Le Bousquet ardent
28/11/2008Actus personnelles
Article paru dans Service littéraire, le mensuel de l'actualité littéraire fait par des écrivains et sans langue de bois. Pour s'abonner : François Cérésa, directeur, 24 rue Martignac 75007
En 1918, blessé par une balle allemande, le poète, Joë Bousquet (1897-1950), perd l’usage de ses membres inférieurs et reste alité 53 rue de Verdun, à Carcassonne, dans une chambre aux volets éternellement clos. C’est là qu’il tombe amoureux, quatre ans avant qu’une ultime crise d’urémie, le tue de Jacqueline Goubeyre, prénommée Linette, une étudiante aux yeux verts. Elle habite Toulouse et vient passer ses vacances dans la cité médiévale, vite entraînée par une cousine de sa mère chez le « poète immobile ». Elle n’a pas encore dix-huit ans. Il en a cinquante. Dès 1929, proche des surréalistes, il a dénoncé, cette canaille de Claudel. Sa chambre devint un haut lieu de résistance, l’asile de juifs persécutés, comme la philosophe Simone Weil, dont Laure Adler vient de publier une biographie fervente (L’insoumise, Actes Sud). En 1946, il organise une exposition des maîtres du surréalisme où il initie celle qu’il appelle « l’oie blanche » à cet art que les nazis qualifient de dégénéré. Au fil des lettres, ce génie des lettres françaises qui se soulage à l’opium, devient le Pygmalion de Linette jusqu’à ce qu’elle se marie. Préfacées par Nicolas Brimo, le fils de Jacqueline Gourbeyre, journaliste et administrateur du Canard enchaîné, ces lettres inédites, vibrantes et lumineuses (celles de Linette ont disparu), restées longtemps secrètes, sont un hymne à la vie, à l’amour et à la littérature. Joë Bousquet transcende sa souffrance par le désir de transmettre sa foi : « Le langage est l’atmosphère même de l’âme ». Son expérience de cloîtré l’incite à « se défier des succès littéraires, ils consacrent rarement une inspiration profonde et salvatrice ». L’auteur de Lettres à Poisson d’or, Papillon de Neige, Mystique, Un amour couleur thé donne des conseils de lectures, parle de ses amis : Valéry, Cocteau, Paulhan, Jouve… L’amour qu’il voue à sa « petite chérie » est un rêve éveillé, un enchantement, un délicieux tourment, « une façon de croire en Dieu ». Peu de correspondances laissent transparaître une telle grandeur d’âme « où toute la vie eut abouti en se donnant ». Un chef d’œuvre de grâce, de style et donc d’humanité.
Emmanuelle de Boysson
Lettres à une jeune fille, Joë Bousquet, éd. Grasset, 313 p., 17, 90 E,
27 e Foire du livre de Brive. 7, 8, 9 novembre 2009. Beigbeder, président et DJ au Cardinal.
28/11/2008Actus personnelles
Cette chronique a été publiée sur le site de Giles Chenaille, journaliste à Marie Claire et rédac chef de rudesauteurs.com : votrejournal.net
Le voyage par le train du cholestérol.
Vendredi 9 novembre, 9h 30, je tire ma valise à roulettes dans les couloirs du métro station Austerlitz quand, soudain, j’aperçois deux silhouettes minces cheveux longs, manteaux longs : les sœurs Nothomb. Amélie me salue, me présente sa cadette qui vient de publier « La cuisine d’Amélie » aux éditions Albin Michel. « Des recettes faites pour moi, par amour», s’exclame-t-elle. Sur le quai, des auteurs se pressent autour d’un stand où du café et des croissants leur sont offerts. Dans le train réservé aux invités du salon, les tables sont dressées. Patrick Rambaud me confie quelques secrets sur le Prix Goncourt qui sera décerné lundi : le jury a subi trop de pressions du Seuil… Il prend son rôle très au sérieux : le Goncourt change la vie d’un auteur, le donner à un jeune auteur pourrait être un handicap. Je retrouve mon écurie Lattès dont l’éditrice Karina Hocine avec qui je discute un moment devant un foie gras de canard mi cuit, confiture d’oignons, avant de déguster du choux farci de veau truffé, morilles, pommes de terre arrosé de vin de figue et de noix avec Hubert Artus, chroniqueur à l’émission : « Au Field de la nuit » et à rue 89 et Xavier Dupuis, journaliste au « Point ». Nous discutons de la sortie prochaine du livre numérique et de ses effets sur l’édition. Avantage : on pourra partir au bout du monde avec sa bibliothèque. Inconvénient : une sacrée concurrence pour le livre papier. Nous revenons sur les bides de la rentrée : l’essai BHL Houellebecq et le roman de Christine Angot. Jacques Duquesne me parle de la défunte sœur Emmanuelle sur qui il a écrit un livre. Il participera à un débat avec Marek Halter qui, lui, n’écrirait pas ses livres. Beigbeder se trouve dans un wagon vip, à l’écart. Une part de tarte aux pommes, sauce chocolat avec Jacques de Saint-Victor, journaliste au Figaro et nous arrivons en gare de Brive la Gaillarde.
