L'ennui!
19/12/2008Actus personnelles
La rentrée de janvier : le moule plus important que la gaufre !
chronique parue dans votrejournal.net
Quand je me maquille, je me jure de ne jamais avoir recours à la chirurgie esthétique. Pourquoi ? Parce que toutes les femmes finissent par se ressembler : même petit nez, mêmes babines pulpeuses, même ovale débile. Quand je lis les piles de livres de cette rentrée, je me jure de n’en pas écrire de semblables, à croire qu’un seul auteur ou éditeur les écrit tous ! Mêmes platitudes, même culte du nombril, même penchant pour la déprime ou les histoires de cul triste ! Voulez-vous que je vous dise ? Ce parallèle n’est pas innocent. Nous ne sommes pas seulement en période de crise et de morosité, nous sommes dans l’exaltation du modèle unique. Qu’importe la pâte, il n’y a plus qu’un seul moule. Il en est de livres comme des femmes, seul compte l’emballage. Plus encore, il semble que cette duplication systématique, ce clonage en règle, soient sensés nous tranquilliser (ou nous anesthésier). Et pour cause, pas une tête qui dépasse et le proverbe japonais a raison de dire que le clou qui sort du rang appelle le marteau. La liste serait longue de ce qu’il n’y a plus et qui nous manque terriblement : les belles âmes noires (Céline, Maurice Sachs, Bernanos), les histoires vraiment « extraordinaires » (à la Poe), les grands romans qui vous transportent, style Hemingway ou Toni Morrison… Et que pensez-vous qu’il arriva ? Un ennui profond, viscéral, homérique, un ennui digne de Moravia et pourquoi ? Parce que « l’ennui naquit un jour de l’uniformité » comme le disait La Motte Houdart, en des temps révolus. Nous avons cependant une raison d’espérer, on ne s’emmerda jamais autant qu’au XVIIIè siècle tant l’idée du bonheur les obsédait au point de les rendre insatisfaits et pourtant, c’est de ces Lumières-là que nous tirons notre sève, du moins faut-il l’espérer. Essayons seulement d’éviter de passer par la case Terreur ! Il se peut que nous soyons aussi atteints que Voltaire et qu’une bonne crise nous permette de retrouver le goût de vivre autant que celui d’écrire de bons livres, ne serait-ce que pour exorciser nos peurs. Car c’est par elles que nous existons. L’effroi de mourir nous rend crédibles, presque aimables. Il devrait guider notre plume.
Emmanuelle de Boysson
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Profil
Emmanuelle De Boysson
Ecrivain (auteur de dix livres dont Le secret de ma mère, Le secret des couples qui durent, aux Presses de la Renaissance, J'ai Lu ; Les grandes bourgeoises et Les nouvelles provinciales, chez J-C Lattès), journaliste à Marie Claire, votrejournal.net, Fémi 9, Service littéraire et Présidente du Prix Lilas.
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