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Champagne : le sablez-vous, ou le sabrez-vous ?

Le champagne fait l'unanimité pour les fêtes de fin d'année, les anniversaires, les mariages. Mais au moment de déboucher la bouteille, il y a débat entre ceux qui veulent le "sabler" et ceux qui préfèrent le "sabrer". D'où viennent ces deux expressions ? Et que signifient-elles exactement ?



Olivier Schopfer
Olivier Schopfer
L'expression « sabler le champagne » tire son origine du sens particulier que le verbe « sabler » avait au 17ème siècle.
On disait à l'époque qu'on « sablait » un verre de vin lorsqu'on buvait son verre d'un trait.
Cela pourrait faire référence au travail des ouvriers dans les fonderies.
Ces ouvriers faisaient couler très rapidement le métal en fusion dans des moules à base de sable fin : une opération appelée « sablage ».
Cette action aurait ensuite été comparée au geste du buveur qui verse le contenu de son verre au fond de sa gorge.
De là serait venu l'usage de dire qu'on « sablait » un verre de vin lorsqu'on le buvait d'un coup.
Avec les siècles, ce sens du verbe « sabler » a disparu : aujourd'hui, on utilise la formule « cul sec ». Et lorsqu'on « sable le champagne », cela signifie simplement qu'on boit du champagne en compagnie de ses amis pour célébrer un événement heureux. On n'est pas du tout obligé de vider sa coupe en une gorgée !

Champagne : le sablez-vous, ou le sabrez-vous ?
Il existe une seconde explication concernant l'origine du verbe « sabler » pour dire "boire d'un trait".
Toujours au 17ème siècle, les nobles avaient un rituel lorsqu'ils consommaient de l'alcool pour faire la fête : ils commençaient par verser leur vin dans un verre, puis ils soufflaient dans le verre pour l'enduire de buée et finissaient par saupoudrer le vin de sucre. De cette façon, le vin était plus pétillant.
Mais il y avait un petit inconvénient : pour profiter pleinement des bulles éphémères qui apparaissaient, il fallait boire son verre très vite.
Cette habitude était réservée aux personnes fortunées car autrefois le sucre était un complément alimentaire de luxe. On ne le trouvait pas découpé en carrés réguliers dans de jolies boîtes rectangulaires ! Les gens disposaient à la maison d'un gros bloc de sucre qu'ils devaient casser en petits morceaux et émietter au fur et à mesure de leurs besoins.
L'expression « sabler le champagne » pourrait donc également venir de ce sucre avec lequel on saupoudrait le vin pour le rendre pétillant, et qui rappelait des grains de sable.
Cette pratique a été reprise au 19ème siècle par les aristocrates russes, mais pour une autre raison : ils ajoutaient du sucre en poudre dans leur champagne pour l'adoucir parce qu'ils le trouvaient trop sec.

Champagne : le sablez-vous, ou le sabrez-vous ?
« Sabrer le champagne », c'est faire sauter le goulot d'une bouteille de champagne avec un sabre ou un gros couteau.
Cette expression est beaucoup plus récente que « sabler le champagne ». Elle vient probablement d'une ancienne coutume militaire. Cela consiste à poser la lame à plat sur le haut de la bouteille et à faire glisser le sabre ou le couteau d'un geste vif en direction du goulot. Pour que l'opération ait toutes les chances de réussir, il faut préalablement avoir mis la bouteille dans un seau à glace pendant une quinzaine de minutes de manière à faire durcir le verre.
Si tout se passe bien, le goulot se casse proprement : fil de fer et bouchon compris. Par contre, si l'on manque d'entraînement, il vaut mieux être prudent : on risque non seulement de se couper les doigts avec les bords cassés et tranchants de la bouteille, mais aussi de se retrouver avec des morceaux de verre dans les flûtes.
Cette pratique n'est pas conseillée à tout le monde. Mais en cas de succès, vous pouvez être certain qu'elle impressionnera vos invités qui vous diront que le champagne ainsi mis en scène se déguste avec encore plus de plaisir.

Champagne : le sablez-vous, ou le sabrez-vous ?
Pour l'anecdote, on doit le champagne à Dom Pérignon (1638-1715). Dom Pérignon était un moine bénédictin originaire de Hautvillers, une commune française de Champagne-Ardenne. Responsable du cellier d'une abbaye, c'est lui qui a fait connaître la méthode champenoise de fabrication du champagne : les premières bouteilles de « champagne effervescent » ont été commercialisées en France dès la fin du 17ème siècle.

Olivier Schopfer (Genève, Suisse)
chroniqueur sur Radio Cité : "Le français qu'on cause"




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