La Foire
Une grande salle est consacrée aux livres jeunesse, un hall, aux stands des maisons d’édition. Presque toutes sont représentées. Patrick Rambaud, Beigbeder, Olivier Poivre d’Arvor, Michel Le Bris sont attendus au stand Grasset. Jean-François Khan et Jeanine Boissard, habitués des salons, sont déjà au travail. Denis Tillinac, pour son « Dictionnaire amoureux de la France », me salue. Au stand Albin Michel, une foule guette Amélie ; à côté d’elle Eliette Abécassis, Stéphanie Janicot, Robert Sabatier, Marie Rouanet. Jean-Marie Blas de Roblès participe à un débat au forum des lecteurs. Fabrice Pliskin, journaliste à l’Obs, me parle de son roman, « Le Juif et la métisse », Flammarion : « un intellectuel de gauche projette sur une femme ses a priori ». Valentine Goby, auteur de « Qui touche à mon corps, je le tue », Gallimard, vient de faire campagne pour le Goncourt des lycéens. Quelques autres auteurs invités : Nina Bouraoui, Sorj Chalandon, Régine Desforges, Malek Chebel… Je passe devant le stand Fayard où Jean-Louis Debré et Hervé Villard sont très entourés, me dirige vers le stand Lattès. Et c’est parti pour trois jours de dédicace !
Remise du Prix de la langue française.
Mes bien chers frères, mes bien chères sœurs… ainsi commence le discours su président Beigbeder avant de remettre le Prix à Annie Ernaux. « En ce jour heureux, surtout pour moi, j’ai une pensée pour tous les romanciers maudits, méconnus, les petits, les sans grade, les auteurs qui puent de lagueule, non pas parce qu’ils n’ont pas les moyens de s’acheter de la pâte dentifrice, mais parce qu’ils ne savent même pas que le dentifrice existe. Je voudrais leur dire qu’il y a une lumière au bout du tunnel. Si moi, j’ai pu être président de Brive, cela veut dire qu’un jour, Florian Zeller, Amélie Nothomb, tous les mendiants, les claudos, les ennemis publics, Bernard Henri, Michel, Eric Naulleau, Patrick Rambaud, Robert Sabatier, oui, c’est possible, un jour, vous verrez vous serez vous aussi présidents de Brive. Votre tour viendra. Merci de votre attention. Vive Brive ! Vive la République ! Vive la France ! ». Pourquoi Robert Sabatier et Patrick Rambaud sont-ils les seuls représentants du jury du Prix de la langue française qui est décerné par une quinzaine de personnes dont des académiciens de l’Académie française et de l’Académie Goncourt ? Est-ce une question de couverts, de fauteuil ? Après Rambaud, Annie Ernaux prend la parole : « J’ai toujours le souhait que les mots deviennent aussi matériels que les choses. Qui pourra nier qu’il existe des mots qui font vivre, d’autres qui perpétuent l’asservissement. Mon espérance est d’avoir fait partager quelque chose de la condition humaine dans mon époque… »
Restos, boîte de nuit, débat, retour… cuite.
