Matzneff défend Polanski
17/11/2009Actus personnelles
paru dans Service littéraire
Matzneff défend Polanski.
Le dernier tome des Carnets noirs de Gabriel Matzneff (2007-2008) a été publié chez Léo Scheer en mars 2009. A l’heure où l’ordre moral tente d’imposer partout sa loi, nous avons rencontré cet écrivain qui paie son courage et sa liberté au prix fort, tout comme Polanski que les Américains ne vont pas tarder à cuisiner.
Propos recueillis par Emmanuelle de Boysson et Anthony Palou
Service littéraire : Que pensez-vous de l’affaire Polanski ?
Gabriel Matzneff : Je trouve scandaleux de mettre en prison un homme de soixante-seize ans. En Italie, il serait aux arrêts domiciliaires. Il est peu vraisemblable qu’un célèbre metteur en scène, jeune, plein de talent, entouré de jolies filles à Hollywood, ait eu besoin de droguer et d’enivrer une adolescente pour qu’elle lui tombe dans les bras. A mes yeux, l’imprescriptibilité est synonyme de vendetta, le contraire du droit. L’état français n’a-t-il vraiment aucun moyen légal d’empêcher qu’un de ses citoyens soit extradé ?
Avez-vous gardé les goûts littéraires de votre adolescence ?
Je n’éprouve aucune estime pour ceux qui ne restent pas fidèles à leurs amours et à leurs enthousiasmes d’adolescent. J’ai horreur du reniement. Vous pouvez comparer les auteurs que je cite dans mon journal d’adolescence, Cette camisole de flammes (1976) et ceux dont je parle dans Maîtres et complices (1994) : ce sont les mêmes.
Quels sont les écrivains qui vous ont influencé ?
Les présocratiques, Héraclite, Lucrèce, Horace, Le Satiricon, Sénèque, Saint Augustin. Au XVIIe siècle, La Rochefoucauld, Racine, Bossuet et les auteurs de Port Royal. Au XVIIIe, Casanova, l’abbé Galiani – ses lettres à madame d’Epinay sont géniales – Madame du Deffand. Byron, évidemment, a ébloui mes quinze ans : je me reconnaissais en lui. Puis : Dostoïevski, Flaubert, Schopenhauer, Nietzsche, Baudelaire et bien sûr, Alexandre Dumas dont les personnages sortent tout droit de Byron Au XXe, Thomas Mann, Chestov, Montherlant, Cioran, Hergé. Je crois à la famille spirituelle : un artiste se grandit en rendant hommage à ses maîtres. Ceux qui renient sont toujours des seconds couteaux.
Quels souvenirs gardez-vous de Montherlant ?
J’ai connu le Montherlant d’après-guerre, c’était un homme sombre, amertumé ; il se croyait entouré d’ennemis. Quand j’avais le cafard, je téléphonais à Cioran : on buvait une bonne bouteille de Bordeaux, je repartais regonflé. Avec Montherlant, la conversation portait souvent sur ses livres, les acteurs de sa prochaine pièce, alors qu’avec Cioran ou Hergé, on pouvait passer des soirées sans parler boulot. Ils m’ont appris à vivre. Les auteurs qui ont une réflexion métaphysique ou spirituelle, qu’il s’agisse de La Rochefoucauld ou de Dostoïevski, vous apportent un supplément d’âme.
En 1983, lors de la sortie de Mes amours décomposés, il y a eu un clash quand vous êtes passé à Apostrophe…
Pivot m’invitait pour que je dise des coquineries… il adorait ça. Aujourd’hui, ce livre serait impossible à publier, les autres seraient lus par des avocats. Je suis très heureux d’avoir livré ce que j’ai écrit. En 2005, Léo Scheer a réédité Les moins de seize ans : ça n’a pas fait un pli mais il est certain qu’Ivres du vin perdu ne serait pas édité aujourd’hui. L’auto censure est pire que la censure.
Vous n’aimez pas beaucoup le milieu littéraire.
