 Mai 2012
12:58
|
|||||
|
Nos Tags
inscription newsletter
|
Fête Gallimard et Prix de la Bio : Marie Modiano chante, les Putes à Franges s'éclatent, les attachées de presse s'émeuvent...Gallimard à la merci des rappers. Un mystérieux éditeur snobe un prix gratifiant.
La vieille dame de la rue Sébastien Bottin a failli être victime d’une syncope. Des taggers, des rappers, des teuffers envahissant les jardins où Sollers, le mandarin, fume tranquillement avec son porte cigarette en argent, où l’on marche à pas de loups en murmurant. Impensable ! De mémoire de Gallimard’s cie, on n’avait jamais vu ça !
Fête de la musique oblige, il fallait la jouer rock’n roll ou classique. En invitant Marie Modiano, Antoine Gallimard et son staff ont été bien inspirés : la fille de Patrick Modiano allie la grâce, l’énergie et le courage. Devant une assemblée parsemée sur un tapis vert en guise de piste de danse, la jeune chanteuse tient bon, brave la pluie, le froid, les brouhahas. Bien que son père la couve d’un regard attendri, elle veut exister par elle-même, chanter en anglais sur des paroles qu’elle a choisies. Sa voix chaude et rauque a des accents graves qui remuent les plus coincés des académiciens. Jean-Marie Rouart, le plus subversif des perroquets verts, en pince pour la belle. Abordé par un black rasta aux mille et une dreadlocks, Jean-Marie se crispe un instant, mais très vite, il se détend : le jeune homme est un passionné d’Une jeunesse à l’ombre de la lumière (Gallimard) dont il fait un éloge exalté. Rouart m’annonce avec une joie non feinte que sa pièce en quatre actes, Gorki, l’exilé de Capri, sera produite par Pierre Cardin, mise en scène par Jacques Rosner. Le tout joué à Paris, l’Espace Cardin, à partir du 29 novembre 2006, après des représentations à Moscou et à Saint-Pétersbourg. Roger Planchon y interprétera le rôle de Gorki, aux côtés de Marie-Christine Barrault et de Nathalie Neil. Mais revenons à nos acteurs fétiches. Depuis que Disparaître paraît en août chez Gallimard, les frères Poivre pimentent les lieux. Après l’ovation à Marie, Gonzague Saint Bris, chemise assortie à ses lunettes noires, s’emballe à l’arrivée des Putes à franges : trois sixtie’s girls, mini jupes fluo et tee-shirt Sugar Sugar qui fredonnent comme si elles mâchouillaient des chamallows : « C’est une poupée qui fait ouh non, non, non, ouh, non… ». Le fan de Léonard de Vinci saisit le bras d’Adélaïde de Clermont-Tonnerre, journaliste à Point de Vue, et entraîne la belle aristo dans un rock endiablé.
Les Putes à franges
Un peu à l’écart, Etienne de Montety, rédacteur en chef du Figaro Littéraire, s’amuse sans en avoir l’air. Je lui fais part de mes coups de cœur pour la rentrée : « Puisque rien ne dure », de Laurence Tardieu, (Stock). Un roman bouleversant sur la force des mots, leur capacité à transcender les malentendus, à réconcilier ceux qu’un drame a séparés, à donner un sens à la mort. « Lignes de faille », de Nancy Huston (Actes Sud), une exploration de l’univers intérieur de quatre enfants de six ans, tous père ou mère du précédent, dont la vie bascule à la suite d’un traumatisme. Une remarquable construction, un art d’évoquer les angoisses de l’enfance, une progression poignante vers un secret de famille.
Marie Modiano (Papa n'est pas loin)
J’ai aussi aimé « Dévorations » de Richard Millet (Gallimard), le portrait d’une femme solitaire dévorée par son amour pour un écrivain jusqu’à la folie. Par ses longues phrases musicales, sa langue d’une rare richesse, Richard Millet est à mes yeux, l’un des plus grands écrivains français. « Eldorado », de Laurent Gaudé (Actes Sud) est un hymne magnifique aux boat people et à tous ceux qui risquent leur vie pour forcer la forteresse des riches.
Le choc de la rentrée sera sans doute « Les Bienveillantes » de Jonathan Littell (Gallimard) : neuf cent pages sur la vie au jour le jour d’un officier nazi. Epoustouflant ! Tiens, voici Benoît Duteurtre, l’occasion de lui annoncer que j’ai fait un papier sur ses « Chemins de fer » (Fayard) : « Vous mettez le doigt sur tout ce qui nous énerve : les bornes, le système Socrate, les trains déclassés, les self service aux plats insipides, le refus du ferroutage… c’est tellement bien vu ! J’espère que vous l’avez envoyé aux pontes de la SNCF ! » Comme toujours, on se retrouve entre copines journalistes avec Claire Julliard, Jessica Nelson et Stéphanie Janicot. Marrant cette façon d’avancer groupées !
