Depuis ça s'est gâté considérablement. La télé est devenue un véritable instrument d'abrutissement des foules. Et je suis poli.
En ce qui concerne les enfants tous les éducateurs remarquent qu'il n'y a plus chez les jeunes d'esprit de contestation. L'esprit de révolte oui ; l'esprit de révolution, non. Il y a fort à parier que le Che, dont on parle beaucoup en ce moment, est le genre de héros complètement étranger à un jeune d'aujourd'hui.
Et il est bien évident qu'après avoir été nourri, plusieurs heures par jour, tous les jours de sa vie, au lait de Dorothée, Ab Production, PPDA et consorts, on sera plus porté sur les posters des Boys Band ou des Spice Girls que sur Che Guevarra et son poster guerrier.
On nous dit qu'il n'y a plus d'idéologie et pourtant l'endoctrinement exercé à jet continu par la télé et la pub conjuguées est autrement plus fort et efficace que l'opium du peuple décrit par Marx (pas Groucho, l'autre !). Il ne faut pas chercher ailleurs le Big Brother pressenti par Orwell. Il est dans cette sinistre boite à images dégoulinante de pub et ruisselante de vulgarité. Vous remarquerez d'ailleurs que lorsque nos gouvernants veulent nous parler c'est de TF1 ou d'Antenne 2 qu'ils nous apostrophent désormais.
En ce qui concerne les parents cela n'est pas mieux.
Ainsi donc quand après avoir été abrutis toute la journée par la voiture et ses embouteillages, ou les transports publics et leurs joies, quand après avoir bossé toute la journée comme des zombies, quand Madame et Monsieur Toutlemonde rentrent enfin chez eux ils n'ont qu'une hâte ; poser leur cul devant la télé, arrêter de penser et grignoter des saloperies. Surtout pas de discussion ; les enfants la ferment ou vont se coucher, de préférence pendant une pub pour ne pas perdre une miette du festin intellectuel prodigué tous les soirs pour la modique somme annuelle de 116 euros pour la France métropolitaine et 74 euros pour les départements d'outre-mer
Trois heures plus tard, complètement lobotomisés, Madame et Monsieur Toutlemonde gagnent leur couche, pas en même temps car généralement l'un des deux a déjà sombré dans le sommeil. L'amour, on fait ça le samedi soir parce que c'est le jour où il n'y a pas de film. Bonsoir l'ambiance et bonjour les enfants de l'amour !
A ce propos il parait que l'amour c'est non pas se regarder dans les yeux mais regarder tous les deux dans la même direction. Dans ce cas effectivement à partir de 19 heures trente tous les soirs, tout le monde s'aime. Mais ça donnerait presque envie de faire la guerre !
Je caricature, me direz vous ; si peu !
Voyons maintenant les arguments des défenseurs de la télé :
- Personnellement je n'aime pas tellement la télé mais pour mes enfants c'est éducatif ; alors je me sacrifie, je regarde mais je n'adhère pas.
Chanson connue. Un, c'est hypocrite, deux ; c'est faux. La télé n'éduque pas les enfants, elle les rend idiots.
Les enfants, c'est avéré, ne comprennent rien aux émissions politiques, scientifiques, culturelles. Ils mélangent tout dans leur pauvre tête et le résultat donne la culture d'aujourd'hui. Toute en pointillé et farcie de contresens énormes. On n'est plus cultivé, on a dans la tête une espèce de bouillie infâme dans laquelle les grandes questions de notre temps se situent exactement au même niveau que la dernière pub de Coca Cola. Et les massacres en Afrique sur le même plan que les dangers de la circulation automobile pendant les week-end festifs.
Eh oui ! Si la télé place des choses aussi différentes sur le même plan, au sens littéral, comment voulez-vous que les enfants, voire les téléspectateurs adultes, fassent la différence.
La seule chose que les enfants retiennent mot pour mot de la télé, ce sont les pubs ! Et quand on voit le niveau de la pub dans un pays soi disant spirituel comme le nôtre, on ne peut que s'inquiéter pour ces enfants !
... Lesquels étant continuellement devant la télé ne lisent plus ; or la lecture, contrairement à la télé, c'était éminemment culturel parce que cela entrainait une réaction du lecteur. Ce qui est complètement prohibé à la télé, ou alors uniquement vers le frigo !
La grande cassure, le passage de la télé culturelle à la télé merdique peut être exactement situé lors de l'introduction de la pub à la télé. De ce jour la culture a laissé la place au fric ; les jeux de merde et l'audimat ont fait leur apparition et tout s'est irrémédiablement gâté. La seule culture qui reste à la télé c'est après 22h30 quand le bon peuple est couché et que l'on peut alors satisfaire les intellectuels qui se couchent tard parce qu'ils se ne se lèvent jamais tôt.
Mais, gémissent les esclaves cathodiques, que peut-on bien faire le soir après 19h 30 si on n'a pas la télé ? Oh ! Bien des choses en somme :
- On peut parler, jouer avec sa femme et ses enfants.
- On peut faire du sport ou simplement se promener.
- On peut bricoler. Au moins jusqu'à 22h30
- On peut se coucher tôt et faire l'amour.
- On peut lire.
- On peut écouter la radio.
- On peut surfer sur Internet ; c'est aussi un écran mais c'est interactif et ça change tout.
- On peut sortir, aller danser, aller au cinéma
- On peut se poser dans un fauteuil, ne rien faire et se surprendre à penser.