J’y ai des amis, mais je ne fais partie d’aucun comité de lecture ou de rédaction et d’aucun jury. En revanche, je veille à ce que mes livres soient aussi beaux que possible. Je souhaite même qu’ils soient lus cent ans après ma mort. J’ai préféré ma liberté aux honneurs : je le paie. J’ai la faiblesse de croire que mon journal sera celui d’une vie d’homme dans sa nudité et ses péchés.
Que pensez-vous des jeunes auteurs ?
Ils devraient relire chaque soir quelques pages de la correspondance de Flaubert. Ce qui leur fait du tort, c’est ce que j’appellerais « le syndrome Beigbeder » : ils pensent que ce qui est important c’est de passer à la télé : l’essentiel est d’être vraiment ambitieux. J’ai bien aimé Mauvaise fille, de Justine Lévy (Stock), Claude, de Nathalie Rheims (Léo Scheer) et L’infante de Parme d’Elisabeth Badinter ( Fayard), sur le petit fils de Louis XV, un homme pieu et libertin - comme moi
E. de B. et A.P.
Le dernier tome des Carnets noirs de Gabriel Matzneff (2007-2008) a été publié chez Léo Scheer en mars 2009. A l’heure où l’ordre moral tente d’imposer partout sa loi, nous avons rencontré cet écrivain qui paie son courage et sa liberté au prix fort, tout comme Polanski que les Américains ne vont pas tarder à cuisiner.
Propos recueillis par Emmanuelle de Boysson et Anthony Palou
Service littéraire : Que pensez-vous de l’affaire Polanski ?
Gabriel Matzneff : Je trouve scandaleux de mettre en prison un homme de soixante-seize ans. En Italie, il serait aux arrêts domiciliaires. Il est peu vraisemblable qu’un célèbre metteur en scène, jeune, plein de talent, entouré de jolies filles à Hollywood, ait eu besoin de droguer et d’enivrer une adolescente pour qu’elle lui tombe dans les bras. A mes yeux, l’imprescriptibilité est synonyme de vendetta, le contraire du droit. L’état français n’a-t-il vraiment aucun moyen légal d’empêcher qu’un de ses citoyens soit extradé ?
Avez-vous gardé les goûts littéraires de votre adolescence ?
Je n’éprouve aucune estime pour ceux qui ne restent pas fidèles à leurs amours et à leurs enthousiasmes d’adolescent. J’ai horreur du reniement. Vous pouvez comparer les auteurs que je cite dans mon journal d’adolescence, Cette camisole de flammes (1976) et ceux dont je parle dans Maîtres et complices (1994) : ce sont les mêmes.
Quels sont les écrivains qui vous ont influencé ?
Les présocratiques, Héraclite, Lucrèce, Horace, Le Satiricon, Sénèque, Saint Augustin. Au XVIIe siècle, La Rochefoucauld, Racine, Bossuet et les auteurs de Port Royal. Au XVIIIe, Casanova, l’abbé Galiani – ses lettres à madame d’Epinay sont géniales – Madame du Deffand. Byron, évidemment, a ébloui mes quinze ans : je me reconnaissais en lui. Puis : Dostoïevski, Flaubert, Schopenhauer, Nietzsche, Baudelaire et bien sûr, Alexandre Dumas dont les personnages sortent tout droit de Byron Au XXe, Thomas Mann, Chestov, Montherlant, Cioran, Hergé. Je crois à la famille spirituelle : un artiste se grandit en rendant hommage à ses maîtres. Ceux qui renient sont toujours des seconds couteaux.
Quels souvenirs gardez-vous de Montherlant ?
J’ai connu le Montherlant d’après-guerre, c’était un homme sombre, amertumé ; il se croyait entouré d’ennemis. Quand j’avais le cafard, je téléphonais à Cioran : on buvait une bonne bouteille de Bordeaux, je repartais regonflé. Avec Montherlant, la conversation portait souvent sur ses livres, les acteurs de sa prochaine pièce, alors qu’avec Cioran ou Hergé, on pouvait passer des soirées sans parler boulot. Ils m’ont appris à vivre. Les auteurs qui ont une réflexion métaphysique ou spirituelle, qu’il s’agisse de La Rochefoucauld ou de Dostoïevski, vous apportent un supplément d’âme.
