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Bled Number One : zoom sur l’Algérie contemporaineFilm franco-algérien de Rabah Ameur-Zaimeche, 1h 44, très remarqué au dernier festival de Cannes... Victime de la double peine, Kamel, expulsé dès sa sortie de prison, retourne dans son village natal du nord-est algérien. Cette immersion brutale le contraint à observer un pays tiraillé entre désir de modernité et respect des traditions.
Proposé dans la catégorie « Un certain regard » du 59ème Festival de Cannes, Bled Number One a reçu le Prix de la Jeunesse 2006. Sous un titre d’apparence légère, ce long métrage est un récit dramatique. Son réalisateur, Rabah Ameur-Zaïmeche –également acteur principal du film – nous entraîne dans la complexité douloureuse d’une société empreinte de paradoxes. Sans céder à la tentation du jugement politique ou du discours moralisateur, le cinéaste filme avec pudeur, dignité et économie de mots les visages d’une Algérie comme suspendue entre deux temps.
La caméra suit Kamel dans son voyage initiatique: la famille, le village, les traditions ancestrales, la religion et le retour à la terre originelle. Elle le filme dans cet exil qui l’ébranle durablement. Par fragments, elle scrute la beauté immuable des paysages mythiques. Dans le village, les jours s’égrènent entre ennui et effervescence. Il règne un sentiment d’inachevé à l’image de ces maisons toujours en construction et aux fenêtres grillagées.
Etrange et indéfinissable, le film alterne les scènes intérieures et extérieures, de jour et de nuit. Il saisit, sans concession, le discours convenu et les non-dits, la société des hommes et la connaissance silencieuse des femmes. La narration mélancolique – tout en images – et les soubresauts d’extrême violence se succèdent tour à tour à l’instar de l’épouse sauvagement battue ou du bœuf collectivement sacrifié auquel fera écho la persistance des exactions perpétrées par certains extrémistes.
Les thèmes sociaux n’échappent pas à cette dualité permanente. Rabah Ameur-Zaïmeche dévoile des personnages en quête de conciliation impossible entre modernité et respect des coutumes, liberté et regard d’autrui. Le personnage principal, lui-même, est pris entre le détachement et le parti-pris, la lucidité et le désarroi que finit par lui inspirer ce lieu à la fois fondateur et méconnaissable. L’intrigue, pour sa part, est absente du récit. De cet enchaînement de visages, de gestes et de mots, aucune histoire convenue ne surgit précisément parce que tous les événements avec leur degré d’importance, construisent le film sans véritablement le structurer. Tout se passe comme si le réalisateur composait les scènes d’un même tableau apportant chacune sa lumière, son émotion et s’ajustant délicatement les unes aux autres avec, ça et là, les empreintes d’une violence foudroyante. Conjuguant subtilement avec le style documentaire, le cinéaste nous introduit dans un village assurant ses propres barrages sécuritaires et sa défense contre la violence des groupuscules de desperados-fondamentalistes-religieux. Il filme également la réclusion, la tentative de suicide de Louisa (Meriem Serbah) rejetée par son époux et sa famille, et l’hôpital psychiatrique qui accueille cette multitude de femmes meurtries par des années de carences affectives et de violence conjugale. Cet asile est d’ailleurs devenu leur refuge contre la folie qui ne saurait exister qu’à l’extérieur. Féministe et résolument optimiste, le film inscrit, dans ce lieu, la réalisation du rêve de Louisa : elle défie l’interdit, se transforme en Billie Holiday d’un soir et chante devant ses compagnes de douleur. A deux reprises, le film est traversé par la fiction. Les apparitions de Rodolphe Burger bassis sur la colline et jouant de la guitare électrique devant le coucher de soleil marquent, elles-aussi, une note d’espoir et un désir de fuite dans la fatalité de l’exil. Après son premier court-métrage Wesh Wesh, qu’est-ce qui se passe ?, Rabah Ameur-Zaïmeche signe un véritable film d’auteur. Bled Number One autorise un foisonnement de lectures sur les maux de la jeunesse algérienne actuelle: violence, intolérance, ordre moral et religieux mais aussi désoeuvrement et désarroi. Film poétique, fiévreux et fascinant, il demeure également profondément optimiste. Sa force d’évocation et ses valeurs universelles font de son réalisateur une valeur sûre du cinéma de demain. Fadila Meziane (enseignante, Paris) Photos © Films du Losange
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