Rambaud 2
09/01/2009Actus personnelles
Article paru dans Service littéraire de janvier; rédac chef François Cérésa
Patrick Rambaud épluche tous les jours la presse, son appartement est envahi de dossiers, rien ne lui échappe. Il trie, préfère le romanesque au journalistique, choisit ses portraits comme on adoube un chevalier. Pourquoi diable a-t-il à nouveau jeté son dévolu sur « Notre Très Emoustillant Souverain Trésor National Vivant » ? Jalousie ? Vengeance ? Amour/ Haine à la Jean-Edern Hallier ? Que nenni. Si sa plume est cruelle, tant d’honneur à « Notre Compulsive Grandeur » révèle un zeste de fascination pour ce Prince plus machiavélique que le roi Mitterrand ou, du moins, comme avec tout personnage qu’on exerce, un début de bonne compagnie. L’auteur de « La Bataille » a le sens de la mise en scène. Au lever de rideau : entre ici Moumammar le Cruel avec ta flotte automobile et tes trois cents courtisans. Pas de chance, l’arrivée du Bédouin coïncide avec la journée internationale des droits de l’homme. S’en suit l’apparition confuse de M. Kouchner, comte d’Orsay, dont le portrait vaut son pesant de grains de riz. Couvert de ridicule, traité de radin par l’Impératrice Cécilia, Nicolas 1er amadoue son peuple par une Bluette avec la comtesse Bruni : « le visage poli comme une pierre, sans la moindre imperfection, presque effrayant tant la peau est lissée ». Récit d’une rencontre à la Dallas. On revit cette « authentique histoire d’amour », côté ragots de cour et on se délecte devant ces tableaux lacérés à l’envi. Le meilleur comédien est sans conteste le personnage principal qui rivalise avec Louis de Funès dans « La folie des grandeurs ». Inculte, égotique, colérique, grossier, arrogant, mercantile, agité, entouré de courtisans, mais tellement excessif qu’il en est attachant. Rambaud dissèque les discours, croque Attali, le baron Bertrand, la Princesse Rama, le duc de Paris… Il révèle l’envers du décor d’une supercherie qui tourne à la tragédie. Cette charge, plus pointue et fouillée que la première chronique, reste sujette à caution. Notre Gracieux souverain est certes un monarque absolu mais quel sujet de roman pour un Académicien dont la verve colérique ne fut jamais aussi bien inspirée que par ce Napoléon en jogging.
« Deuxième chronique du règne de Nicolas Ier », par Patrick Rambaud, 13, 80 E, 180 p.
Emmanuelle de Boysson
« Deuxième chronique du règne de Nicolas Ier », par Patrick Rambaud, 13, 80 E, 180 p.
Emmanuelle de Boysson
Profil
Emmanuelle De Boysson
Ecrivain (auteur de dix livres dont Le secret de ma mère, Le secret des couples qui durent, aux Presses de la Renaissance, J'ai Lu ; Les grandes bourgeoises et Les nouvelles provinciales, chez J-C Lattès), journaliste à Marie Claire, votrejournal.net, Fémi 9, Service littéraire et Présidente du Prix Lilas.
Rubriques
Archives
Dernières notes
Liste de liens
Galerie