En 1983, lors de la sortie de Mes amours décomposés, il y a eu un clash quand vous êtes passé à Apostrophe…
Pivot m’invitait pour que je dise des coquineries… il adorait ça. Aujourd’hui, ce livre serait impossible à publier, les autres seraient lus par des avocats. Je suis très heureux d’avoir livré ce que j’ai écrit. En 2005, Léo Scheer a réédité Les moins de seize ans : ça n’a pas fait un pli mais il est certain qu’Ivres du vin perdu ne serait pas édité aujourd’hui. L’auto censure est pire que la censure.
Vous n’aimez pas beaucoup le milieu littéraire.
J’y ai des amis, mais je ne fais partie d’aucun comité de lecture ou de rédaction et d’aucun jury. En revanche, je veille à ce que mes livres soient aussi beaux que possible. Je souhaite même qu’ils soient lus cent ans après ma mort. J’ai préféré ma liberté aux honneurs : je le paie. J’ai la faiblesse de croire que mon journal sera celui d’une vie d’homme dans sa nudité et ses péchés.
Que pensez-vous des jeunes auteurs ?
Ils devraient relire chaque soir quelques pages de la correspondance de Flaubert. Ce qui leur fait du tort, c’est ce que j’appellerais « le syndrome Beigbeder » : ils pensent que ce qui est important c’est de passer à la télé : l’essentiel est d’être vraiment ambitieux. J’ai bien aimé Mauvaise fille, de Justine Lévy (Stock), Claude, de Nathalie Rheims (Léo Scheer) et L’infante de Parme d’Elisabeth Badinter ( Fayard), sur le petit fils de Louis XV, un homme pieu et libertin - comme moi
E. de B. et A.P.
Marie Ndiaye
17/11/2009Actus personnelles
Si Raoult charrie, Marie Ndiaye est gonflée, elle a reçu 50 000 euros du CNL. Etonnant : pas un auteur africain dans la liste du monde.fr. Ils savent!
Le vrai courage aurait été comme Sartre quand il a refusé le Nobel, de renoncer au Goncourt. Ses propos n'en auraient eu que plus de poids.
Ceci dit, je m'insurge avec tous les écrivains contre ce droit de réserve, signe d'un retour à l'orde moral.
Marie NDiaye et Elena Balzamo lauréates de la bourse Jean Gattégno du Centre national du livre
3 novembre 2009
Marie NDiaye : lauréate 2009 pour son oeuvre de création littéraire Elena Balzamo : lauréate 2009 pour sa traduction de la correspondance d’August Strinberg Nicolas Georges, président du Centre national du livre par intérim remettra la bourse Gattégno, le 17 septembre, à Marie NDiaye pour son oeuvre de création littéraire et à Elena Balzamo, pour sa traduction de la correspondance d’August Strinberg. D’un montant de 50 000 euros, la bourse Jean Gattégno a pour objectif (...)
Le vrai courage aurait été comme Sartre quand il a refusé le Nobel, de renoncer au Goncourt. Ses propos n'en auraient eu que plus de poids.
Ceci dit, je m'insurge avec tous les écrivains contre ce droit de réserve, signe d'un retour à l'orde moral.
Marie NDiaye et Elena Balzamo lauréates de la bourse Jean Gattégno du Centre national du livre
3 novembre 2009
Marie NDiaye : lauréate 2009 pour son oeuvre de création littéraire Elena Balzamo : lauréate 2009 pour sa traduction de la correspondance d’August Strinberg Nicolas Georges, président du Centre national du livre par intérim remettra la bourse Gattégno, le 17 septembre, à Marie NDiaye pour son oeuvre de création littéraire et à Elena Balzamo, pour sa traduction de la correspondance d’August Strinberg. D’un montant de 50 000 euros, la bourse Jean Gattégno a pour objectif (...)
Profil
Emmanuelle de Boysson
Ecrivain (auteur de dix livres dont Le secret de ma mère, Le secret des couples qui durent, aux Presses de la Renaissance, J'ai Lu ; Les grandes bourgeoises et Les nouvelles provinciales, chez J-C Lattès), journaliste à Marie Claire, votrejournal.net, Fémi 9, Service littéraire et Présidente du Prix Lilas.
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