Retour sur mon stand. Serge Bramly, auteur de « Le premier principe, le second principe » ( prix Interralié) est à l’œuvre. Il fait chaud, le temps paraît long, mais je vends à l’américaine, debout. Un bonjour, un mot aimable et les visiteurs s’approchent, lisent la 4e de couverture. Beaucoup de femmes seules, divorcées ou abandonnées se confient : normal, j’ai publié « Le secret des couples qui durent » (J’ai lu, collection de cinq livres). Elles veulent faire une rencontre et m’achètent : « Nous deux la rencontre ». L’une d’elle, soixante cinq ans, attend depuis 25 ans l’homme de sa vie. Une autre se plaint que, dans son village, elle ne puisse rencontrer personne. Je file à mes interviews : Chérie FM Limoges, RCF… Oups ! Il est l’heure de déjeuner.
Les auteurs se regroupent pour aller déjeuner à La truffe noire ou chez Francis, restaurant couvert de graffitis d’écrivains. On se bâfre, on boit et on revient signer, un peu sonnés ! Le soir, direction la boîte de nuit, Le cardinal. Auteurs, journalistes, attachées de presse se lâchent sur la piste de cette boîte rendue fameuse depuis la rencontre Doc Gynéco Angot. Qui sera le couple de l’année ? Sous l’œil d’une caméra de France 2, chacun guette un duo scandaleux. Beigbeder, DJ d’un soir, s’amuse : « juste après mes disques, ils ont mis du bal musette ! Certains ont cru que c’était moi ! » Les éditions Flammarion se montrent généreuses : vodka à volonté ! Arnaud Viviant ne quitte ni son manteau ni son chapeau. Anna Pavlovitch, Olivia Elkaïm, Isabelle Alonso, Guillaume Robert, Fabrice Pliskin, Soizic Molkou… swinguent. Ca balance pas mal…dans l’édition.
A ne pas rater : le marché le foie gras frais aux figues. Avant de prendre le train du retour, je participe à un débat avec Hortense Dufour et Kenza du loft animé par Nathalie Six. J’ai un peu mal au cœur devant mon omelette aux truffes servie en face de Patrick Rambaud qui sera le lendemain, à 11h chez Drouant. Discussion sur le journal « S’Toys » avec sa rédac chef, Catherine Delmas. Promis, elle m’en enverra un exemplaire ! Paris : il est 23 h, on se quitte, comme après une colo ou plutôt un lessivage à grande vitesse. Il faudra bien compter deux jours pour se remettre. A quand le prochain salon ?
Emmanuelle de Boysson
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Actus personnelles
Emmanuelle de Boysson et Claude-Henry du Bord
AMI/AMIE
5 février 2009 éditions du Rocher
Ami Amie est un essai tonique et nourri consacré à l’amitié homme femme, lien aussi rare que précieux, à ses conditions, à ses enjeux, à son originalité.
L’idée même d’une amitié possible entre hommes et femmes suscite des réactions excessives. La plupart ne veulent pas y croire. Les rares qui la vivent font figurent d’exceptions. Or, les auteurs en sont l’exemple même, et ils le diront : leur collaboration est le fruit d’une histoire d’amitié des plus épanouissantes.
En effet, il s’agit bien d’une tendance nouvelle, signe d’une évolution des mentalités, qui met à bas les préjugés. Cet essai cerne donc la singularité de cette relation hors normes. Valeur montante dans une société où la référence au couple ne fait plus recette, l’amitié hommes-femmes change la donne et s’offre comme une alternative aux rapports souvent tumultueux que les sexes entretiennent.
Tout tient sans doute à l’évolution de la place de la femme dans les sociétés, que les auteurs étudient de l’Antiquité à nos jours, notamment sur les conceptions, souvent machistes, que les philosophes se font de l’amitié. Un constat permanent : la femme en est presque toujours exclue ; une cause : elle est jugée inférieure. Une seule exception notoire : la théorie de l’honnête amitié développée au XVIIe siècle autour de La Fontaine et des salons que réunissaient des femmes d’esprit. Aujourd’hui, il semble enfin que les conditions nécessaires à cette complicité soient à nouveau réunies.
Les auteurs se livrent donc à une analyse de l’amitié dans ses applications au lien paradoxal homme/femme et dans ses aspects contemporains, jusqu’à l’émancipation qu’elle représente aujourd’hui. Analyse des conditions sociales (à chaque milieu, à chaque âge son amitié), économiques et psychologiques (complémentarité, respect, bienveillance, gratuité…), des limites et des écueils de l’amitié homme-femme (la jalousie, les intérêts, la trahison, la dépendance, l’argent, les malentendus), de ses bénéfices (solidarité, joie de travailler ensemble).
