Actus personnelles

Fruits et légumes en tête des ventes et dans la première séléction du Renaudot et de l'Interallié.


La chronique d’E2B

Fruits et légumes (Albin Michel)


Dans le numéro d’été de BSG news magazine, j’avais chroniqué, avant sa publication, le roman d’Anthony Palou, « Fruits et légumes » (Albin Michel). Ce petit livre sans un gramme de gras sur le déclin d’une dynastie fruitière est devenu, en quelques semaines, un des évènements littéraires de la rentrée. Les libraires le plébiscitent, la presse fait l’éloge de ces « souvenirs en miettes » d’une enfance entre l’Espagne sous Franco et la Bretagne des seventies, bouquet garni tendre, aromatique et coloré.
Comme dans les romans de Faulkner, Anthony Palou ressuscite toute une époque sur une tête d’épingle : Puerto de Soller, dans les Baléares, avant le tsunami du tourisme, avec ses ânes, ses Vespas, ses Seat 500, ses chats squelettiques et les halles de Quimper, avant la déferlante des hypermarchés, avec ses grandes gueules, ses demi-grossistes, ses fruitiers, ses maraîchers, ses vieilles débarquant à la fin du marché en quête de quelques fanes « pour le brouet du soir ». Ici point de nostalgie mais une bonne dose de dérision : « Ma grand-mère fut, peut-être une des causes du succès des supermarchés où le client n’avait plus affaire à une commerçante désagréable ».
Ce styliste ultra sensible sait que « les souvenirs ont toujours quelque chose de complaisant et de répugnant : comme si on léchait la poussière ». Il croque, avec cette légèreté si rare aujourd’hui, les petites gens qu’il affectionne : le père Marcel Le Corre, un mareyeur du Guilvinec qui « hurlait dans sa moustache rousse contre les taxes de la CEE, le prix de la sole, celui du thon rouge… », René la Cloche et sa jambe de bois ou Roger, le soupeur, un ancien d’Indochine. Comme chez tout bon romancier, le narrateur et l’auteur se confondent. Palou transcende la réalité, force le trait. Avec une cruauté élégante et nonchalante, il n’épargne ni ses personnages ni son ego. Construit en une galerie de tableaux, « Fruits et légumes » se boit d’une traite comme une bière fraîche pour se soigner du soleil espagnol et se déguste comme une histoire racontée à son meilleur ami, au fil d’impressions, d’anecdotes qui sont autant de contes grinçants, comiques, poétiques ou poignants. A la fin de chacun des petits drames, Palou se rit, glisse « comme le bruit d’un cageot qu’on écrase d’un coup de pied sec ». Même les huissiers ont « un certain côté poétique ».
Sofinco, « le teckel irascible – douze ans et pour sobriquet le nom d’un organisme de crédit - » que le narrateur heurte avec la 2 CV de son père, comme le taureau de cinq cent kilos qui rechigne à entrer dans l’arène deviennent des métaphores annonciatrices de la faillite familiale et de la fin du commerce de proximité sacrifié sur l’hôtel du profit.
Un livre qui ne ressemble à aucun autre et qui se grave étonnement dans la mémoire, à l’inverse de tant d’autres.

Fruits et légumes, d’Anthony Palou, (éd. Albin Michel).


Le dernier amour de Georges Sand.

Un des derniers livres que j’ai lu sur George Sand est celui de Pierre Canavaggio « George Sand et Alfred de Musset, les amants impossibles» (éd. Alphée). Avec brio et sans complaisance, Canavaggio retrace cette liaison torride qui commence en 1831 alors que George Sand commence à Paris une carrière de romancière retentissante et hors normes et que le poète de vingt ans fréquente les salons. Le jour où celui-ci la congédiera, elle tombera malade d’amour. Elle ira même jusqu’à se couper les cheveux et les apporter à Musset dans un crâne de squelette ! Dix-sept ans plus tard, en décembre 1848, Georges Sand est devenue une célébrité au faite de sa gloire. Pourtant, elle traverse une période de désenchantement politique auquel se mêlent des chagrins personnels : la mort récente de son demi-frère, de Marie Dorval, de Frédéric Chopin, la brouille avec Solange, sa fille. Cette bonne vivante engagée ne se laisse pas séduire par la mélancolie. Ce Noël-là, son fils Maurice invite à Nohant un de ses amis, un graveur inconnu, Alexandre Manceau. Il a trente-deux ans, elle a quarante-cinq ans : ils ne se quitteront plus. Maurice l’aidera à surmonter la mort de sa petite fille. Il partagera sa vie quotidienne, la soutiendra, dévoué, amant et aimant, jusqu’à ce que la mort les sépare. A travers ce dernier amour, Evelyne Bloch-Dano ressuscite le monde littéraire sous Napoléon III, l’amitié de Sand avec les plus grands artistes, comme Flaubert avec qui elle entretint une correspondance passionnante, les engagements de George pour l’amnistie des prisonniers politiques… Le fabuleux portait d’une scandaleuse, grande amoureuse, fidèle en amitié, généreuse, devenue, sur le tard, la bonne dame de Nohant.