Wiazemski, McNeil, Semprun
La soirée s’effiloche. Le directeur de la Revue des Deux Mondes, Michel Crépu, s’endort à moitié. Les écrivains Jean-Marc Parisis et David McNeil devisent, un verre de whisky à la main. Marie Nimier, rayonnante, butine d’un groupe à l’autre avant de s’éclipser dans le jardin. Avec Nathalie Crosne, journaliste à La Croix, nous commentons la soirée. Vanitas vanitatis… Dans ce petit monde, il suffit de demander : quel est votre prochain roman ? Et vous avez droit illico à un ardent monologue, à une carte de visite, à une promesse d’envoi du livre en échange d’une chronique ! Sur le pas de la porte, Antoine Gallimard souriant et insaisissable remercie chacun et promet de renouveler la fête tous les ans. A bon entendeur…
Jury et lauréats
Le lendemain, jeudi 22 juin, j’ai juste le temps de me remettre du manque de sommeil pour filer, à 19h 30, vers les salons du Pavillon Ledoyen où sera décerné le prix du Récit Biographique. Très chic ce cocktail entre une terrasse avec tables en teck et parasols et un salon à moquette épaisse et boiseries. Toute une ambiance ! Je retrouve l’ami Pierre Vavasseur aux côtés de Jennifer Kouassi, beauté asiatique et chroniqueuse télé, également membre du jury. Angie David est accompagnée de son éditeur, Léo Scheer. Tiens, revoilà Gonzague Saint Bris, fidèle au poste ! Je félicite Jacques Pradel pour son émission sur Europe 1. Il publiera au Rocher le récit de ses vingt ans de voyages, mais le titre du livre n’est pas encore choisi. Sur l’estrade, la présidente, Huguette Guedj, annonce que le jury a reçu plus de soixante livres « qui nous positionnent en prix de référence pour ce genre ». Elle regrette que la presse ne parle pas assez de cet événement. Bruno de Cessole, journaliste à Valeurs actuelles, prend la parole : « Les livres sont le fait de la solitude et du silence. Les prix sont une façon pour les auteurs de prendre leur revanche. Il est étonnant qu’un éditeur ait refusé de nous envoyer les livres d’un de ses auteurs… » Murmures dans le public. De qui s’agit-il ? Un instant de patience… Ecoutons les discours : « Le 1er prix du récit biographique est attribué à « Je, François Villon » de Jean Teulé (Julliard). L’auteur grimpe sur l’estrade, remercie Huguette Guedj, son éditeur, Bernard Barrot, et … « l’éditeur qui n’a pas voulu envoyer son livre ! » Rires. Suspens. Le prix du témoignage biographique est décerné à Serge Kovacs et à Frédéric Ploquin pour « Le vengeur » d’Imré Kovacs (Fayard). Serge Kovacs intervient : « Je suis touché et ému d’être avec vous ce soir. Mon père n’aurait pas imaginé que son manuscrit inachevé soit salué ». Le prix spécial du jury revient à Angie David pour « Dominique Aury » (déjà prix de Madame Figaro). "Elle est en bonne position pour le Fémina, me confie Léo Scheer. Dominique Aury en fut à l’origine, ce serait lui rendre hommage."
En prime, Miou Miou et Coffe
Un peu plus tard, j’apprends que l’éditeur qui n’a pas voulu faire parvenir le livre demandé n’est autre que Le Seuil pour le récit de Denis Podalydès, « Scènes de la vie d’acteur ». Pourquoi ? D’après Huguette Guedj : « Les attachées de presse sont débordées et trop sollicitées ». Lunettes bleu marine rondes, Jean-Pierre Coffe, chroniqueur de « Ca se bouffe pas ça se mange », à France Inter, arbore une veste vert pomme grany des plus flashy. Sur la terrasse, Miou Miou, la compagne de Jean Teulé, se veut discrète et déjeune avec José Arthur. Nikos Aliagas, animateur à LCI et à la Star Ac, m’explique qu’avec l’académicienne, Jacqueline de Romilly, ils ont décidés de soutenir l’association « Elan du citoyen », et de demander à des jeunes de 12 à 15 ans de leur envoyer des courriers racontant une histoire. Les trois lauréats seront invités à l’Académie française et recevront un aller et retour pour la Grèce. Nikos, le Grec, n’hésite pas à aller rendre visite à des petits cancéreux dans des hôpitaux. « Je leur remonte le moral. Ils me donnent beaucoup d’amour. Enfant, j’ai été hospitalisé pendant deux ans, j’ai même failli mourir ».
Rien à voir avec notre bonne vieille mère Gallimard, qui s’est déjà remise de sa syncope. Mais tout de même, d’un prix à l’autre, on vit des émotions fortes, on en apprend beaucoup, on découvre que les plus people, comme Nikos, sont parfois les plus généreux et les plus simples, alors que les jeunes auteurs aux dents longues, restent persuadés que le tapis vert deviendra rouge et que, lorsque leur roman sera adapté en trois dimensions, ils recevront la palme d’or des mains de Sharon Stone ou de Nicole Kidman. Ne fantasmez pas trop les gars ! Elle vient de se marier avec Keith Urban. Cet été, à la plage, préférez les filles de la serviette voisine ! Moi, je serai à Ré. Merci de ne pas souffler à Valérie Solvit l’idée d’y concocter un nouveau prix littéraire. Cet été, je passerai plus de temps derrière mon ordinateur qu’allongée sur le sable, mais le plus grand nombre me croira en vacances. Entre deux chapitres, je sourirai en songeant au petit remue ménage, aux mini scandales de ce petit monde dont j’ai tant plaisir à vous parler. Travailler me repose des potins ! Emmanuelle de Boysson
Notez
Dans la même rubrique
Le petit monde d'Emmanuelle | Livres | Média | Cinéma | People ! | Musique | Divers |
S'identifier
Web sélection
|
|||
|
© Votre Journal - Reproduction interdite, sauf autorisation explicite
|
|||||

Prix littéraire Marie Claire : le dossier complet








Votre webTV