Leur enquête s’enrichit d’une série d’entretiens avec des personnalités contemporaines : Hubert Prolongeau, Nathalie Rheims, Bernard Werber – Stéphanie Janicot, Bernard Werber, Isabelle Alonso, Pierre Canavaggio, Jacques de Saint Victor…
Originalité et pertinence
Ami Amie est le premier livre complètement consacré à ce sujet brûlant, foncièrement contemporain, qui brosse un tableau historique critique et ouvre des perspectives confiantes. Un livre de référence, tout autant que d’actualité, sur un sujet qui intéressera la presse féminine comme le presse littéraire, et séduira le grand public.
Sa publication est prévue le mois de la Saint-Valentin, cet essai pouvant être présenté en librairie comme un livre-cadeau.
Emmanuelle de Boysson
Aînée de cinq enfants, Emmanuelle passe son enfance au Maroc. Après une adolescence en Alsace, elle est inscrite en terminale, à Sainte-Marie de Neuilly, institution fondée par son arrière-grand-mère, Madeleine Daniélou. Après une maîtrise de lettres et Sciences-po, elle se marie avec Hervé de Boysson, père de ses trois enfants. Formatrice en relations humaines pendant quinze ans, en 1995, elle joue Louise de Rénal dans son adaptation du Rouge et le Noir avant de consacrer à ses grands-oncles une biographie enthousiaste : Le Cardinal et l’hindouiste ou le mystère des frères Daniélou (Presses de la Renaissance). Elle complète sa trilogie familiale avec Georges Izard, avocat de la liberté et Le secret de ma mère (Presses de la Renaissance, France-Loisirs 12 000 exemplaires vendus) Ce récit sur les relations mère- fille la convainc d’écrire toujours plus sur les femmes. En 2005, paraît L’Amazone de la foi, biographie d’une aventurière du Nouveau Monde. La même année, Les Secrets des couples qui durent (J’ai Lu, 15 000 ex vendus). En 2006, Les Grandes Bourgeoises, peinture d’un milieu très rive gauche dont elle se moque pour bien le connaître (Editions J-C Lattès et Pocket, 18 000 ex vendus).
Après Femmes, les grands rendez-vous de votre vie (Presses de la Renaissance), la présidente du Prix Lilas (prix remis à une romancière à la Closerie des Lilas), journaliste à Marie Claire, Femmes, VSD, Service Littéraire, publie Les Nouvelles Provinciales (Editions J-C Lattès, 15 000 exemplaires vendus), une chronique de mœurs qui rend hommage aux provinciales.
Claude-Henry du Bord
Né en 1960, Claude-Henry du Bord est d’origine polonaise par sa mère. Après des études de lettres et de philosophie, il co-fonde la revue poétique, L’Absolu Manifeste, et assume aux éditions Lachenal et Ritter la publication des œuvres de Philippe Soupault et de Malclm de Chazal. Professeur d’histoire de la philosophie à l’Institut Catholique de Paris jusqu’en 1987, poète ( 4 volumes parus), il se consacre ensuite à l’écriture et travaille activement, à partir de 1993, avec des compositeurs contemporains. Directeur littéraire des éditions l’Atelier Contemporain, il y édite des textes rares de Jean Guitton et Julien Green. Critique littéraire à la revue Etudes, il est aussi traducteur de littérature polonaise, 26 volumes traduits et publiés en français (il a édité deux volumes de Jean-Paul II aux éditions du Rocher – 35 000 exemplaires vendus). Auteur d’essais chez Eyrolles : Le Christianisme. Histoire, courants, culture – 4000 exemplaires vendus. Il a publié en 2007 : La Philosophie (4000 ex vendus, volume repris au Canada chez Didier). Son dernier roman, On ne choisit pas d’aimer, est paru chez Zurfluh. Il est actuellement directeur de la maison d’édition, Les Cahiers Bleus.
Profil
Emmanuelle de Boysson
Ecrivain (auteur de dix livres dont Le secret de ma mère, Le secret des couples qui durent, aux Presses de la Renaissance, J'ai Lu ; Les grandes bourgeoises et Les nouvelles provinciales, chez J-C Lattès), journaliste à Marie Claire, votrejournal.net, Fémi 9, Service littéraire et Présidente du Prix Lilas.
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