« Le dernier amour de Georges Sand », d’Evelyne Bloch -Dano, éd Grasset

Emmanuelle de Boysson


Ecrits et chuchotements parus dans Service littéraire de sept 2010

FEMMES DE L’OMBRE. Et si les vraies stars de la rentrée étaient les attachées de presse ? Le Nouvel Obs leur a consacré un papier « Femmes au bord de la crise de nerfs ». Leurs mille vies : lire et aimer ; appeler et convaincre : répondeurs, promesses non tenues… Aller à des cocktails chiants, sourire, écouter les lamentations des journalistes et des auteurs. Imposer des nanars, se décarcasser pour que son chouchou soit sur les listes des prix : Florence Godfernaux, Brigitte Béranger, Diane du Périer, Soizic Molkhou, Charlotte Ajame, Marie Lafite, Marion Barbé, Marie-Laure Goumet, Elodie Deglaire, Aline Gurdiel, Claudine Lemaire, Pascale Richard et tant d’autres sont les héroïnes de l’édition.

FEMME DE. Dominique Zehrfuss, l’épouse de Patrick Modiano, publie « Peau de caniche », (Mercure de France), un récit sur son enfance où ses parents, très Gatsby, lui ont attribué le rôle de chien savant, d’adulte miniature. Bouleversant de sincérité.

FEMME MURE. Evelyne Bloch-Dano a eu la bonne idée de raconter « Le dernier amour de Georges Sand » (Grasset). A 45 ans, la bonne dame de Nohant s’amouracha d’un graveur de 35 ans, Alexandre Manceau. Une bonne vivante, une grande comédienne, fidèle en amitié. En amour, c’est autre chose.

FEMME PUBLIQUE. Comme Amanda Sthers associa Bruel à Keith Richards, Colombe Schneck crée un lien (artificiel ?) entre Denise Glaser, vedette de télévision des sixties et accoucheuse de talents et Jeanne, journaliste auteur d’un livre à succès. Colombe n’hésite pas à mettre ses tripettes sur la table. « Une femme célèbre » (Stock).

FEMME INTERNATIONALE. « Elle s’appelait Sarah », le film adapté du roman de Tatiana de Rosnay sort le 13 octobre. Nous serions vernis de la croiser quand, par bonheur, elle rentre en France.

FEMME EN NOIR. Chroniqueuse radio boute-en-train, Isabelle Alonso a l’art de rire de ce qui fait mal : la perte de sa mère. Bouleversant. « Maman », publié chez Héloïse d’Ormesson, une éditrice courageuse et douée.

FILLE DE SON PERE. C’est le titre du roman d’Anne Berest (Seuil). Trois sœurs, un secret de famille. Crêpage de chignons assurés. Comptez vos petites cuillères !

FEMMES EN CHALEUR. « Les mille nuits érotiques d’une femme moderne », d’une certaine Justine ? (J’ai lu). Tout un programme ! La mytho, la rêveuse, la baladeuse…Une cascade d’orgasmes ! Madame de Jenlis, la gouvernante de Louis Philippe, recommandait de lire ce genre de livre d’une main !

HOMME A FEMMES. Le troisième tome des œuvres de Sartre, les écrits autobiographiques, paraissent dans la Pléiade. Heureusement que le Castor n’avait pas la dent dure !

Emmanuelle de Boysson











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Emmanuelle De Boysson
Emmanuelle de Boysson
Ecrivain (auteur de dix livres dont Le secret de ma mère, Le secret des couples qui durent, aux Presses de la Renaissance, J'ai Lu ; Les grandes bourgeoises et Les nouvelles provinciales, chez J-C Lattès), journaliste à Marie Claire, votrejournal.net, Fémi 9, Service littéraire et Présidente du Prix Lilas.







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